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Tunisie-Mehdi Hmili: "Je ne surfe pas sur les clichés: la médina, la nudité, le sexe...qui meublent le cinéma tunisien"

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INTERVIEW- On l'a connu poète iconoclaste, enfantant des textes comme "Leila, au pays du carroussel"...le voilà cinéaste et réalisateur avec son dernier nouveau-né "Thala, mon amour", projeté lors des JCC et en compétition officielle.

L'écriture imprègne toujours son parcours mais il est sorti "de la marginalité propre aux auteurs", comme il le dit. Il veut être "plus audible, plus visible": "L'écriture est un art difficile, très noble mais j'étais lassé de demeurer en vase clos. Le cinéma; l'image est plus forte, touche un plus grand public", a-t-il confié au HuffPost Tunisie.

"Thala, mon amour "dessine une histoire d'amour sur fond de la révolution dans une ville en colère contre un système injuste qui perdure et qui va payer le lourd tribut de sa révolte.

Entre critiques des uns et les bons échos des autres, le film divise et ne laisse pas indifférent, d'où une certaine satisfaction de son réalisateur: "J'aime déranger et le fait que le film déchaîne autant d'avis différents est une béatitude pour moi".

Avec un air décontracté, Mehdi Hmili se livre avec humour, des fous rires, glissant des petites confidences et des critiques contre quelque-uns.

HuffPost Tunisie: Si vous devriez donner trois raisons pour inciter les gens à voir le film ainsi que ses imperfections...

Mehdi Hmili: Ce film parle à l'instinct et non pas à l'intellect, il est profondément sincère, cru, brut, authentique, sans ombrages, ni artifices; à savoir les scènes de baise habituelles et parachutées et autres clichés qui meublent le cinéma tunisien surfant sur le regard exotique de l'étranger.
Il est l'anti-thèse des films comme "À peine j'ouvre les yeux" ou encore de "Zizou", où la révolution est faussée, focalisée sur la femme tunisienne, laquelle est toujours belle, brune, soit disant libérée en buvant de l'alcool et en faisant l'amour.

Il est aussi vital pour la mémoire collective qu'on a tendance à oublier ou camoufler par ingratitude pour certains, celle de toute une époque marquée par la répression et dont le spectre plane toujours avec ses figures qui reviennent sur le devant de la scène.
Ce film est un hommage aussi à toute une jeunesse insoumise et toujours en quête de liberté.

Quant aux imperfections, j'aurais aimé pourvoir m'atteler davantage sur certaines scènes et gérer mieux le budget.

Vous êtes l'un des plus jeunes réalisateurs en Tunisie, qu'est ce qui vous différencie de l'ancienne génération?

Ce qui me différencie d'eux c'est que moi je n'ai pas peur de tout perdre. Je fais ce métier par amour, je ne cherche pas à m'enrichir à tout prix. Je ne surfe pas sur les clichés, la médina, la nudité, le sexe, ce que l'étranger aime voir.


Est-ce qu'on peut vivre par le cinéma?

Je comprends que certains veulent assurer leur avenir mais moi je ne cherche pas à faire un cinéma commercial, je veux et je continue à faire ce métier librement. L'art bourgeois, ce n'est pas ma tasse de thé.
Pour vivre j'écris des scénarios que je vends ensuite à d'autres cinéastes, ceci me permet de gagner de l'argent tout en ne m'écartant pas de mon domaine.

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Quels sont les trois films à voir absolument dans sa vie?

Je conseille "Pierrot le fou" de Jean-Luc Godard, "Opening Night" de John Cassavetes et enfin pour sa simplicité et sa légèreté, "La Graine et le Mulet" de Abdellatif Kechiche.