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Malgré les difficultés à publier en Algérie, les nouveaux talents sont présents au SILA

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People look at books on November 1, 2016 during the 21em International Book Fair of Algiers (SILA) and Exhibition Centre in Algiers, Algeria. (Photo by Billal Bensalem/NurPhoto via Getty Images) | NurPhoto via Getty Images
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De nombreux auteurs sont présents à la 21e édition du salon international du livre d’Alger, du 28 octobre au 1er novembre, pour des ventes-dédicaces et des rencontres avec les lecteurs. Même si le visiteur relèvera un contraste entre la plupart de ces auteurs, d’un certain âge, et le public, jeune en majorité, de nouveaux talents font leurs bouts de chemin malgré les difficultés qu’ils rencontrent.

Ces trois auteurs ont tous publié des oeuvres en langue arabe en 2016. Rencontrés au SILA, ils ont parlé de leurs oeuvres et de leur expérience avec les éditeurs algériens et étrangers.

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Abdellatif Ould Abdellah - خارج السيطرة (Hors contrôle) [Al Ikhtilaf, 2016]

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Se déroulant à Mascara durant l’été 2015, la trame de ce roman policier raconte l’enquête dans le meurtre du directeur de l’urbanisme et de la construction de la ville. Menée par Ahmed Ben Hemla, un inspecteur aux méthodes peu conventionnelles, l’investigation accroche le lecteur pour livrer des réflexions sur le contexte sociopolitique actuel.

Beaucoup plus par obligation que par choix, l’auteur a publié ce premier ouvrage chez l’éditeur libanais Al Ikhtilaf. “J’ai contacté plusieurs maisons d’édition algériennes, toutes m’ont demandé de payer une caution, certaines avant même de lire le manuscrit”, a indiqué Abdellatif Ould Abdellah.

L’écrivain, ingénieur en urbanisme de formation et exerçant ce métier dans sa ville natale Mascara, s’est dit “chanceux” d’avoir rencontré la directrice d’Al Ikhtilaf, l’éditeur algérien qui co-édite son roman avec la maison d’édition libanaise “Dhifaf”.

“Elle a lu le roman, ça lui a plu. Elle l’a publié sans me demander d’argent”, a-t-il ajouté.

Salah Badis - ضجر البواخر (La mélancolie des paquebots) [Al Mutawassit, 2016]

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Les difficultés à publier en Algérie, Salah Badis les connaît. Il a publié ce premier recueil de poésie chez Al Mutawassit, une maison d’édition créée à Milan par des intellectuels du moyen-orient, après s’être heurté, lui aussi, au problème de caution exigée par les éditeurs.

“Les éditeurs algériens ne publient que les écrits des retraités ou des stars comme Chawki Amari ou Kamel Daoud”, a-t-il assené.

Les choix esthétiques et la qualité d’impression n’impressionnent pas Salah Badis non plus. “Je ne suis pas un graphiste mais j’ai une grande sensibilité pour le visuel. Je voulais que mon livre soit beau, c’est loin d’être le cas de ce que l’on publie ici”, a-t-il ajouté.

Le titre “La mélancolie des paquebots”, un clin d’oeil à Flaubert, a été choisi en solidarité avec les marins qui s’ennuient pendant des semaines à bord des bateaux au large d’Alger en attendant qu’une place se libère au port.

Composé de 18 textes se déroulant à Alger, inspirés du quotidien de l’auteur, le recueil se veut “des chroniques de la ville”. “On trouve des poètes de ville partout dans le monde, mais pas à Alger. Mis à part Jean Sénac qui était un citadin d’Alger, il n’y en a pas. Cet ouvrage est ma modeste contribution”, a-t-il affirmé.

Les lecteurs algérois s'identifiront sans doute au texte intitulé “البحث عن مكان لركن السيارة” (Chercher une place pour se garer). Le poète donne aussi l’exemple d’un poème sur ses 3 ans de travail dans un centre commercial de la ville, cette “machine capitaliste qui a failli m’avaler”.

Ismail Yabrir - مولى الحيرة (Le Seigneur de la perplexité) [Hibr, 2016]

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Ismail Yabrir n’en est pas à son premier ouvrage mais son nouveau roman est à découvrir au SILA. مولى الحيرة (Le Seigneur de la perplexité), édité par Hibr,

L’intrigue se passe à Djelfa, ville natale de l’auteur. Le récit s’étale sur six décennies durant lesquelles le personnage principal Bachir Eddili, un intellectuel algérien de gauche, passe de l’utopie du changement à la désillusion. Ses échecs incarnent, sur un plan personnel, son incompréhension des défis politiques du pays après une longue quête.

Quatrième roman de l’auteur, Ismail Yabrir a publié son premier ouvrage en 2008. Ce journaliste de formation nuance, à la lumière de sa propre expérience, les soucis que rencontrent les nouveaux auteurs à se faire publier.

“J’ai souffert au tout début de ma carrière. Je ne savais pas à qui m’adresser. Le monde de l’édition m’était étranger surtout à Djelfa où même le livre est rare”, a-t-il déclaré. “Mais plus tard, avec le soutien au livre par les pouvoirs publics, les choses sont devenues plus faciles”, a-t-il ajouté.

Pour lui, seuls les auteurs qui n’ont “aucun contact avec le monde extérieur” trouvent des difficultés. “Ceux qui ont des contacts se font publier facilement”, a-t-il affirmé.

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