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Rencontre avec Said El Haddati, co-fondateur de Beekast, la start-up qui a levé 2,7 millions d'euros

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BEEKAST TEAM
De gauche à droite: Yassine Chabli et Said El Haddati | Beekast
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START-UP - La vie sourit à Beekast, cette start-up installée à Paris dont deux des co-fondateurs sont Marocains. Le 25 octobre, Yassine Chabli, Said El Haddati et leur associé français Quentin Georget ont annoncé avoir levé pas moins de 2,7 millions d’euros. Le concept de leur jeune business? Une application pour rendre les réunions, présentations et autres conférences moins ennuyeuses, on ajoutant de l’interactivité entre celui qui présente et son audience.

L’application permet, entre autres, de poser des questions à l’intervenant, que ce dernier soumette des questions à choix multiples… Bref, de faire d’une présentation un moment d’interactivité et non un discours monotone unidirectionnel.

Quelques jours après cette annonce qui devrait certainement permettre aux trois entrepreneurs de donner un coup de boost à leur start-up, nous avons rencontré Said El Haddati, l’un des jeunes entrepreneurs à la tête de Beekast, qui dit avoir 500.000 utilisateurs et 300 clients.

HuffPost Maroc: Raconte-nous un peu comment tout cela a commencé…

Said El Haddati: Ça a commencé en 2014. J’ai rencontré Yassine, mon associé en 2011, et depuis, on cherchait une idée pour monter une start-up. Toutes les options étaient possibles, ça allait d’un projet d’économie collaborative jusqu’au trading à haute fréquence. On a passé toutes les idées en revue. A l’époque, ce n’était pas le bon moment pour se lancer.

En 2014, nous avons fait pas mal de conférences, et avons remarqué que c’était toujours statique. Il y a souvent quelqu’un qui parle devant un public, qui n’est pas très réactif. Nous avons donc pensé à développer cette idée pour pallier ce problème. Nous avons commencé le développement de l’application en juin 2014, et la première version a été présentée en novembre au salon Heavent à Paris pour tester le marché et aller à la recherche de clients potentiels. En décembre, nous avons fait notre première vente. C’était pour le Crédit agricole français et l’agence marocaine Masen.

Etait-ce compliqué de convaincre les investisseurs pour décrocher une telle somme?

Oui et non. En France, l’écosystème est assez développé, ce qui permet de faciliter les choses. Beaucoup de start-up ferment mais énormément se lancent sur le marché en continu. Ce qui a été difficile, ce n’est pas de convaincre les investisseurs, mais de les atteindre. Mais comme nous avons suivi plusieurs programmes d’accompagnement, cela nous a ouvert des portes. Le processus a duré six mois pour débloquer les fonds, et c’est normal pour une somme pareille.

Comment vois-tu l’avenir de Beekast?

Les grands chantiers ont déjà commencé. Le premier pour nous, c’est d’assurer la stabilité de l’application. D’avoir une application qui peut supporter un ou deux millions de participants en simultané. Il faut une plate-forme stable grâce à des infrastructures et des développeurs doués pour l’optimiser.

Nous sommes également en train de travailler sur des robots pour l’amélioration de la modération des interventions à l’aide d’une intelligence artificielle. Nous recrutons dans ce sens sur le développement. Nous avons aussi le côté marketing. Aujourd’hui, 90% de nos clients sont en France, mais on ne prospecte pas assez ailleurs. Le but c’est qu’on arrive à 50% de clients à l’international.

On veut que tous nos clients deviennent des ambassadeurs, qu’ils soient très satisfaits. Nous aurons dans l’avenir beaucoup de monde pour assurer l’excellence du service client.

Quelles sont les formules que Beekast propose à ses clients?

Nous avons une offre freemium, qui permet de supporter jusqu’à 30 participants par réunion, et ce gratuitement. C’est une offre pour permettre aux entreprises de tester notre service et de séduire des clients potentiels. Et nous avons des abonnements. L’offre business va de 50 à 1.000 euros par mois, en fonction des clients.

Quels sont vos principaux clients aujourd’hui?

Google, c’est le client qu’on bichonne le plus. Nous tenons des réunions quasi-hebdomadaires avec eux. Tous les lancements de produits de Google et nouvelles offres marketing de Google se sont faites avec Beekast. Microsoft aussi, qui organise les Tech Days avec nous. Nous travaillons également avec Thalès, le Crédit agricole français, EDF et Airbus.

Est-ce que lever une somme aussi importante aurait été possible si vous étiez installés au Maroc?

Ce qui nous a le plus propulsé, c’est qu’en France il y a eu un véritable écosystème de start-up entre 2011 et 2012. C’est un pays qui donne beaucoup de subventions. Nous avons eu beaucoup de chance d’être en France et pas ailleurs. Ce qui nous a aidés, c’est surtout la phase d’incubation chez IMT Starter. Juste après, nous avons rejoint Microsoft Ventures, l’accélérateur de start-up de Microsoft. Depuis, ils nous offrent près de 500.000 euros d’infrastructures. C’est gratuit, ce qui nous fait faire beaucoup d’économies. Nous avons obtenu beaucoup d’aides stratégiques et nous avons rencontré beaucoup de clients à travers ce système. Il est donc évident que ça n’aurait pas été la même chose au Maroc.

L’écosystème entrepreneurial fait à peine ses premiers pas au Maroc. De quoi a-t-on besoin aujourd’hui pour aller de l’avant?

Ce qui manque toujours, c’est l’argent. Il faut avoir des investisseurs et des business angels capables de croire en des gens qui ont des idées mais n’ont pas d’argent pour les développer. Des gens qui sont prêts à mettre du cash sur une bonne idée, il n’y en a pas assez actuellement. Et puis il y a les efforts que devrait faire l’Etat.

Les start-up doivent avoir un statut particulier, parce qu’il est très lourd de créer une entreprise. Lorsqu’on a une start-up en France, on dispose d’un statut de jeune entreprise innovante qui permet d’être exonérée de toutes les charges. On peut aussi bénéficier de crédits d’impôt innovation ou de crédits d’impôt recherche. L’Etat français permet également aux start-up de bénéficier de subventions, et c’est ce modèle qu’il faut suivre.

Une implantation au Maroc est-elle envisageable dans l’avenir?

Pour l’instant, nous n’avons pas besoin de bureaux au Maroc pour la simple raison que nous ne sommes pas très loin. Mais développer le marché au Maroc, pourquoi pas. Pour l’instant, nous nous concentrons sur les Etats-Unis et l’Europe. Le Maroc viendra si nous sentons vraiment le potentiel.

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