Huffpost Algeria mg

Entre l'Afrique et la Cour pénale internationale, le désamour puis ... la rupture

Publication: Mis à jour:
INTERNATIONAL CRIMINAL COURT
THE HAGUE, NETHERLANDS - JULY 30: Exterior View of new International Criminal Court building in The Hague on July 30, 2016 in The Hague The Netherlands. (Photo by Michel Porro/Getty Images) | GIANLUIGI GUERCIA via Getty Images
Imprimer

Le processus de délégitimation de la Cour pénale internationale en Afrique - et par conséquent dans le monde - a connu un coup d'accélérateur avec la décision de l'Afrique du sud de se retirer. Pétroria, rapidement suivi par le Burundi et la Gambie, n'a pas tenu compte des supplication de Ban Ki Moon qui l'avait appelé à "reconsidérer sa décision avant que son retrait ne prenne effet".

La Cour pénal internationale qui avait été adoptée à sa naissance par de nombreux pays africains a payé son "tropisme" exclusivement africain: les affaires qu'elle instruit sont le plus souvent liées au continent. De nombreux pays africains y ont vu l'expression d'une justice à deux vitesse voire même la transformation de la CPI en instrument politique entre les mains des puissances occidentales.

Le retrait de l'Afrique du Sud, un poids lourd du continent africain constitue un coup très dur car il risque d'être suivi par de nombreux autres pays. Excédé par les poursuites à "sens unique", les pays africains semblent être engagé dans un processus de délégitimation de la CPI à laquelle plusieurs pays occidents n'adhèrent pas dont les Etats-Unis.

La CPI fragilisée

Lundi, le secrétaire général de l'Onu a dit "regretter" la décision du gouvernement sud-africain de se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), rappelant le rôle important joué par cet Etat dans la mise en place de la CPI.

Relayé par son porte-parole, Ban Ki Moon "espère" voir les Etats "ayant des préoccupations en ce qui concerne le fonctionnement de la Cour chercher à les résoudre à l'Assemblée des Etats Parties au Statut de Rome".

Le Président de l'Assemblée des États Parties au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, Sidiki Kaba, a également exprimé son regret face à cette décision, invitant à son tour l'Afrique du Sud à reconsidérer sa position.

Il a indiqué "craindre que ce troublant signal" n'ouvre la voie à une cascade de retraits d'États africains du Statut de Rome, "fragilisant la seule et unique juridiction pénale internationale permanente chargée de juger les crimes les plus graves". Cet avertissement n'a pas été tenu compte par la Gambie et le Burundi, qui ont rapidement annoncé leurs retraits.

La Gambie a tenté en vain de convaincre la CPI de poursuivre les pays de l'Union européenne pour la mort de nombreux migrants africains en Méditerranée, a affirmé M. Bojang. Il a précisé que son pays avait menacé de prendre des mesures s'il n'était pas entendu.

"A partir de ce mardi 24 octobre, nous ne sommes plus membres de la CPI et avons entamé le processus prescrit par le statut fondateur" pour nous en retirer, a-t-il indiqué.

Dans une interview accordée en mai à l'hebdomadaire Jeune Afrique, le président gambien s'était pourtant démarqué des critiques de ses pairs africains envers la CPI et sa procureure. "Son job est difficile et, contrairement à ce que j'entends, la CPI ne vise pas spécialement l?Afrique", avait-il dit au sujet de Mme Bensouda.

"Les leaders africains râlent aujourd'hui. Mais pourquoi ont-ils signé [le traité ratifiant la CPI] en sachant qu'ils pouvaient en être victimes?", avait souligné M. Jammeh. "Que ceux qui veulent quitter la CPI s?en aillent, mais si les pays africains étaient moins faibles et plus unis, nous pourrions peser au sein de la Cour", avait-il estimé.

"Un moyen politique pour opprimer l'Afrique"

L'Afrique du Sud menaçait depuis plus d'un an de dénoncer le traité de Rome instituant la CPI. En 2015, elle s'était retrouvée au coeur d'une vive polémique à l'occasion de la visite à Johannesburg d'Omar el-Béchir pour un sommet de l'Union africaine (UA).

Les autorités sud-africaines avaient alors refusé d'arrêter le chef de l'État soudanais, recherché pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour, une région de l'ouest du Soudan en proie à une guerre civile depuis plus de dix ans.

L'Afrique du Sud s'était défendue en expliquant que M. Béchir bénéficiait, de par sa fonction, d'une immunité. C'est précisément cette affaire qui a justifié la décision de Pretoria de se retirer de la CPI. "L'application du Statut de Rome est en conflit et en contradiction avec la loi sur l'immunité diplomatique" sud-africaine de 2001, a expliqué vendredi le ministre de la Justice.

Le pouvoir burundais voit quant à lui dans la CPI un "moyen politique" utilisé par la communauté internationale pour "opprimer les pays africains", se faisant l'écho de critiques récurrentes de dirigeants sur le continent.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.