Huffpost Algeria mg

Rencontre avec Amin Khan :Le livre «Nous autres» est un «appel à la connaissance»

Publication: Mis à jour:
Imprimer

amin khan«Nous autres» fait partie des évènements attendus au Salon international de livre d’Alger (SILA 2016) la plus grande manifestation culturelle en Algérie qui commence pour le grand public, le jeudi 27 octobre 2016. Un ouvrage collectif contenant des «éléments pour un manifeste de l’Algérie heureuse » cela intrigue dans un contexte national morose et plein d’interrogations.

Amin Khan, l’auteur d’« Arabian Blues » et de « Rhummel » qui s’est entouré d’universitaires, journalistes, juristes, historiens, ou médecins, pour engager avec eux une réflexion libre et positive sur la société algérienne, nous en parle. Il sera au SILA le 1er novembre à 15h au stand des éditions Chihab pour la signature de l’ouvrage collectif

nous autres

- Comment s’est imposée l’idée de cet ouvrage collectif ?

Je crois au travail collectif, par conviction, mais aussi par goût. Je suis un partisan de la friction des silex, séparés par la routine des jours, mais qui produisent des choses inattendues, et précieuses, quand frottés les uns aux autres. La réflexion a tout à gagner de la confrontation, ou même de la juxtaposition des analyses et des expériences, particulièrement lorsqu’il s’agit de questions fondamentales que se pose une société, sur ses valeurs, son avenir, son histoire, la mémoire, la liberté, la justice, l’environnement, etc.

- Et la sélection des contributeurs ?

J’ai fait circuler le texte qui ouvre le livre auprès de quelques amis. Certains ont réagi avec enthousiasme, d’autres sont demeurés sceptiques sur la possibilité de la démarche proposée dans ce texte. Certains ont accepté de participer à l’ouvrage, d’autres m’ont signalé des personnes que je ne connaissais pas, mais dont on m’a assuré qu’elles pourraient contribuer de façon utile. Au vu du résultat, je peux affirmer que je suis content d’avoir fait confiance aux uns et aux autres, et qu’eux m’aient fait confiance !, d’autant plus que le principe était le suivant : sur la base de votre compétence, abordez le sujet de votre choix de façon libre, subjective et sereine. J’ai souhaité que ce livre soit un espace de liberté et que les textes qui le composent soient des actes de liberté, modestes mais réels.

- La trame du recueil était-elle préexistante ?

Cet ouvrage part de l'idée que la société algérienne est prise dans l'étau de l'archaïsme et de la domination, qu'il existe un chemin, étroit et difficile, pour sortir de cette situation historique, et qu'il peut être tracé si, en tant que nation, en tant que société, les Algériens sont capables de faire preuve de raison et de volonté. L’orientation générale était de prendre en compte cette idée, sans pour autant s’embarrasser d’une quelconque rigidité, dans le fond ou dans la forme.

- A qui s’adresse le livre ?

Nous espérons que ce livre sera lu et discuté par le plus grand nombre bien sûr, mais surtout par les jeunes Algériens, qui sont, pour une trop grande part, éloignés de la connaissance de leur histoire, passée et présente. La vie des Algériens est un tourbillon. Nécessité de vivre, de survivre, d’exister. Des repères flous dans les consciences, des discours contradictoires, des idéologies segmentaires, des aspirations contraires traversent la société…

- Un tourbillon ?

Oui, on a l’impression d’un tourbillon parce que les Algériens semblent ne pas avoir de prise sur leur vie quotidienne, ou sur leur destin. Ceci dit, notre aventure est sans illusion, parce que les Algériens qui lisent vraiment ne sont malheureusement pas très nombreux, et ceux qui sont animés d’un réel souci citoyen sont en fait inaudibles, car ils ne disposent pas des moyens institutionnels de faire entendre leur voix. C’est un terrible paradoxe, et un tel gâchis, parce qu’il y a tellement d’intelligence et d’inventivité, et de sagacité, et d’humour chez nos compatriotes !

- Avec le recul, y a-t-il des sujets que vous regrettez de n’avoir pas abordés ?

Plusieurs sujets n’ont pas été abordés. Mais, s’il devait bénéficier d’un accueil raisonnablement favorable, ce livre devrait être suivi par d’autres ouvrages de même nature à l’avenir.

- Vous expliquez en préambule que « Nous autres » n’est pas un manifeste politique, pourtant vous portez un jugement assez sévère sur la société algérienne …

L’idée n’est certainement pas de juger, mais de comprendre, de s’expliquer et d’expliquer. C’est un livre qui est opposé à l’arrogance, aux discours, à l’assénement de la « vérité ». C’est une modeste contribution aux débats, visibles ou discrets, qui ont lieu dans la société. La société est un corps vivant, une réalité bouillonnante très difficile à saisir et à analyser. Ce serait une erreur grossière que de prétendre juger d’une réalité si complexe, si volatile et si largement méconnue ! Ce livre est, au contraire, un appel à la connaissance.

- Qu’entendez-vous exactement par « Algérie heureuse » ?

Qu’on se la représente, qu’on la rêve, qu’on imagine ou qu’on se souvienne de tel ou tel fragment de ce rêve immense qu’est l’Algérie pour la plupart des Algériens, il nous paraît, d’une certaine façon, nécessaire de donner corps, de nommer, de construire quelque chose qui serait comme un pont entre le rêve et la réalité. C’est ambitieux, n’est-ce pas, mais nous croyons que c’est possible !

- Quelles solutions concrètes proposez-vous pour parvenir à cet épanouissement ?

Ce livre n’apporte pas de recette, de mode d’emploi, de solutions toutes faites. « Nous autres » s’efforce d’ouvrir des pistes, de susciter des rencontres, une conversation intelligente, honnête et sereine sur les multiples questions qui se posent aujourd’hui dans la vie des Algériens.

- La liberté est au centre de votre réflexion collective, pensez-vous qu’elle soit menacée aujourd’hui ?

Au cours de leur histoire, les Algériens ont payé très cher et continuent de payer très cher leur aspiration à la liberté ! Récemment, en se libérant du colonialisme par une guerre de huit années qui a entraîné d’immenses douleurs et des traumatismes terribles qui, malheureusement, continueront encore longtemps à produire leurs effets. Et puis, dans les années 1990, durant une atroce "guerre civile" où la violence qui s’est exercée sur la société a rouvert les anciennes plaies et en a ouvert de nouvelles… Le combat pour la liberté est un combat difficile, une lutte de longue haleine, et aussi un combat quotidien. C’est un combat collectif, et aussi un combat individuel. Il n’y a pas de liberté sans désir de liberté, sans conscience de ce que cela signifie, sans lutte pour la conquérir, sans amour profond pour elle et tout ce qu’elle signifie comme dignité de l’être humain.

Et vous-même, êtes vous confiant dans l’avenir de l’Algérie ?

L’avenir est ce qu’on en fait. L’Algérie peut devenir un grand pays, à la mesure de l’immense potentiel de son peuple et des valeurs qu’il porte. Mais elle peut tout aussi bien continuer d’errer dans la paresse et la confusion jusqu’à sombrer dans le domaine du néant historique, du chaos global que l’on voit se développer aujourd’hui dans l’aire arabo-musulmane en particulier. Il faut que les Algériens soient conscients que le malheur et les catastrophes n’arrivent pas qu’aux autres ! Pour notre part, en humbles artisans, en idéalistes patients, nous préconisons la pensée, le travail, la lutte et l’amour, comme priorités de chaque jour.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.