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Cancer du sein: Un documentaire pour briser le tabou de la reconstruction mammaire (VIDÉO)

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La poitrine remplacée par des cicatrices, c’est le sort de près de quatre femmes sur cinq au Québec ayant eu le cancer du sein. Encore trop méconnu, le processus de reconstruction mammaire est pourtant gratuit et offert dans différents établissements de santé. C’est pour faire connaître cette chirurgie, mais surtout pour l’humaniser et la montrer étape par étape que la réalisatrice Majoly Dion a décidé de se mettre à nu.

Réalisatrice et sujet principal du documentaire Quand sert la vie... au-delà des frontières du cancer, Majoly Dion a décidé d’offrir à toutes les femmes touchées par le cancer du sein et à leur famille un témoignage qu’elle aurait aimé avoir. « Quand j’ai dû prendre la décision de faire l’ablation de mes deux seins, j’ai trouvé si peu d’information sur la reconstruction mammaire que ça m’a terrifié », confie l’artiste multidisciplinaire, en entrevue avec le Huffington Post Québec.

C’est alors qu’elle a décidé de prendre sa caméra dès le lendemain de sa mastectomie complète, et de filmer chaque étape du long processus de la reconstruction, qui dans son cas a duré au total trois ans, entre autres en raison de certaines complications qui ont impliqué une chirurgie supplémentaire. Le documentaire relate donc son histoire, où le directeur de l’unité de reconstruction du sein au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Dr Joseph Bou-Mehri, joue un grand rôle d’accompagnement et aussi d’éclaircissement aux nombreuses questions de Majoly.

Mais ce documentaire, avant tout, a été pour la vidéaste un exutoire, une façon de traverser cette dure épreuve en ayant un but. « Le documentaire m’a tenu à travers toutes ces périodes de découragement, de douleurs et de joie », dit-elle. Pour financer le projet, Majoly a d’abord soumis un extrait à une chaîne télévisée, qui était prête à acheter les droits de diffusion. Mais après réflexions, l’envie de garder l’œuvre accessible et gratuite à toutes a convaincu la réalisatrice de laisser tomber l’entente.

Dès le 25 octobre, le documentaire sera disponible en tout temps et gratuitement sur le site commetoietmoi.tv.

La reconstruction mammaire, une option « boudée »
Selon des chiffres fournis par le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), datant de 2015, moins de 10 % des femmes subissant une ablation des seins au Québec optent pour la reconstruction mammaire. Pourquoi un taux si faible? Premièrement, plusieurs hôpitaux n’offrent pas cette chirurgie, puisqu’elle exige d’avoir à la fois un oncologue et un chirurgien-plasticien disponibles le jour de l’opération. Aussi, peu des femmes sont informées que l’opération est entièrement couverte par le régime public, et qu’elles peuvent faire la demande de reconstruction après l’ablation, et pas obligatoirement avant.

«J’ai voulu dans ce film poser toutes les questions qui me sont venues en tête, mais aussi toutes les interrogations que d’autres femmes et leurs proches avaient soulevées, raconte Majoly Dion. La question la plus fréquente est celle en lien avec la reconstruction des mamelons. Eh bien! Toute l’opération est filmée et expliquée par le Dr Bou-Mehri, ainsi que d’autres experts.»

seins reconstruits
Dans cette image, on voit un sein « reconstruit » par l’équipe du CHUM (ce n’est pas la poitrine de Majoly Dion). Le mamelon a été recréé avec la peau du sein directement, et un micro tatouage a été effectué pour ajouter la pigmentation.

Un tabou

Elle a vite réalisé qu’étrangement, un certain « tabou » planait autour de la question des seins après le cancer. « Il y a un malaise, car on parle ici de seins, car c’est la sexualité, la sensualité, les femmes n’osent pas parler de leur inconfort ou encore leur malheur de ne plus avoir de poitrine », raconte-t-elle. Majoly a vécu presque trois ans sans mamelons, elle n’en pouvait plus de vivre avec le regard des autres dès qu’elle était en maillot ou encore pire, lorsqu’elle rencontrait un homme. « Être célibataire et ne pas avoir une poitrine, ce n’est pas évident... », lance-t-elle.

Si des femmes décident volontairement de vivre avec leurs cicatrices sur la poitrine, Majoly estime que si plus de patientes connaissaient l’option gratuite de la reconstruction mammaire, elles opteraient pour cette alternative. « Depuis que j’ai ma nouvelle poitrine, j’ai retrouvé une partie de ma féminité, mais aussi une certaine paix intérieure », conclut-elle.

Pour en savoir plus sur la reconstruction mammaire,visitez le site web du CHUM sur le sujet.

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