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Avec Changer.ma, Anouar Zyne veut rendre le pouvoir aux citoyens marocains

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ANOUAR ZYNE CHANGER
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INITIATIVE - "Action et résistance citoyenne". Tels sont les maîtres-mots du mouvement "Changer" lancé par Anouar Zyne, ex-secrétaire général de la jeunesse du parti de l'Union constitutionnelle (UC), qui semble avoir définitivement tourné la page de la politique pour se consacrer à ce qui lui importe le plus: rendre le pouvoir aux citoyens.

Au lendemain du scrutin du 7 octobre, vécu comme un "désenchantement" par cet expert en communication politique et ancien candidat aux élections législatives de 2007, qui a claqué la porte de l'UC pour des "divergences sur le projet de rénovation du parti", cette initiative vise à rassembler tous les citoyens, associations, et même partis politiques qui le souhaitent autour d'une même idée.

Celle que l'indignation n'est pas suffisante, et qu'il faut désormais installer une vigilance publique permanente afin que les élus rendent continuellement des comptes aux citoyens. Et pas seulement après cinq ans de mandat.

"Les citoyens peuvent changer le destin d'un quartier"

A la manière d'un Stéphane Hessel qui appelait les citoyens à "s'indigner" puis à "s'engager" dans deux ouvrages publiés peu avant sa mort, l'ancien responsable politique estime qu'il faut "mobiliser les Marocains pour les aider à redevenir non pas des simples habitants du Maroc, mais des citoyens. Être citoyen, c'est un métier", indique-t-il au HuffPost Maroc. "Car le pouvoir des citoyens est d'une certaine manière confisqué par les instances élues, puisque seul un Marocain sur quatre a voté aux dernières élections".

La création récente de la "marque Casablanca", et l'indignation suscitée sur les réseaux sociaux par le logo choisi est, selon lui, un exemple marquant de cette confiscation du pouvoir par les élus.

"Au nom de quoi un maire élu avec seulement une voix sur quatre (voire cinq à Casablanca), décide que ce sera ça, le visage de Casablanca? Où a été la consultation des citoyens?" déplore Anouar Zyne, qui aurait préféré voir, par exemple, le lancement d'un concours auprès des écoles d'art de Casablanca pour la création de ce logo. Un logo pour les Casablancais, fait par des Casablancais, en somme.

"Il faut faire comprendre aux citoyens qu'ils ont le pouvoir d'agir sur les politiques publiques. On croit que la démocratie est basée uniquement sur les urnes, mais c'est faux. Elle est aussi participative", estime-t-il. "La Constitution et l'arsenal juridique, notamment la loi sur les pétitions récemment entrée en vigueur, permettent cette démocratie participative. Les citoyens ont le pouvoir de changer le destin d'un quartier, d'une rue, d'un secteur ou d'une loi".

Autre exemple parlant: le blocage de la VoIP en janvier dernier. Sur les réseaux sociaux, des milliers de personnes se sont insurgées. Mais "un citoyen marocain, un seul, a porté plainte devant la justice contre l'ANRT. Un acte de résistance et de changement. Au fait, pourquoi il est seul?", s'interroge M. Zyne dans une tribune. "Si 1.000 citoyens avaient porté plainte, cela aurait pu changer les choses", nous confie-t-il.

Le "Uber" de la gouvernance publique

Derrière son mouvement, un site, Changer.ma, qui veut donc devenir une plateforme digitale du changement, un agrégateur de bonnes idées présentées par des citoyens ou des associations locales. "A Tanger par exemple, le tracé d'un passage piéton a été forcé de nuit par les habitants, exaspérés par le nombre d'accidents de circulation après les travaux de réfection d'un boulevard", rappelle Anouar Zyne, qui veut mettre ce type d'initiative en valeur.

Son mouvement n'est pas né de nulle part. Ce self-made man touche-à-tout dit s'être inspiré de démarches similaires menées dans des pays comme la Colombie ou le Mexique, où certaines villes et régions sont aujourd'hui gérées de façon participative. "Un simple boulevard à Mexico avait divisé la population locale. Ils ont donc organisé un référendum. Imaginez-vous un peu le niveau de maturité citoyenne...", indique le lanceur d'initiative.

"C'est cela que je veux faire au Maroc. Ubériser la gouvernance publique, permettre à chaque citoyen de devenir l'élu de lui-même, une heure, un jour ou un mois, en concevant le projet qui correspond le plus à son environnement et en le faisant exécuter par ceux qui sont là pour l'exécuter, c'est-à-dire les élus".

Suivre la chose publique comme un match de foot

Concrètement, Changer.ma, qui n'a pas vocation à devenir un parti politique selon son fondateur, pourrait par exemple aider une association ou un citoyen à savoir quelle est la possibilité d'interférer dans une session de conseil de la ville ou de la commune rurale pour influencer l'élaboration du budget public, quelles sont les voies de recours pour arrêter une décision urbaine jugée absurde, ou encore quelle est la meilleure manière pour prioriser un pont plutôt qu'un dispensaire dans un village. "C'est la fabrique de la citoyenneté face à la fabrique de la médiocrité et de l'impunité", martèle-t-il.

Celui qui dit être un peu à la politique marocaine ce que Jérôme Kerviel est à la finance française ("sauf que moi je n'ai rien coûté à personne"), voudrait que les citoyens d'une ville suivent la chose publique comme des supporters suivent un club de foot.

"On sait qui a fait le transfert, quel joueur est arrivé ou pas, où va se jouer le match, à quelle heure et dans quelles conditions. Il faut qu'on développe le même intérêt quasiment fanatique pour ceux qui nous gèrent, au niveau local, régional et national", conclut-il. En attendant, la balle est dans le camp des citoyens. "Et il y va de l'intérêt de tous de suivre le mouvement".

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