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L'Istiqlal et la tentation du retour au gouvernement

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HAMID CHABAT ABDELILAH BENKIRANE
Le Matin
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GOUVERNEMENT - Réuni samedi 22 octobre à Rabat en session extraordinaire, le Conseil national de l'Istiqlal a décidé à l'unanimité de participer au prochain gouvernement. Si, selon un communiqué du parti arrivé troisième avec 47 sièges, les membres de l'Istiqlal ont été unanimes sur la nécessité de participer au prochain gouvernement, pour "s'aligner aux côtés des forces nationales démocratiques, au service de l'intérêt suprême de la patrie", la décision, prise par les dirigeants du parti, vise à satisfaire aux ambitions des cadres de la formation politique, et a été avalisée sans grande résistance par des bases acquises.

Tout un symbole: C'est Taoufik Hjira, président du Conseil national de l'Istiqlal, qui a présidé la session extraordinaire. Après une absence qui a duré plusieurs mois, Taoufik Hjira a repris ses activités à l'Istiqlal à la suite de médiations menées par des membres du comité exécutif, explique, en off, une source au sein du parti. "L'emphase a été mis sur le fait que le parti a besoin, aujourd'hui, de renvoyer une image de paix intérieure et de cohésion", indique notre source.

Lors du Conseil national du parti, "nous avons posé le problème sous forme de question. C'était: 'Que voulons-nous faire aujourd'hui?' Il y a eu une soixantaine d'interventions. La majorité écrasante était d'accord sur la nécessité de rejoindre le prochain gouvernement, et un seul intervenant a considéré qu'il ne faut pas intégrer le gouvernement, mais lui apporter un soutien critique", relève notre source.

Pour notre source, "l'Istiqlal a fait tellement d'opposition, et tellement de gestion gouvernementale, que la machine est bien rodée pour les deux".

De la majopposition à la majorité

Car après trois ans dans l'opposition, dont quelques mois dans une zone tampon entre la majorité et l'opposition, que l'on pourrait nommer celle de la majopposition, le parti dirigé par Hamid Chabat souhaite désormais rejoindre le gouvernement Benkirane III. Les causes sont multiples: recul électoral remarquable du parti, qui semble avoir payé au prix fort les volte-faces de son secrétaire général, l'inconstant Hamid Chabat; alliance avec le Parti authenticité et modernité (PAM), qui s'est renforcé aux dépens de l'Istlqlal. Une autre cause serait aussi "la pression énorme et infernale qui s’exerce sur Hamid Chabat, de la part des cadres et des lieutenants du parti, pour prendre à la fois la présidence de la chambre et quelques postes ministériels. D’autant que Hamid Chabat est mis en cause par ses pairs, en raison de la dégringolade de l’Istiqlal lors de ces élections", relève une source parlementaire.

Il y a quelques jours, une source à l’Istiqlal confirmait au HuffPost Maroc l’information selon laquelle Hamid Chabat souhaitait succéder à Rachid Talbi Alami à la présidence de la Chambre des représentants. Parmi les demandes de l'Istiqlal pour former coalition avec le PJD, figure la présidence de la première chambre. "Il s'agit d'une demande tout à fait normale. La tradition veut que le second parti en termes de poids électoral au sein de la majorité décroche le perchoir", déclarait notre source.

Mais Chabat n’est visiblement pas le seul à convoiter le perchoir, au sein de l’Istiqlal: selon les informations obtenues par le HuffPost Maroc, Noureddine Mediane, président du groupe parlementaire de l’Istiqlal à la Chambre des représentants, court lui aussi derrière ce post. Et à en croire une source au parlement, "il est bien parti pour. On a entendu dire que Chabat se positionne, mais celui qui se positionne réellement, c’est Noureddine Mediane. Il remplirait parfaitement cette fonction, car il a une grande connaissance de la machine parlementaire et de ses rouages, vu qu’il est le plus ancien parlementaire de l’Istiqlal."

Partis en binôme

L'alliance de l'Istiqlal avec l'USFP, dans l'optique d'arriver à une prise de position unifiée quant à la participation au prochain gouvernement, semble faire partie d'une stratégie visant à permettre aux deux partis de jouer un rôle plus important que celui de partis d'appoint à la prochaine majorité, dont ils souhaitent être les pivots. Il s'agit, aussi d''une réponse au Rassemblement national des indépendants (RNI) et à l'Union constitutionnelle (UC), qui ont choisi de faire front commun, et d'unir leurs 56 députés, loin devant l'Istiqlal et ses 46 députés.

Car le parti dirigé par Hamid Chabat ne souhaite pas être en reste, ni ne supporte que le bloc UC-RNI lui dame le pion, et constitue la troisième force politique du royaume. D'où volonté d'alliance avec l'USFP, dans l'optique de disposer d'un groupe parlementaire de 66 députés, et ainsi faire face à l'axe RNI-UC.

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