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Climate Finance Day: Pour Lamia Marzouki, DG adjointe de CFC, "l'expertise marocaine peut être dupliquée à l'échelle du continent"(INTERVIEW)

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Lamia Marzouki, directrice générale adjointe de Casa Finance City | DR
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COP22 - Et si le nerf de guerre pour lutter contre le changement climatique passait essentiellement par le financement? Car avant de réfléchir à des solutions bas carbone pour maintenir le réchauffement de la planète à moins de 2°C, comme le prévoit l’accord de Paris ratifié par plus de 55 pays représentant 55% des émissions de gaz à effet de serre, il faut d'abord mobiliser de l'argent.

C'est pour pousser justement les investisseurs à mobiliser des fonds en faveur d'une économie verte que va se tenir, le 4 novembre prochain à Casablanca, la 3e édition du Climate Finance Day. Si en 2015, c'était Paris Europlace qui s'était chargée de son organisation, c'est la place financière de Casablanca, Casa Finance City (CFC), qui prend cette fois le relais. Quels sont les enjeux majeurs de cette édition? Quels sont ses ambitions et objectifs? Eléments de réponses avec Lamia Marzouki, la directrice générale adjointe de CFC.

HuffPost Maroc: Quels sont les enjeux de cette troisième édition organisée au Maroc?

Lamia Merzouki: La conférence a pour but de poursuivre l’engagement des acteurs financiers privés en faveur du climat à travers deux objectifs principaux. D’une part, la conférence permettra d’étendre la finance climat à travers le monde et l’Afrique en particulier. D’autre part, ce rendez-vous ambitionne de rendre tangible et opérationnel la mobilisation des acteurs financiers en faveur du climat.

Le Climate Finance Day mettra en avant les conditions nécessaires à la massification des financements verts, le rôle à jouer par le secteur privé dans l’agenda climatique avec un accent particulier sur le continent africain ainsi que les green bonds (obligations vertes, ndlr) comme instruments innovants de financement. La conférence proposera également un focus sur la question du financement vert dans les secteurs de l’énergie et l’usage durable des terres dans l’agriculture.

Le Climate Finance Day 2016, auxquels participeront investisseurs internationaux, bailleurs de fonds, représentants clés des institutions internationales, think tanks et leaders d’opinion, entre autres, ambitionne de présenter à la fin de ses travaux des recommandations pragmatiques contribuant au financement de l’agenda climatique international.

L'Afrique est aujourd'hui le continent le plus touché par les effets du changement climatique. Comment mobiliser des fonds pour changer les choses? Qu'est-ce qui bloque encore à ce niveau?

La contribution de l’Afrique aux émissions globales de gaz à effet de serre est minime. Pourtant, la combinaison de facteurs géographiques et économiques par exemple, ainsi que la dépendance aux ressources naturelles font de l’Afrique le continent le plus vulnérable aux effets des changements climatiques.

De manière globale, l’offre et la demande ne "matchent" malheureusement pas encore sur le continent africain. D’abord, les organismes de financement sont souvent confrontés à des difficultés en matière de gouvernance et de coordination dans le déploiement des fonds disponibles sur le continent, avec notamment l'absence de cadres juridiques dédiés à même de garantir la stabilité et la sécurité des investissements et de la fiscalité verte incitative. Par ailleurs, certaines conditions nécessaires pour l’admissibilité au financement font défaut à certaines économies du continent.

Enfin, le développement de la finance climat en Afrique appelle également à un renforcement des capacités et au développement d’un savoir-faire dans la formulation de projets verts bancables et la structuration des financements appropriés via par exemple des mécanismes de type partenariats public-privé. Autant de barrières qui, si elles sont levées, permettraient de mobiliser les fonds verts nécessaires à la transition vers des économies à bas carbone en Afrique.

Comment le Maroc peut attirer les capitaux pour le financement de l'adaptation au changement climatique?

Tout d’abord, il convient de souligner le rôle précurseur du royaume en matière de développement durable à travers le lancement d’initiatives et stratégies sectorielles, dont par exemple la stratégie énergétique nationale visant à augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique à 42% en 2020 et 52% à l'horizon 2030. L’inauguration par Masen de la plus grande centrale solaire à concentration au monde à Ouarzazate témoigne du dynamisme de cette vision royale et de l’intérêt grandissant des bailleurs de fonds internationaux pour ce type de projet vert. Ainsi, l’expertise marocaine peut être dupliquée à l’échelle du continent.

Par ailleurs, dans le cadre de la COP22, le Maroc a lancé des initiatives dont l’initiative "AAA" en faveur de l'adaptation de l'agriculture africaine. Cette initiative vise, entre autres, à mettre en place un financement dédié et un accès facilité aux fonds climat pour les projets africains. Elle constitue ainsi une réponse efficace à la faible prise en compte des enjeux de l’adaptation de l’agriculture en Afrique et offre une forte visibilité aux actions agricoles en Afrique.

Enfin, la COP22 est une occasion unique pour le Maroc à travers Casablanca Finance City de se positionner comme une place financière verte au service de l’Afrique. Dans cette perspective, CFC accueille déjà des acteurs verts au sein de son écosystème économique et financier et offre une proposition de valeur pour attirer d’une part les acteurs verts mondiaux à s’installer à Casablanca pour opérer dans la région, et d’autre part les investisseurs internationaux à financer les projets verts africains.

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