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Défaite de Bouabid, victoire de Said Joumani à 100% des voix: 5 anecdotes sur les élections marocaines

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PARLEMENT MAROCAIN
Photo d'archive du Parlement du royaume du Maroc | Photo d'archive
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ÉLECTIONS - En 53 ans, le Maroc a en tout vu l'organisation de 10 scrutins législatifs. Chacun d'entre eux aura à sa manière marqué l'histoire politique du royaume, mais certains sont restés dans les annales, en raison d'événements insolites, de victoires douteuses ou d'échecs cuisants.

Allal El Fassi et les voix des aveugles

Lors des élections de 1963 -- durant lesquelles le ministère de l'Information éditait un quotidien officieux en arabe qui s'intitulait "Akhir Sâa", et qui défendait le Front de défense des institutions constitutionnelles (FDIC) créé par le conseiller royal Ahmed Reda Guedira--, la Chambre constitutionnelle a eu fort à faire.

Approchée par nombre de candidats malheureux pour invalider l'élection de leurs adversaires, elle a eu à se prononcer sur un contentieux électoral impliquant un certain Allal El Fassi (Istiqlal), élu à Fès, et son adversaire Ahmed Bahanini (FDIC). Les adversaires d'Allal El Fassi ont même proclamé qu'il "ne doit son succès qu'aux voix des pensionnaires d'asiles d'aveugles solidement encadrés par les militants du parti", rapportait Rémy Leveau, sous le pseudonyme d'Octave Marais.

Gallik hada Said Joumani...

Savez-vous quelle est la meilleure blague de Said Joumani, de son vrai nom Khatri Ould Said Joumani? Lors des élections législatives de 1984, le notable s'est présenté à Rissani, au sud du Maroc. À en croire les chiffres officiels, 97,66% des électeurs ont voté, ce qui représente 25.827 suffrages exprimés. "M. Joumani ayant obtenu 25.827 voix, on est en mesure d'en conclure que même son concurrent (USFP) a voté pour lui", s'étonnait Alain Claisse.

Quand l'Istiqlal promettait un imam dans chaque administration et entreprise...

Lors de la campagne électorale qui a précédé les élections de 1984, le parti de l'Istiqlal a principalement joué la carte de l'attachement à la tradition et à I'Islam. Un programme en 113 points a été élaboré par le parti et présenté aux électeurs. Parmi les promesses faites par l'Istiqlal, le développement des petits métiers et de l'artisanat, la préservation des souks... et le renforcement de l'Islam par la généralisation des mosquées et des prédicateurs à tous les établissements administratifs et scolaires ainsi que les entreprises.

... Et le Mouvement populaire de lutter contre l'influence étrangère

Durant la même campagne électorale, le Mouvement populaire (MP) a lui aussi réaffirmé son attachement aux valeurs traditionnelles, et a promis de renforcer l'attachement aux coutumes et à l'éthique, dans l'optique de "faire face aux courants étrangers qui apportent tant de déviations et de licence" au Maroc, rapportait Alain Claisse.

La défaite de Abderrahim Bouabid à Agadir, un cas d'école

Lors des élections législatives de 1977, le leader de l'Union socialiste des forces populaires (USFP) Abderrahim Bouabid a décidé de se présenter à Agadir. Ce qui s'apparentait à un test de popularité du dirigeant socialiste s'est transformé en débâcle électorale, son adversaire Ahmed Ramzi (indépendant) ayant obtenu 35.998 voix... contre 6.199 pour Bouabid.

Si l'USFP a immédiatement privilégié la thèse de la falsification de l'élection, le politologue et spécialiste du Maroc Jean-Claude Santucci semblait privilégier une autre piste. Pour lui, la faiblesse des attaches rurales ou locales des candidats USFP, "comme la résonance trop radicale de ses options politiques lui ont sans aucun doute été aussi néfastes que les pratiques frauduleuses de l'administration, sans compter les méfaits du scrutin uninominal et du découpage des circonscriptions pour une formation d'implantation urbaine", écrivait Jean-Clause Santucci.

Vue sous cet angle, "la défaite à Agadir de Abderrahim Bouabid, 'parachuté' dans une région aux particularismes très prononcés où il n'avait par ailleurs aucune racine ni pris la peine de soigner sa campagne personnelle prend une tout autre signification, même s'il a pu faire les frais de quelques truquages électoraux".

Si l'écart des voix est trop important "pour accréditer la thèse de l'énorme falsification et pour avaliser les explications généralement avancées pour la justifie", on peut penser que "le leader de l'USFP a été simplement victime d'un défi trop audacieux et d'un calcul présomptueux sur la force d'expansion du Parti, en misant sur son très large succès aux élections de 1963 et sur les résultats prometteurs des élections municipales d'Agadir en novembre 1976. Mais c'était méconnaître l'absence de relation quasi-automatique entre les scrutins municipal et législatif, nier l'évolution du contexte socio-politique du Sous à quinze ans d'intervalle, et ignorer l'équation personnelle et sociale d'un adversaire tel que le Dr A. Ramzi. En effet, s'il est vrai que le découpage électoral a pu avantager ce dernier, il reste que la région du Sous qui en 1963 avait voté en masse UNFP, a profondément changé sur le plan social, avec notamment l'apparition d'un capitalisme Soussi favorisé par le régime pour faire échec au leadership des Fassis, et dont l'expansion s'accommodait mal des choix socialisants de l'USFP", poursuivait Jean-Claude Santucci.

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