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Le Maroc aurait perdu 320 millions de dollars en six mois en bloquant la VoIP

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BLOCAGE VOIP
Le Maroc aurait perdu 320 millions de dollars en six mois en bloquant la VoIP |
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INTERNET - Alors que le blocage des services d'appels via Skype, WhatsApp, Viber ou Messenger est toujours effectif au Maroc, et ce depuis le mois de janvier, une étude menée par le directeur du Center for Technology Innovation de la Brookings Institution, think-tank basé à Washington, fait la lumière sur le manque à gagner de ce blocage pour le royaume.

Selon l'étude, qui se penche sur dix-neuf pays ayant connu des coupures d'Internet ou d'applications et services utilisant une technologie IP durant l'année passée, le Maroc aurait ainsi perdu 320 millions de dollars entre janvier et juin 2016. Une somme qui relève néanmoins de l'estimation, étant donné la difficulté à compiler des données chiffrées précises.

Economie de l'internet

L'auteur explique qu'il s'est appuyé, pour cette étude, sur la taille du PIB du pays, sur la durée de la perturbation (182 jours dans le cas du Maroc, soit les six premiers mois de blocage), et le pourcentage de la population affectée par cette coupure. Il a également examiné si le blocage concernait l'ensemble de l'internet, seulement l'internet mobile, ou des applications et services spécifiques tels que les médias sociaux, les plateformes de recherche, de vidéos ou de messagerie.

Pour examiner l'impact économique du blocage d'internet, il a pris en compte le pourcentage du PIB provenant de l'économie de l'internet dans chacun des pays, sur la base des projections 2016 du Boston Consulting Group (BCG). Il a aussi compilé des informations sur le taux de souscription à un abonnement mobile dans chaque pays.

Concernant l'impact économique du blocage des applications et services spécifiques, l'auteur s'est appuyé sur une étude menée par deux économistes du MIT en 2013 sur l'utilisation de services gratuits tels que Google, Facebook, Twitter, YouTube, WhatsApp et Wikipedia aux États-Unis, et a constaté que le recours à ces applications avait un apport de 0,23% au PIB national.

"Étant donné que ces services ont considérablement augmenté depuis 2013, l'impact pourrait très bien être plus élevé dans l'économie actuelle", précise l'auteur de l'étude.

Le blocage nuit à la croissance économique

Le Center for Technology Innovation s'est également appuyé sur une étude de 2009 (et dont les résultats pourraient être revus à la hausse), d'un professeur de l'université de Harvard s'intéressant à la valeur économique d'internet, mesurée à travers les revenus générés par la publicité, les opérations de vente en ligne et les paiements aux fournisseurs de services internet. Selon l'étude, chaque emploi dans le secteur d'internet créerait 1,54 emploi supplémentaire dans un autre secteur de l'économie nationale.

Alors que l'ONU a adopté, en juillet dernier, une résolution condamnant les restrictions de l'accès à l'information sur internet et appelant à garantir les droits de l'Homme en ligne, l'auteur de l'étude estime que le blocage partiel ou total de l'internet ou de certains services "sépare les gens de leur famille, de leurs amis, et de leurs moyens de subsistance, nuit à la croissance économique, entrave l'écosystème des start-up, et menace la stabilité sociale en interrompant l'activité économique."

Le blocage des appels via VoIP (voix sur IP) avait été décidé début janvier par l’Agence nationale des réseaux de télécommunications (ANRT). Le "gendarme" des télécoms avait justifié cette décision en expliquant que "l'acheminement de tout trafic téléphonique à destination du client final ne peut être assuré que par des exploitants de réseaux publics de télécommunications. (...) Les dispositions réglementaires régissant la fourniture des services de téléphonie (VoIP ou autres) sont claires et lesdits services ne peuvent être fournis que par les exploitants détenteurs de licences de télécommunications".

Le blocage avait suscité une levée de boucliers, beaucoup d'internautes soulignant les répercussions négatives pour ceux qui souhaitent joindre leur famille à l'étranger, ou encore pour les entrepreneurs qui travaillent à distance ou avec des clients internationaux et qui avaient l'habitude d'utiliser ces applications pour passer leurs appels professionnels à moindre coût.

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