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D'où vient la récente augmentation du prix de l'essence au Maroc?

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D'où vient la récente augmentation du prix de l'essence ? | Youssef Boudlal / Reuters
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ESSENCE - Depuis quelques jours, les conducteurs font la moue lorsqu'ils se rendent à leur station service. La raison? Le prix du carburant a augmenté ce weekend pour atteindre un peu plus de 9 dirhams pour le gasoil tandis que l'essence se situe à plus de 10,30 dirhams, soit une hausse entre 40 et 60 centimes pour les deux.

Une augmentation qui est due à la conjoncture internationale, à en croire Adil Ziyadi, président du Groupement des pétroliers du Maroc, contacté par le HuffPost Maroc. Le cours du baril àl'international est passé de 35 dollars il y a quelques mois à 52 dollars aujourd'hui.

Autre phénomène qui aurait eu des répercussions sur les prix du pétrole: le récent accord signé par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui a décidé de diminuer sa production de 2%. Cette décision de l'OPEP, combinée à une conjoncture marquée par une tendance à la hausse a forcément eu un impact pour le consommateur lorsqu'il passe à la pompe, toujours selon Adil Ziyadi.

Des marges plus importantes?

Cette tendance haussière devrait se poursuivre encore quelques temps, mais "il y aura certainement des baisses dès l'année prochaine", ajoute le président du Groupement des pétroliers du Maroc, le marché fonctionnant "par cycles".

Depuis le 1er décembre dernier, le secteur marocain des hydrocarbures a été libéralisé et chaque société est depuis libre de fixer ses prix selon ses charges et sa politique commerciale. Du point de vue du consommateur, il est légitime de se demander si les industriels n'en profitent pas en gonflant les prix pour ainsi faire plus de marge.

Une idée que réfute Adil Ziyadi: "Depuis la libéralisation, il y a eu en tout une dizaine de baisses" qui se sont répercutées différemment selon les sociétés, car "cela dépend de leur structure". "Nous avons les prix les plus bas de la région, et ce, sans aucune subvention de l'État. Si nous pénalisons le consommateur, nous pénalisons la consommation", tente Adil Ziyadi.

"Lâcher les rênes"

Mais cette libéralisation ne s'est pas forcément accompagnée d'une régulation efficace du secteur par les pouvoirs publics, selon certains observateurs de l'économie marocaine: "Les Marocains ont constaté que ce système d'indexation ne fonctionnait pas de façon transparente" nous indique l'économiste Noureddine El Aoufi. "Les opérateurs sont devenus les seuls maîtres du marché. Lorsque l'État lâche les rênes du secteur, la situation lui échappe. Et les opérateurs, par asymétrie d'information, réussissent à détourner les règles", poursuit-il.

Cette question portant sur l'absence de régulation de la part du gouvernement et l'impact que cela pourrait avoir sur les consommateurs se pose depuis longtemps: "La question des marges était posée depuis quelques années", analyse l'économiste Larabi Jaidi. "Le gouvernement avait mis en place un dispositif pour éviter que les compagnies imposent des prix qui ne sont pas en accord avec les prix d'importation".

"Appréciation des marges"

Toujours est-il que de l'avis même du gouverneur de Bank Al-Maghrib Abdellatif Jouahri, les sociétés de distribution de produits pétroliers ne répercutent pas les baisses des cours internationaux de l’or noir sur le consommateur. En septembre, Abdelatif Jouahri a estimé que les pétroliers corrigent les prix dans le sens de la hausse, dans l'optique d’augmenter leurs marges. Dans un article consacré à la question, l'hebdomadaire TelQuel relève que Total Maroc, à titre d'exemple, a engrangé des bénéfices de 400 millions de dirhams au premier semestre 2016, soit une progression de 116% par rapport à la même période de l’année dernière. "La qualité des produits brandie par le management expliquerait-elle à elle seule cette prouesse?", se questionne, non sans ironie, l'hebdomadaire, qui rapporte que "les analystes d’Upline Securities, qui ont passé au crible les résultats du pétrolier coté en Bourse, offrent une autre explication: l’appréciation des marges".

Fin 2014, le gouvernement optait pour la décompensation des carburants en cessant de subventionner l’achat de carburant à la pompe. Mais ce n’est qu’à partir du 1er décembre 2015 que la libéralisation totale des produits pétroliers est entrée en vigueur, de telle sorte que les prix des carburants obéissent au libre jeu de l’offre et de la demande.

Ce projet de décompensation devrait également concerner le gaz butane, dont le coût est estimé à 14 milliards de dirhams par an, et le sucre. En 2013, le coût de la compensation culminait à 40 milliards de dirhams, soit un montant supérieur au budget d’investissement prévu par l’Etat.

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