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Le parcours fabuleux de Rabii, The Dreamer, le Tunisien qui parcourt le monde

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PORTRAIT- On dit que la force de la pensée peut mener à des miracles. Rabii, ou The Dreamer, tel qu'il est connu, en est la preuve concrète. L'exemple par excellence d'un jeune sorti de sa zone de confort.

Vous avez peut-être croisé la photo de ce jeune homme, le drapeau tunisien accroché sur son sac à dos, et qui sillonne le monde, d'un pays à un autre. Vous avez certainement vu les photos et les vidéos qu'il partage de ses aventures au fin fond des forêts, montagnes et plages de la Tunisie.

Mais ce que vous ne savez peut être pas, c'est comment, avec comme seul moyen une force incroyable, a pu guérir de sa maladie et aller à l'encontre de son rêve bleu.

L'histoire commence

the dreamer bébé

Walkman dans la poche, écouteurs pendus aux oreilles, il avait alors 12 ans, et commençait déjà à rêver grand. Il dessinait la vie avec ses crayons, telle qu'il la voyait dans ses rêves.

Il venait de rentrer d'un long voyage. Pour la toute première fois, il avait quitté la Tunisie à la découverte du Canada, un tout autre monde. C'était en 1996, il venait de réussir sa 6ème année, ses tantes qui habitent au Canada lui avaient offert un billet pour qu'il aille près d'elles passer un mois de vacances.

La nature l'avait fasciné, les chutes du Niagara, les fleuves, les arbres, les animaux... Les gens étaient heureux, "c'est ainsi que j'ai appris à rêver sans limites... Qui aurait dit que moi, Rabii, allait un jour se retrouver au Canada!"

Avant cela, il était un petit garçon malade et s'empêchait de rêver. Asthmatique, comme son père, les médicaments et les frais médicaux rendaient leurs fins de mois encore plus dures.

Quand il sortait jouer avec les gamins de son âge, il faisait plus d'efforts que ce qu'il ne pouvait supporter, et les autres enfants n'étaient pas des plus gentils.

"Ce n'était pas facile, mais rien d'extraordinaire dans tout cela, ça pouvait arriver dans n'importe quelle famille," indique-t-il, "Mais ma force et ma réussite, je les dois d'abord à mon père."

"Quand on a un père comme lui, on ne peut désespérer"

lion forest the dreamer

Dans ses moments de faiblesse, Rabii se rappelle son père: "Je faisais tout mon possible pour me dépasser, malgré mes problèmes de santé, ce que je maitrisais le plus à l'époque , c'était de marcher sur les mains." recorde-t-il.

Sa source d'inspiration, c'était donc son père. Lui qui était si malade et si fatigué, il ne se laissait pas abattre. Quand il rentrait du boulot, il allait s'asseoir dehors sous un mur, un livre sous les yeux. Ou s'il ne lisait pas, il écrivait de jolis poèmes.
Des fois, il se réconfortait les doigts sur les cordes de son oud ou mélangeait les couleurs sur une toile.

dreamer nature jump water

Un homme aux multiples talents à qui son fils doit tout: son amour pour l'art, la nature et la vie. "Quand on était petits, il nous donnait des crayons et nous dessinions ce qui passait par nos têtes. Par la suite, il nous interrogeait sur la signification du dessin et inscrivait la réponse sur le dessin. Je les garde encore aujourd'hui."

Enfant, il regardait les films Disney avec son père, les documentaires sur la vie animale, d'autres sur la vie tribale. Il partirent au zoo, à la montagne et à la ville natale de son père Nadhour. "Il m'a parlé de son enfance, comment il traversait les montagnes pour aller étudier à l'internat, comment il allait à la chasse des perdrix, sous la chaleur et j'en passe" se rappelle-t-il.

"J'ai oublié la maladie, et la maladie m'a oublié"

Le mois passé au Canada cet été là l'avait complètement changé. Il s'est retiré et a commencé à envisager ses projets d'avenir.
Il s'imaginait donc "fort et musclé" et a décidé de consacrer des heures de sa journée au sport.

Trois années sont passées et la vie lui fit un cadeau inespéré, il était complètement guéri de son asthme "Oui! C'en était ainsi!" s'exclame Rabii, "Mes rêves, ma volonté et mon amour pour la vie avaient contourné la maladie. J'étais complètement remis de mon asthme, en très bonne santé."

elephant dreamer nature forest

Il s'était même présenté pour jouer dans une équipe de football, des plus fortes en Tunisie, et a été accepté, "Je n'ai pas pu persévérer à cause de problèmes financiers"

Le sport avait estompé la maladie, alors il ne le lâchait plus. Dans son chemin, il a rencontré un ami, Marwen, avec qui il a pu partager cette passion. Ensembles, ils courraient pendant des heures pour arriver à la montagne et pratiquaient toutes sortes d'entrainement: du taekwondo à l'acrobatie et les arts martiaux, en passant par le parkour, ils étaient même parmi les premiers à pratiquer cette discipline en Tunisie.

Sport et nature ont donc accompagné son adolescence et l'ont tenu loin de ses péripéties. Dès qu'il se sentait menacé, il savait où se réfugier.

Nouvelle vie, nouvelles rencontres, nouveaux goûts

the dreamer mahdia sea

Rabii était un élève moyen mais excellait dans les matières qu'il appréciait comme le sport, l'anglais, la physique ou encore l'informatique. Il a décroché son baccalauréat technique et voulu partir au Canada, pour continuer ses études; "mon esprit était resté là bas".

Ce ne fut pas ainsi et il se rend à Mahdia suivre des études en maintenance industrielle.

Là, il fait de nouvelles rencontres, des amis pour la vie. Aussi, il apprend à être responsable, comme il vit seul maintenant, loin de ses parents.

meditation the dreamer sea

A Mahdia, il développe un nouvel amour, l'amour pour la mer. C'était elle sa meilleure amie, sa meilleure confidente.
"En été comme en hiver, je me rendais là tous les matins, courir sur la plage, et après quelques roulades, en face de la mer, je plongeais dans son eau."

Il y passait des heures et des heures à méditer: "La mer m'a rendu plus fort, plus confiant, je méditais pour de longs moments, et ces moments étaient tantôt accompagnés de joies, tantôt de larmes."

Amour de patrie

Son passage à Mahdia allait bientôt prendre fin, et pour son stage de fin d'études, Rabii a décroché un stage de six mois... Au Canada.

Il repart donc dans ce pays qui l'avait tant fait rêvé, mais lui découvre un tout autre aspect: La vie quotidienne, le boulot, le stress, les impôts et des problèmes de société comme il n'en n'avait jamais entendu parler avant.
Bref, la vie, c'était 10 mois de calvaire pour 2 mois détente... Pas si rose.

Pour la première fois, son pays lui manque, ses parents et ses frères autant. Il voulait revoir ses amis, il voulait retrouver la mer.

"C'est là que j'ai compris ce que voulait dire pays, patrie et identité," atteste Rabii.

"Je me considère comme citoyen du monde, oui, mais la Tunisie pour moi signifie bien plus qu'un drapeau ou des frontières. La Tunisie renferme mes proches, mon enfance, mes souvenirs et ma personnalité."

"Janvier 2007, j'y retourne," continue-t-il, "décidé à vivre et à profiter de chaque instant, peu importaient les conditions."

dreamer sea

Rien ne pouvait lui cacher le soleil de son pays, ni le priver de son vent léger. Il allait savourer chaque instant avec ses parents, se délecter de la mer, jouir des montagnes et des forêts et se réjouir du désert.
Il était là, entouré de toute beauté, et des gens qu'il aimait et qui l'aimaient.

Libraire ambulant, photographe, technicien supérieur, il a même travaillé la terre. Le plus important pour Rabii, c'était de pouvoir prendre ses parents dans ses bras en rentrant, et leurs dire combien il les aime.

En parfaite symbiose avec la nature

Les weekends, The Dreamer partait, seul ou avec ses amis, à la découverte de son pays. Il s'est procuré du matériel d'occasion pour pouvoir camper pendant ses vacances; "mes parents étaient inquiets au début, mais quand je leur ai montré photos et vidéos de ce que je vivais, ils n'ont plus du tout protesté."

tunisia dreamer aventure snow

"Ma relation avec la nature s'est beaucoup développée, c'en est même devenue une obsession," se livre-t-il. "Je me sentais encore plus fort, encore plus confiant."

La nature a appris à Rabii de se découvrir et de repousser ses limites, à redéfinir ses priorités et à donner un nouveau sens à la vie, "j'ai appris à observer les détails, des détails auxquels je n'accordais aucune importance auparavant,"

horse the dreamer

Rien ne le trahit, The Dreamer est en parfaite synchronie avec tout ce qui l'entoure: la brise, les feuilles des arbres, les animaux de la forêt, tout!

"C'est une relation harmonieuse, un sentiment que je ne peux expliquer avec des mots. Je leur donne et je reçois," décrit-il, "Peut-être que la lueur dans mon regard et le sourire sur mes lèvres, en rentrant de mon aventure, peuvent mieux décrire ce que je ressens."

"L'aventure, c'est ce qui m'a forgé. C'est grâce à quoi j'ai appris à remercier Dieu pour ce que j'ai," continue Rabii, "Je vis l'instant comme il se présente, je le contemple, je sens la terre sous mes pieds quand je marche, j'écoute plus que je ne parle. J'ai aussi appris l'importance du respect, de l'empathie et de la tolérance."

the dreamer desert tunisia

"Ce que c'est bien de se reposer après l'épuisement, ce que c'est bon d'assouvir sa faim," s'abandonne-t-il dans ses vestiges, "C'est quand on se surmène qu'on arrive à apprécier ce que l'on obtient."

Rôder dans le désert sans une goutte d'eau, dormir dans une forêt lugubre sans une once de lumière, ou encore sur la neige sans ses draps chauds, c'est dans ce genre d'aventures que The Dreamer partait, et il savourait chaque bout de tout ce qui s'offrait à lui.

zaghouan tunisie the dreamer

"Plus il y a d'humains, plus rare se fait l'humanisme" c'est ce qu'a remarqué Rabii en cours de chemin. Les personnes qu'il a croisé dans les montagnes et dans les forêts ou encore dans les villages, si dures soient leurs situations, ne s'abstenaient jamais de lui offrir de la nourriture, de l'eau ou de simplement lui indiquer son chemin. "Je pensais éprouver de la pitié pour eux, et voilà que de suite, c'est à moi-même que je devais ce sentiment."

Les dernières cinq années, Rabii a travaillé comme responsable dans une grande boite et il avait un bon revenu. Chaque mois, il mettait de l'argent de côté et s'offrait un voyage une fois par an: Turquie, France, Suisse, Italie, Autriche, Allemagne... Il se dirigeait vers les endroits les plus improbables pour un touriste, loin de la foule, loin de la ville mais toujours près de la nature.

"The Dreamer", un projet qui prend vie

Il y a de cela 3 ans, Rabii commence son projet "The Dreamer", à travers lequel il partage son expérience. Il crée alors une page sur Facebook et publie le premier album "Tunisia like you've never seen it before" (La Tunisie comme vous ne l'avez jamais vue), qui contient à ce jour 92 photos, des plus beaux endroits qu'il a visités.

C'est à partir de là qu'il touche une bonne partie des jeunes, comme il avait espéré, même plus "Je voulais montrer la beauté de notre pays, des endroits dépeuplés, loin de tout urbanise." L'album a rencontré un grand succès, partagé un millier de fois par les internautes.

the dreamer nature

On parle alors de Rabii dans les médias, on l'invite à des émissions de télé nationales et étrangères, il collabore même avec le ministère du tourisme pour leurs campagnes.

Depuis un an, The Dreamer a commencé "In the Name of Tunisia", où il parcourt le monde avec le drapeau de son pays suspendu à son dos.

"J'ai visité chaque coin et recoin de mon pays, pour qu'aujourd'hui, en explorant le monde, je puisse en parler, pas comme j'en ai entendu parler, mais comme je l'ai vu.

"Le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé"

the dreamer mariage couple

Aujourd'hui, avec sa moitié, avec qui il partage ses aventures, ils sont installés en Europe.
"En milieu de semaine, nous allons au boulot, nous faisons du sport et nous mangeons sainement. Nous saisissons chaque occasion, pendant les weekends ou les jours de congé, pour aller visiter des régions que nous n'avons pas encore explorés."

the dreamer adventure camping couple

Rabii espère un jour pouvoir produire un film documentaire sur la Tunisie, et révéler sa beauté au monde entier.
En attendant, il a réalisé un mini-documentaire, avec les moyens du bord, que voici:

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