Huffpost Maroc mg

La reprise des relations du Maroc avec l'Iran sous le signe de la non-ingérence

Publication: Mis à jour:
MAROC IRAN
La reprise graduelle des relations diplomatiques du Maroc avec l'Iran | DR
Imprimer

DIPLOMATIE - Sept ans après la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l'Iran, le roi Mohammed VI a nommé, lors d’une cérémonie qui s’est déroulée au palais royal de Casablanca le 13 octobre, Hassan Hami ambassadeur du royaume à Téhéran.

En tant qu'ex-ambassadeur du Maroc en Azerbaïdjan, Hassan Hami connaît bien le dossier iranien, puisque depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, l'ambassade du Maroc à Bakou était évoquée pour la gestion des affaires courantes avec l'Iran. "Après examen des options disponibles, il ressort que l’ambassade du Maroc à Bakou (Azerbaïdjan) est la mieux placée pour assurer cette mission. D’une part en raison de sa proximité géographique de Téhéran et, d’autre part, afin d’éviter d’éventuelles susceptibilités politiques liées à la gestion des relations avec l’Iran à travers l’une des ambassades du Maroc dans les pays du Golfe", lit-on dans une note fuitée du ministère des Affaires étrangères relative à la reprise des relations du Maroc avec l'Iran.

Avant la nomination du nouvel ambassadeur marocain à Téhéran, c'était le chargé d’affaires Mohammed Charigi qui a assumé, pendant huit ans, la gestion des affaires de l’ambassade à Téhéran.

Solidarité avec le Bahreïn et soupçons de prosélytisme

La reprise des relations diplomatiques avec l'Iran "ne s'est pas faite, et ne se fera pas aux dépens des relations du Maroc avec les pays arabes frères, ni avec les pays partenaires, ou au détriment des prises de position du Maroc sur les affaires régionales et internationales".

C'est sur cette phrase précautionneuse que Nasser Bourita, à l'époque secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, annonce, dans un courrier datant du 6 février 2014 et adressé aux directeurs au sein du ministère des Affaires étrangères, la reprise des relations avec l'Iran.

Les relations diplomatiques entre la république islamique et le royaume avaient été interrompues en mars 2009 de manière unilatérale par le Maroc. Officiellement, Rabat contestait la vision d’un haut responsable iranien qui avait déclaré que l’Etat du Bahreïn était "la quatorzième province iranienne". En solidarité avec le petit Etat du Golfe, le Maroc avait alors rompu tous ses liens avec la république islamique. En off, des diplomates évoquaient aussi l'ingérence de l'Iran, et des activités de prosélytisme chiite téléguidées par Téhéran.

Selon le quotidien français Le Monde, qui avait mis la main en 2010 sur un câble diplomatique publié par WikiLeaks, l’Arabie saoudite aurait également fait pression sur le royaume "dans sa stratégie globale d’opposition à l’influence iranienne".

Une décision qui a surpris

La décision de rompre les relations diplomatiques avec l'Iran avait, en son temps, surpris. "On peut avancer l’hypothèse qu’en agissant ainsi, le Maroc cherche à se positionner comme un membre de l’axe anti-iranien qui est en train de se constituer au Moyen-Orient. Quelques indices permettent d’étayer cette hypothèse. D’abord, pourquoi Mohamed Louafa, contrairement à tous les ambassadeurs mutés en janvier dernier, n’avait-il pas été remplacé, laissant la représentation marocaine à Téhéran sous la coupe de seconds couteaux? Ensuite, comme le remarque le chercheur Abdellah Rami, 'peu de gens l’avaient relevé à l’époque, mais rétrospectivement, on peut s’étonner du fait que le Maroc ait participé, en novembre 2008, à une réunion à Charm El Cheikh aux côtés du front sunnite formé par l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et la Jordanie, pour exprimer une inquiétude collective face à la menace iranienne'", écrivait l'hebdomadaire TelQuel, au lendemain de l'annonce de la rupture des relations maroco-iraniennes.

Si Téhéran n'a pas manqué d'exprimer, dès 2009, son incompréhension et son regret de la décision marocaine, il aura fallu attendre 2014, pour que décision soit officiellement prise, par le Maroc, de reprendre les relations avec l'Iran.

Une reprise graduelle et progressive

La reprise a été précédée de plusieurs rencontres informelles entre des ambassadeurs du royaume et des représentants de la république islamique. Début 2014, les événements s'accélèrent. Le 18 janvier 2014, la ministre déléguée aux Affaires étrangères Mbarka Bouaida reçoit un courrier de la part de son homologue iranien, suivi par un appel téléphonique, durant lequel Mbarka Bouaida a exposé, "de manière franche et claire, les raisons qui ont poussé le royaume du Maroc à rompre ses relations diplomatiques avec la république Iranienne, en 2009", lit-on dans un note interne du ministère des Affaires étrangères.

Le ministre Iranien ayant exprimé son regret quant à la rupture des relations diplomatiques, et "le respect de l'Iran envers les constates du royaume du Maroc", ainsi que "l'appréciation de l'Iran du rôle que joue le roi Mohammed VI", décision a été prise de renouer, "dans le cadre du respect mutuel et de la non-ingérence", précise la note.

Après des réunions tenues en interne au niveau du ministère des Affaires étrangères, consacrées aux aspects juridiques et pratiques relatifs au rétablissement des relations diplomatiques avec l’Iran, il a été décidé que "la reprise des relations avec l’Iran devra se faire d’ une manière graduelle. La réouverture de l’ambassade d’Iran à Rabat se ferait de manière progressive, qui commencerait par l’ouverture d’ une section administrative réduite. De même, les circonstances ayant contribué à la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran en 2009, devront être évitées", lit-on dans le courrier adressé par Nasser Bourita aux directeurs du ministère des Affaires étrangères.

En particulier, le Maroc "devra veiller à ce que l’ambassade iranienne à Rabat soit maintenue dans des effectifs raisonnables. A cet effet, le Maroc pourra tirer avantage des outils de contrôle offerts par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961, notamment en matière d’approbation préalable du personnel diplomatique iranien", poursuit le courrier.

Il a aussi été décidé, dès lors, de "tenir d’urgence une réunion avec les Ambassades d’Arabie Saoudite, Bahreïn, Koweït et Etats-Unis d’Amérique, pour expliquer le contexte et la portée de la décision marocaine". Précaution supplémentaire: "l’attention appropriée sera accordée au fait que la réactivation éventuelle des relations économiques et commerciales, tienne dûment compte des sanctions qui sont toujours imposées à l’Iran, tant par les Nations Unies, que les Etats-Unis, le Canada et l’Union européenne", conclut le courrier.

LIRE AUSSI: