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Et si le développement de l'Afrique passait aussi par la philanthropie?

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Et si le développement de l'Afrique passait aussi par la philanthropie? | African Philantropy Forum
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DÉVELOPPEMENT - La philanthropie peut-elle permettre au continent africain de continuer à se développer? Car face à des problématiques qui touchent aussi bien l'éducation, la santé que la gouvernance, la philanthropie peut avoir son rôle à jouer pour oeuvrer pour le bien commun. C'est en substance le message qui a été lancé lors de l'inauguration du "African Philantropy Forum", qui a débuté ce lundi 17 octobre à Rabat. Un événement qui a vise à construire une communauté de philanthropes à travers le continent et leur permettre de partager leur expérience afin de dynamiser le secteur: "Le but est de libérer la philanthropie afin de faire avancer le continent", a déclaré d'entrée de jeu Ndidi Nwuneli, directrice du African Philantropy Forum dans son discours inaugural.

La philanthropie peut-elle se substituer à l'action gouvernementale?

Présent pour donner une allocution, le ministre de de l'Industrie, du commerce, de l'investissement et de l’économie numérique Moulay Hafid Elalamy a expliqué que le secteur philanthropique ne devait pas tenter de remplacer les gouvernements quand il s'agit d'agir dans les secteurs sociaux, mais qu'une communication plus efficace entre le public et le privé se doit d'être mise en place: "Les ponts ne sont pas assez bien jetés", a-t-il lancé. Celui qui a été président du patronat marocain a confié qu'il a pu se rendre compte de cette dichotomie lorsqu'il est passé de l'autre côté du miroir: "j'ai réalisé l'ampleur du travail à faire, pour que les opérateurs économiques comprennent la façon dont marchent les mécanismes des États".

Du fait de sa diversité culturelle et historique, l'Afrique renferme plusieurs courants de pensée qu'il est également nécessaire de mettre sur la même longueur d'onde. Des différences qui se ressentent par exemple entre les pays anglophones et francophones: "La philanthropie est plus enseignée dans les écoles anglophones. Et s'il y a des différences au plus jeune âge, il y aura des répercussions plus tard", note-il. Toujours est-il que "l'on assiste depuis quelques temps à une prise de conscience de l'école française", nuance le ministre et homme d'affaires marocain.

Et puisque ces différences entres les territoires du continent se font parfois ressentir, il devient d'autant plus nécessaire, selon MHE, de développer une communauté de philanthropes africains afin d'accélérer leurs actions à travers un partage de connaissances. En tant que trésorier de la fondation Lalla Salma de lutte contre le cancer, il est revenu sur les démarches qui ont été nécessaires afin de changer les a priori sur cette maladie: "Il y a onze ans, les gens pensaient que cette maladie était contagieuse. Nous avons réussi à changer les mentalités et nous pouvons aujourd'hui parler de cette expérience". Un parcours qui pourrait permettre à d'autres fondations du même type de s'inspirer du travail qui a été fait par la fondation Lalla Salma et ainsi gagner un temps précieux dans leur combat contre le cancer.

Quels secteurs privilégier?

Mais comment choisir le domaine dans lequel investir? Pour Emmanuel Gyimah-Boadi, directeur général du centre pour le développement démocratique ghanéen et co-fondateur de l'institut de recherche et de sondage Afrobarometer, les principales priorités des Africains interrogés par son institut sont l'emploi, l'éducation et la santé. Ils sont également en grande majorité demandeurs de processus électoraux transparents et sincères. Des données qui donnent déjà quelques pistes de réflexion pour le secteur philanthrope, mais auxquelles il ne faut pas pour autant se restreindre: "Nous avons besoin de personnes qui veulent changer le système", avance de son côté Bongi Mlangeni, présidente de l'Organisation non-gouvernementale sud-africaine Social Justice Initiative. "Nous devons choisir les domaines les plus difficiles" dans lesquels rentrer en action, d'après elle. "Il faut redonner de la dignité et avoir une véritable stratégie. La plupart de philanthropes ne connaissent pas l'impact de leurs donations. Avant de demander de la transparence aux gouvernements, nous nous devons de montrer l'exemple".

Aider la population à mieux comprendre la politique

Pour le citoyen lambda, comprendre ce qui se trame dans les alcôves des gouvernements peut souvent s'avérer opaque. Un phénomène lié à un manque d'expertise et d'intérêt face aux connaissances nécessaires pour aborder des informations qui, de prime abord, peuvent paraître hermétiques. C'est ce que fait le Nigérian Oluseun Onigbinde, co-fondateur de la star-up civique BudgIT, qui propose en partie une analyse des informations contenues dans le budget du gouvernement nigérian afin de les rendre compréhensibles au plus grand nombre: "Les Nigérians ne comprenaient pas comment le budget était utilisé. Mais il faut trouver un moyen pour apporter cette information au plus grand nombre. Il nous faut trouver des philanthropes qui pourraient nous aider à obtenir des fonds pour développer la civic tech (ndlr: ensemble des procédés, outils et technologies qui permettent d’améliorer le système politique) ".

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