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André Azoulay: "L'islam marocain est à la fois moderne et engagé contre la radicalisation"

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AZOULAY
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JEUNESSE - Ceux qui étaient de passage par Essaouira ce weekend, sur la côte atlantique du Maroc, ont dû forcement être interpelés par un rassemblement exceptionnel de jeunes dans la ville. Si plusieurs étaient là pour se déhancher sur les rythmes électroniques du Moga Festival, d'autres ont fait le déplacement pour assister au Forum euro-méditerranéen des jeunes leaders.

L'ambition de l'évènement? Contribuer, en mettant en réseau les futurs décideurs, à l'intégration de l'espace euro-méditerranée qui fait face à plusieurs défis. L'objectif est aussi de donner la parole à plus d'une quarantaine de "leaders de demain", issus de huit pays de l'espace euro-méditerranéen sur les sujets qui font l'actualité.

C'est André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI, natif de la ville, qui a donné, samedi matin depuis Dar Saouiri, le coup d'envoi de cette seconde édition.

Essaouira, un symbole

"Essaouira a le très grand privilège d'accueillir aujourd'hui, pour sa seconde édition, le Forum euro-méditerranéen des jeunes leaders", a-t-il déclaré devant une salle bondée et conquise, composée de plus de 300 étudiants, jeunes leaders et un parterre d'intervenants.

Le choix de la ville n'est pas anodin. "Essaouira, c'est un symbole international de la tolérance, de l'ouverture et du dialogue. Pour ce second forum de la jeunesse, il était donc naturel et légitime de se retrouver ici", explique au HuffPost Maroc l'ambassadeur de France au royaume Jean-François Girault.

"C'est un forum de la jeunesse parce que c'est cette jeunesse qui construira la Méditerranée de demain, cette Méditerranée de la paix, de la prospérité, du vivre ensemble, cette Méditerranée des projets. Les débats qui ont commencé ce matin sont très riches, très intéressants, très libres de propos, parce que c'est le fait de la jeunesse. Et comme le disait Socrate, rien n'est impossible à la jeunesse", poursuit-il.

Le premier débat du forum s'est intéressé à une question qui préoccupe de nombreux pays et responsables étatiques, celle du "combat contre la radicalisation". Parmi les personnalités appelées à la barre: Francois-Xavier Bellamy, maire adjoint de Versailles, Mohamed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation religieuse, Nabil Mouline, chercheur et écrivain, Driss Jaydane, journaliste, philosophe et écrivain, Abdellah Tourabi, politologue et Anouar Zyne, expert en communication politique.

Un "discours de vérité"

Pour André Azoulay, la "première matinée était au delà des espérances". "Il y a là un discours d'experts sur ces problèmes de radicalisation, de déradicalisation et de l'art de vivre ensemble. Et comme toujours dans ce genre de discussions, Essaouira se sent non seulement honorée d'accueillir ces centaines de personnes et de jeunes pour en débattre, mais se sent à sa place", nous confie-t-il.

"En débattre aujourd'hui avec toutes ces personnalités et ces jeunes est un pas de plus que nous franchissons dans cette démarche souirie, qui exprime, de mon point de vue, l'enracinement du Maroc dans à la fois la diversité, l'écoute et aussi cette volonté que notre pays illustre avec tellement de clarté et de détermination".

Le conseiller royal a également souligné "cette capacité pour l'islam marocain, d'être non seulement ouvert à la modernité, mais aussi engagé dans ce combat pour que nos sensibilités, nos histoires et civilisations respectives puissent ensemble chercher la meilleure réponse à ses défis auxquels nous sommes confrontés".

Contrecarrer les djihadistes

Même son de cloche du coté de Jean-Marc Berthon, directeur général de l'Institut français du Maroc: "C'était des discours très articulés, il y avait des lignes de clivage intéressantes". Mohamed Charrani, qui a une émission sur l'islam à la télévision française, pense par exemple qu'il faut contrecarrer les djihadistes sur le terrain religieux et montrer que leur conception de l'islam n'est pas la bonne. Pour cela, il propose un programme de réforme de l'islam.

Nabil Mouline, chercheur au CNRS et directeur adjoint au CJB pense, lui, que ce n'est pas sur ce terrain là qu'il faut se situer, et qu'il faut confronter les djihadistes avec des arguments autres que religieux.

Selon lui, il est question aujourd'hui "non pas de radicalisation de l'islam, mais d'islamisation du radicalisme".

"Tous les participants partageaient la conviction qu'il y a toujours eu des radicaux, ça été dit et redit ce matin. Il y a eu les terroristes d'extrême gauche, notamment dans les années 70, en Europe. Aujourd'hui, le terrorisme prend les couleurs de l'islam", poursuit-il.

La culture comme arme de combat

Celui qui est également conseiller culturel à l'ambassade de France estime que la culture peut faire changer les choses. "Les djihadistes ont une vision du monde, ils ont un logiciel. ll faut proposer un contre-logiciel. Ça passe par l'éducation et par la culture. Oui, il faut faire des films, des livres pour dénoncer le discours djihadiste et le ridiculiser. C'est essentiel", insiste-t-il.

André Azoulay, qui préside par ailleurs l'association Essaouira-Mogador et le Printemps musical des alizés, partage lui aussi cette conviction: "La place de la culture dans l'ensemble de cette problématique est centrale. Essaouira a fait ce choix il y a un quart de siècle".

Outre la radicalisation, plusieurs autres sujets ont fait l'objet de débats durant les deux jours du forum, en l'occurrence la révolution numérique, la lutte contre le changement climatique, l’égalité hommes-femmes, le rôle de la culture dans le monde.

Ce forum est organisé par l’ambassade de France au Maroc, en partenariat avec l’ONG "Marocains pluriels" et l’association Essaouira-Mogador. Il bénéficie du soutien spécial de la Fondation Anna Lindh et est parrainé par Elisabeth Guigou, présidente de cette fondation ainsi que par André Azoulay.

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