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Au Maroc, le secteur informel contribue à hauteur de 11,5% au PIB national

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MOROCCO STREET
People look for items at a small flea market behind Bab el Bahr gates of Rabat's Medina September 21, 2014. UNESCO made Rabat a World Heritage Site two years ago and media and tour operators call it a "must-see destination." But it seems the tourist hordes have yet to find out. While visitors are getting squeezed through the better-known sites of Marrakesh and Fez, the old part of Rabat - with its beautiful Medina and Kasbah of the Udayas - remains an almost unspoiled oasis of calm. Smaller an | Damir Sagolj / Reuters
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COMMERCE - C'est l'un des chevaux de bataille du ministère de l'Industrie et du Commerce: la lutte contre l'informel, secteur qui brasse chaque année des milliards de dirhams et contribue à hauteur de 11,5% au PIB national.

Secteur qui étouffe, aussi, l'industrie formelle par les produits issus de la contrebande ou ceux qui n’intègrent ni impôts, ni charges sociales dans leurs coûts, pointait du doigt la patronne des patrons, Miriem Bensalah-Chaqroun, lors d'un colloque tenu à Rabat en juin dernier sur le développement économique du pays.

"Une société traditionnelle en transition"

Face à ce constat, et pour tenter de mieux cerner le phénomène qui ne cesse de croître (le nombre d'entreprises informelles augmente en moyenne de 19.000 unités chaque année), le Haut commissariat au Plan (HCP), dont la dernière étude sur le secteur remontait à 2007, a mené une nouvelle enquête en 2013 et 2014, et vient d'en présenter les principaux résultats.

Première assertion à prendre en compte: pour Ahmed Lahlimi Alami, Haut commissaire au Plan, les activités informelles "ne constituent pas, à proprement parler, un secteur économique", a-t-il rappelé mercredi 12 octobre lors de la présentation des résultats de l'enquête.

Ceci les identifierait en effet comme "une composante structurelle homogène de l’économie nationale et leur conférerait une vocation légitime de figurer en tant que telle dans la comptabilité nationale", a-t-il ajouté. "A l’analyse, elles semblent plutôt constituer un mode d’articulation, historiquement daté, d’une société traditionnelle en transition avec un modèle capitaliste et libéral de croissance de faible productivité globale".

410 milliards de dirhams de chiffres d'affaires

Si le secteur informel n'a pas la légitimité pour figurer dans les comptes du pays, il n'empêche qu'il brasse chaque année des milliards de dirhams.

Selon le HCP, qui a couvert un échantillon de plus de 10.000 unités de production informelles (UPI) sur l'ensemble du territoire national pendant une année, le chiffre d'affaires brassé par les UPI s'est ainsi élevé à près de 410 milliards de dirhams en 2013, en accroissement annuel moyen de 6,5% depuis 2007.

Les activités commerciales représentent près de 70% du chiffre d’affaires total des quelques 1,68 millions d'UPI que comptait le pays en 2013, suivies des activités de l’industrie (13,1%), des services (9%) et du BTP (8,1%).

Plus de 3,3 milliards de dirhams investis

La sphère informelle, qui a investi, en 2013, 3,366 milliards de dirhams, a été à l’origine de la production de 185 milliards de dirhams de biens et services, en progression annuelle moyenne de 7,9% depuis 2007, révèle encore l'étude.

"Compte tenu d’un prélèvement relativement minime au titre des impôts et taxes dans la sphère informelle, celle-ci aurait, en 2013, contribué à hauteur de 11,5% au PIB national", note le HCP.

La valeur ajoutée créée par les UPI, qui s'élevait à 103,346 milliards de dirhams cette même année, représentait quant à elle 12,6% de la valeur ajoutée nationale.

Une initiative plus individuelle que collective

Concernant le profil des entrepreneurs informels, le niveau d’instruction reste faible: seuls 3,3% ont fréquenté l'enseignement supérieur, et un peu moins du tiers l'enseignement secondaire. Le secteur est peu féminisé: 9% des unités de production informelles sont dirigées par des femmes, celles-ci opérant surtout dans l'industrie ou le travail à domicile.

Selon l'enquête du HCP, l'initiative de création d'une entreprise informelle est en majorité individuelle (83%). 10,6% des UPI sont des initiatives collaboratives, et près de 5% le fruit d’un concours familial.

Enfin, concernant la clientèle de ces petites entreprises, les ménages ont constitué 80% des clients, les entreprises informelles 21,3% et les entreprises formelles 0,5%.

Autres chiffres édifiants: plus de la moitié des UPI ne disposent pas d'un local fixe et plus de 80% déclarent ne pas s'acquitter de la taxe professionnelle.

Un statut pour les auto-entrepreneurs

C'est pour combler ce manque à gagner pour l'économie nationale que le département de Moulay Hafid Elalamy a lancé, en septembre 2015, le statut d'auto-entrepreneur. Plus de 20.000 auto-entrepreneurs se seraient déjà déclarés selon les chiffres donnés en juin dernier par le ministre de l'Industrie.

C'est aussi pour faciliter les démarches administratives des auto-entrepreneurs et encourager le passage au cadre formel qu'Attijariwafa bank a lancé, début juin, la plateforme web "Dar Al Moukawil" (la maison de l'entrepreneur) dédiée à l’accompagnement des Très petites entreprises (TPE).

La plateforme met à disposition une base de données agrémentée de vidéos, de documents, de modèles, de guides, de cours en lignes et de webinaires que les TPE pourront consulter gratuitement. L’idée est d’accompagner et de conseiller les auto-entrepreneurs en leur offrant des informations et des formations sur la pratique des affaires, leur suivi, leur évolution.

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