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Au Maroc, la course au perchoir a commencé

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PARLEMENT - Il est, officiellement, le numéro trois de l'organigramme après le roi et le chef du gouvernement. Il est membre de pléthore de Conseils, dont le Conseil de régence. Il touche un salaire et des indemnités confortables. Il a une caisse noire, bénéficie de l’immunité parlementaire, et jouit de nombreux avantages. Il, c’est le président de la Chambre des représentants, élu en début de législature, puis à la troisième année de celle-ci lors de la session d’avril et pour la période restant à courir de la législature. Au moment où les négociations pour former une coalition gouvernementale ont commencé, les partis politiques souhaitant faire partie de la prochaine majorité commencent à se positionner pour décrocher la présidence de la Chambre.

Il y a quelques jours, une source à l’Istiqlal confirmait au HuffPost Maroc l’information selon laquelle Hamid Chabat souhaitait succéder à Rachid Talbi Alami à la présidence de la Chambre des représentants. Parmi les demandes de l'Istiqlal pour former coalition avec le PJD, figure la présidence de la première chambre. "Il s'agit d'une demande tout à fait normale. La tradition veut que le second parti en termes de poids électoral au sein de la majorité décroche le perchoir", déclarait notre source.

Concurrence à l’intérieur de l’Istiqlal

Mais Chabat n’est visiblement pas le seul à convoiter le perchoir, au sein de l’Istiqlal: selon les informations obtenues par le HuffPost Maroc, Noureddine Mediane, président du groupe parlementaire de l’Istiqlal à la Chambre des représentants, court lui aussi derrière ce post. Et à en croire une source au parlement, "il est bien parti pour. On a entendu dire que Chabat se positionne, mais celui qui se positionne réellement, c’est Noureddine Mediane. Il remplirait parfaitement cette fonction, car il a une grande connaissance de la machine parlementaire et de ses rouages, vu qu’il est le plus ancien parlementaire de l’Istiqlal."

Pour notre interlocuteur, "Hamid Chabat est, certes, secrétaire général de parti, mais la présidence de la première chambre demande des qualités spécifiques". Et d’ajouter que "ça ne marchera pas avec Hamid Chabat."

Ce dernier pourrait, d’ailleurs, céder de son plein gré à se positionner pour décrocher le perchoir. Car aujourd’hui, après trois ans dans l’opposition, "il y a une pression énorme et infernale qui s’exerce sur Hamid Chabat, de la part des cadres et des lieutenants du parti, pour prendre à la fois la présidence de la chambre et quelques postes ministériels. D’autant que Hamid Chabat est mis en cause par ses pairs, en raison de la dégringolade de l’Istiqlal lors de ces élections", rapporte notre source. D’où la possibilité que le secrétaire général de l’Istiqlal accepte de voir Noureddine Mediane à la tête du parlement… ou y place Abdelkader El Kihel, que beaucoup considèrent comme étant le deus ex machina du parti.

Le RNI et l’UC, deuxième force politique de la majorité ?

S’il est de coutume d’accorder la présidence de la Chambre des représentants au deuxième parti en termes de nombre de sièges au sein de la majorité, l’alliance formée par le Rassemblement national des indépendants (RNI) et l’Union constitutionnelle (UC), notamment pour la mise sur pied d’un groupe parlementaire commun, pourrait changer la donne. Avalisée lors de la réunion du bureau politique du RNI, qui s’est tenue mercredi 12 octobre —d'où le timing parfaitement choisi par l'UC pour annoncer la volonté d'un rapprochement avec le RNI— elle permettra aux deux partis d’être forts d’un front de 56 députés, bien loin devant l’Istiqlal et ses 46 sièges. Ainsi, ils pourront négocier confortablement les conditions d’entrée au gouvernement, car il n'est pas exclu que cette alliance du RNI avec l’UC fasse partie d’une stratégie pour être en position de force au moment de négocier une seconde alliance, soit avec le Parti authenticité et modernité (PAM), soit avec le Parti de la justice et du développement (PJD). Si les deux partis choisissent d’ouvrir les pourparlers avec le PJD, pour être de la prochaine majorité gouvernementale, il est fort possible qu’ils réclament la présidence de la première chambre.

Un mode d’élection favorisant l’incertitude

Le mode d’élection du président de la première chambre fait, lui aussi, partie des facteurs d’incertitude qui peuvent peser lourd. Selon l’article 17 du règlement intérieur de la Chambre des représentants, le président est élu au scrutin secret à la majorité absolue des membres composant la Chambre au premier tour, et à la majorité relative au second tour. En cas d’égalité de suffrages, le moins âgé des candidats est élu, et en cas d’égalité des suffrages et de l’âge, il est procédé au tirage au sort.

Le vote à bulletin secret, que certains parlementaires ont demandé de remplacer par un vote à main levée, ne permet pas aux partis politiques de se prémunir contre coups bas et petites trahisons au moment du vote.

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