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Débats à Barcelone sur l'autonomisation des femmes en Méditerranée : les urgences de survie et le travail long

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RUNION DE UPM BARCELONE
UPMS
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Le Secrétariat général de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) a organisé, les 10 et 11 octobre 2016, à son siège de Barcelone, la 3e Conférence de haut niveau sur l’autonomisation des femmes intitulée "Femmes pour la Méditerranée : un moteur pour le développement et la stabilité".

Une rencontre riche où les urgences – réfugiés palestiniens et syriens – ont été rappelées avec force mais où a été également abordé le travail nécessairement long permettant aux femmes de gagner leur autonomisation qui passe par leur indépendance économique.

Des femmes porteuses de projets et d'expériences se sont relayées à cette tribune pour rendre compte de leurs expériences et… de leurs déboires.

"J’ai besoin de solutions maintenant !"

Il a été beaucoup question des inégalités des chances et des entraves objectives et subjectives à leur autonomisation. Les milieux dans lesquels évoluent les femmes ne sont pas les mêmes.

"La guerre en Syrie, l'occupation israélienne de la Palestine, les conflits en Moyen-Orient sont des situations de crise dans lesquelles les femmes et les enfants sont les premières victimes", se sont accordés à dire les participants venus de la région MENA.

suzanne jabbour

La tendance aux idéalismes et aux stratégies futuristes n'avaient pas de place quand on mesure réellement la détresse des gens qui font face quotidiennement à ces situations. La Directrice du Centre Restart et membre du sous-comité de l'ONU pour la prévention de la torture, Mme Suzanne Jabbour en a fait son cheval de bataille en recentrant le débat sur les vraies préoccupations des femmes au Moyen-Orient.

"Nous n'avons pas le temps de discuter de stratégies à venir : J'ai besoin de solution maintenant pour les deux millions de réfugiés syriens et palestiniens qui sont au Liban". Ses préoccupations sont celles de l’urgence d’aider et de secourir des enfants, des femmes et des hommes qui sont dans des situations de quête de survie.

Femmes palestiniennes sous l’occupation, la double peine

"Un plan d'urgence doit être élaboré", insiste-t-elle en soulignant sur les deux millions de réfugiés aux Liban seuls 1.3 millions sont enregistrés par l'ONU. 51.6% sont pauvres. 28% vivent avec moins deux dollars américains par jour dont 8% avec moins d'un dollar. Des statistiques effrayantes par lesquelles la directrice de Restart avait voulu capter l'intérêt et pousser à une action immédiate.

Les Palestiniens présents à Barcelone n'ont pas, eux non plus, ménagé leurs efforts pour souligner l’extrême précarité de leur situation qui dure depuis 1967.

"Nous vivons sous une occupation. Aucun développement ni émancipation des femmes ne pourrait survenir sous un état colonial", a soutenu Khawla Qarqe, une des participantes palestiniennes. "Le problème en Palestine n'a jamais été un problème religieux. C'est l'image qu'on veut en donner" souligne-t-elle.

"Chez moi à Bethleem ", insiste-t-elle "juifs, musulmans et Chrétiens ont de tout temps vécu en harmonie. Le problème c'est celui d'une occupation de nos terres et une expropriation avec son lot d'abus d'injustices et de répression"

Des lueurs d'espoirs

Au cours de ces deux jours et au-delà des urgences, les 250 participants ont entrevu des lueurs d’espoir incarnées par des femmes qui se battent pour se faire une place et parviennent à faire entendre leurs voix.

sarra arbaoui

Des échanges d’expérience et de pratiques exemplaires et la mise en œuvre d’initiatives concrètes ont ainsi été évoquées. Sarra Arbaoui, ingénieure agronome tunisienne fait partie de ces héroïnes discrètes qui font avancer les choses sans baisser les bras.

"Tout était fait pour me décourager. On me prédisait déjà lors de mes études un chômage certain", dit-elle. " Ils avaient raison, je n'ai pas travaillé avec mon diplôme mais je n'ai pas baissé les bras. J'ai continué mes études décroché un doctorat et je continue à encourager les étudiantes à se spécialiser en agronomie".

Ses efforts n'ont pas été vains, ils ont même été primés par l'UNESCO en 2014. Sarra Arbaoui a en effet décroché un des cinq prix dédiés à la recherche scientifique. D'autres jeunes femmes, marocaines et tunisiennes, ont rendu compte de leurs projets et du soutien qu'elles ont reçu pour les faire aboutir.

Croire en soi

Pour elles, la clé de la réussite est d’abord en soi. "Il faut croire en soi pour que les autres investissent en vous", affirme Maryam Chahidi une des bénéficiaires des programmes de l'UPM (High Opportunity for Mediteranean Executives Recruitement).

Ingénieure en informatique, elle réalise son rêve de faire un doctorat en France dans le domaine des développements des logiciels. Une porte s'est ouverte à Maryam. Et à celles qui croient que les verrous peuvent sauter à force de volonté.

La conférence de Barcelone a été l'occasion du lancement de la seconde phase du projet de l’UpM-ONUDI "Promouvoir l’autonomisation des femmes pour le développement industriel inclusif et durable dans la région MENA"

réunion upm

Le projet vise à améliorer l’intégration économique des femmes en exploitant le potentiel des femmes entrepreneures en Algérie, en Égypte, en Jordanie, au Liban, au Maroc, en Palestine et en Tunisie. L’objectif est également de permettre un dialogue sur la politique d’intégration, afin de garantir un environnement propice à la création d’entreprise par des femmes de la région.

Avenir de la coopération méditerranéenne

Le projet, qui a reçu le soutien des États membres de l’UpM en novembre 2015 et dont le budget total s’élève à 4,5 millions d’euros, est promu par l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI). Plus de 2 000 femmes entrepreneurs devraient bénéficier des activités liées du projet. Ce qui représenterait le développement d’environ 500 projets d’entreprise prometteurs.

En octobre 2016, les activités de l’UpM ont, affirme-t-on, déjà un impact direct et tangible, avec un potentiel certain de progression, spécialement en ce qui concerne l’employabilité des jeunes, la croissance inclusive et l’autonomisation des femmes : 25 projets dont l’impact s’étend à presque 200 000 individus.

Sur ces 25 projets de collaboration, l’Initiative Méditerranéenne pour l’Emploi (Med4Jobs), conduite par l’UpM, a actuellement 12 projets en cours sur les rives Nord et Sud de la Méditerranée, ciblant plus de 100 000 jeunes entrepreneurs et en recherche d’emploi et soutenant le développement de plus de 1 000 PME.

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