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L'Arabie saoudite de nouveau sur la sellette après un bain de sang au Yémen

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SANAA CARNAGE
Yemenis attend the funeral of members of the same family on October 8, 2016 a day after they were killed in a reported airstrike by Saudi-led coalition air-planes that hit their house in Bajil in the western province of Houdieda. / AFP / STRINGER | STRINGER via Getty Images
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L’Arabie saoudite était de nouveau sur la sellette après un carnage ayant fait 140 morts et 525 blessés dans la capitale yéménite Sanaa, une attaque qui met dans l’embarras les Etats-Unis, alliés de Ryad.

Selon l’ONU qui a donné ce bilan, des frappes aériennes ont touché une grande cérémonie funéraire samedi dans la ville contrôlée par les rebelles chiites Houthis. Parmi les victimes figurent des personnalités politiques, des responsables militaires et de nombreux civils.

Le ton est monté avec une manifestation dimanche de milliers de partisans des Houthis qui ont crié «Mort aux Al-Saoud», la famille régnante à Ryad, et des déclarations belliqueuses de l’ex-président Ali Abdallah Saleh, allié des rebelles, qui a appelé à une mobilisation à la frontière saoudienne.

La coalition militaire arabe au Yémen, conduite par l’Arabie saoudite, a nié dans un premier temps toute implication dans les raids, avant de publier un communiqué dans la nuit annonçant une enquête "immédiate" à laquelle "la partie américaine" pourrait être associée.

Le bain de sang a été dénoncé par Washington, Paris, Londres, Téhéran, Damas et les Nations unies. Les Etats-Unis ont annoncé le réexamen de leur soutien à la coalition arabe, qui avait déjà été réduit ces derniers mois.

"La coopération sécuritaire des Etats-Unis avec l’Arabie saoudite n’est pas un chèque en blanc", a affirmé Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale à la Maison Blanche.

Et lors d’une conversation téléphonique dimanche, John Kerry, le secrétaire d’Etat américain a fait part de "sa profonde préoccupation" au vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l’a exhorté à "prendre immédiatement les mesures nécessaires pour s’assurer qu’un tel incident ne se reproduise pas". Le Canada a enjoint la coalition à "respecter son engagement de mener une enquête".

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Des secouristes yéménites transportent un corps après des frappes attribuées à la coalition arabe à Sanaa, le 8 octobre 2016

Ces raids sont intervenus à un moment où Washington critique fortement Moscou pour ses frappes en Syrie qui font de nombreuses victimes civiles. Les relations entre Washington et Ryad n’ont cessé de se détériorer ces deux dernières années, en particulier après une amorce de rapprochement américano-iranien.

L’objectif de la coalition arabe est de rétablir l’autorité du gouvernement reconnu par la communauté internationale sur l’ensemble du Yémen, en partie contrôlé par les Houthis, rebelles issus de l’importante minorité zaïdite concentrée dans le nord du pays et qui se sont emparés de Sanaa il y a deux ans.

L’Iran, qui soutient les Houthis, a "condamné fermement les frappes" saoudiennes qu’il a qualifiées de "crime épouvantable contre l’humanité'. Dans la foulée, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a demandé au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon de l’aide pour envoyer un avion iranien au Yémen afin d’évacuer les blessés et les hospitaliser en Iran

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- 'Enquête impartiale' -

M. Ban a "condamné" l’attaque "absolument inacceptable", qui "serait" le résultat de "frappes aériennes par la coalition". Il a exigé "une enquête rapide et impartiale".

Depuis le début du conflit actuel en mars 2015, des milliers de civils ont été des victimes collatérales de raids aériens attribués à la coalition sous commandement saoudien.

Le coordinateur humanitaire de l’ONU au Yémen, Jamie McGoldrick, n’a pas mâché ses mots. "La communauté humanitaire du Yémen est choquée et scandalisée par les raids aériens qui ont visé une salle publique où des milliers de personnes participaient à une cérémonie funéraire".

"Le plafond de la salle où j’étais s’est effondré sous l’effet d’une frappe. Un deuxième missile a suivi et j’ai perdu conscience", a déclaré dimanche à l’AFP Radhouane Al-Fizaï, un rescapé de 24 ans qui a été hospitalisé.

A son réveil, il a constaté les dégâts avec de nombreux cadavres qui jonchaient le sol. "Certains étaient totalement carbonisés". Ces personnes étaient venues présenter leurs condoléances pour la mort du père du "ministre de l’Intérieur" des rebelles, Jalal al-Rouichène.

Cependant, a précisé à l’AFP l’experte April Alley de l’International Crisis Group, "l’attaque semble avoir tué un certain nombre de personnalités politiques et d’officiers militaires du nord qui oeuvraient à un règlement politique".

Pour cette spécialiste, l’attaque "a presque certainement anéanti tout espoir de cessez-le-feu", évoqué vendredi par le médiateur de l’ONU pour le Yémen. Des pourparlers de paix qui se tenaient depuis plusieurs mois au Koweït ont été suspendus en août sans résultats.

Dans une allocution télévisée l’ex-président Saleh, qui dispose encore de puissants relais au sein de l’armée quatre ans après avoir été contraint au départ, a usé dimanche d’un langage très guerrier.

"J’appelle les forces armées et les comités populaires (milices rebelles) à se rendre sur le front de guerre à la frontière (saoudienne) pour venger nos victimes".

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche matin à Sanaa contre l’Arabie saoudite après le "massacre" de samedi. "Après ce massacre, nous sommes plus déterminés à affronter les agresseurs", a martelé un haut responsable des rebelles, Mohamed Ali al-Houthi.

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