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"Condamner le crime par un crime légalisé n'est pas une solution": récit d'une exécution

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L’émotion est toujours palpable. Maître Said Ben Mokhtar, avocat et président de la Ligue nationale de la défense des droits de l’Homme, racontait ce qu’est d’assister à l’exécution d’une peine de mort , samedi 08 octobre lors d‘une conférence de presse tenue par la LADDH à l’occasion de la journée mondiale contre la peine de mort.

Les faits remontent aux années 1980. Me Ben Mokhtar a assisté à cinq exécutions dans la "tristement célèbre" prison de Tazoult qui porte de non de la commune de Batna, confiait-il.

"Lorsqu’une exécution est programmée, la présence de l’avocat du détenu est obligatoire. Seulement, ces derniers refusent catégoriquement d’y assister. Ils vont jusqu'à prétendre d’être hospitalisés du fait d’avoir lié des relations avec leur client. Je me voyais donc souvent les remplacer", a raconté Me Ben Mokhtar.

Dans ce genre de situation, le bâtonnier doit désigner d’office un remplaçant à l’avocat de l’accusé. Et Said Ben Mokhtar reçoit à ce moment-là un courrier à son domicile avec mention confidentielle.

Une extrême violence

"Il est minuit, arrivé à la prison de Tazoult en cette nuit glaciale des Aurès, le gardien me conduit dans une salle où sont présents les membres de l’assemblée chargés d’assister à l’exécution. Celle-ci est constituée du procureur de la République auprès de la Cour de Batna; le président du tribunal criminel qui a prononcé la sentence, un magistrat qui doit recueillir les dernières volontés du condamné, le médecin chargé de rédiger l’acte de décès, le chef du peloton d’exécution et l’imam", détaillait-il.

La voix tremblante, Me Ben Mokhtar a raconté avec précision chaque étape de ce qu’il qualifie d’ "épreuve d’une extrême violence". Il accorde un soin particulier aux détails.

"Pour ramener le condamné du couloir de la mort, à cette heure tardive de la nuit, on l’informe qu’il sera transféré dans une autre prison, afin de ne pas choquer les autres détenus", a-t-il fait savoir.

Il poursuit : "le détenu rentre dans la salle. Il nous dévisage. La peur se dessinait sur ses traits. Après que le procureur ait confirmé son identité, il lui a froidement annoncé : vous êtes condamné à mort, le président de la République a suspendu la grâce et nous allons vous exécuter".

"انا زوالي علا هادي تقتلوني"

"Je suis pauvre, c’est pour cela que vous me tuez !", avait lancé le détenu. Me Ben Mokhtar était assis à coté du médecin, qui … rédigeait déjà l’acte de décès, laissant uniquement de mentionner l’heure !

"Je vois le détenu en face de moi et son acte de décès posé sur la table. Jamais la mort n’a été aussi matérialisé pour moi", dit-il sur un ton effrayé.

Une fois la "Chahada" prononcé, la procédure de passation du condamné commence. On retire au détenu les menottes de la prison pour lui placer les menottes du peloton d’exécution. Le chef du peloton a ensuite signé le procès verbal.

Tandis que le temps semblait lent pour l’interlocuteur durant ces étapes, ce qui a suivi est allé "à une vitesse ahurissante", décrivait-il.

"Nous quittons la prison de Tazoult vers le lieu d’exécution, une clairière pas loin de la prison de Tazoult. Arrivé sur les lieux, le détenu a été ligoté à un poteau en bois en ayant les yeux bandés. Les onze membres du peloton étaient en place. Dix fusils étaient posés par terre. Le moment ultime arrive : ils ouvrent le feu, plusieurs balles sont tirées. Après le coup de grâce est donnée par le chef du peloton dans la tête du condamné", c’est irréel confie Me Ben Mokhtar.

Maître Said Ben Mokhtar s’est dit bouleversé par ces scènes morbides auxquelles il a assisté. "Condamner le crime par un crime légalisé n’est pas une solution", dira ce monsieur, fervent militant pour l’abolition de la peine de mort.

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