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Coalition gouvernementale au Maroc: Les cinq scénarios possibles

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POLITIQUE - Au lendemain des élections législatives qui ont placé à nouveau le Parti de la justice et du développement (PJD) en tête, le roi Mohammed VI devrait nommer un chef du gouvernement issu de ce dernier dans les jours qui viennent, et lui confier la délicate mission de composer une coalition gouvernementale.

Si le champ politique marocain s’est fortement polarisé suite au scrutin du 7 octobre, avec désormais deux partis dominants -et adversaires inexpugnables-, le PJD et le Parti authenticité et modernité (PAM), il n’en reste pas moins qu’une coalition est indispensable pour parvenir à obtenir 198 députés sur 395 et disposer d’une majorité. Revue de détail des cinq scénarios qui se dégagent, du plus plausible au plus improbable.

Scénario 1# (70% de chances): Le PJD se coalise avec l’un ou l’autre des "grands perdants", PI ou RNI

Même en agrégeant ses voix avec son allié désormais indéfectible du Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui a obtenu 12 sièges, et le Mouvement populaire (27 sièges), le PJD ne peut constituer une majorité. Il lui faut donc nouer un accord avec soit le parti de l’Istiqlal (PI) ou le Rassemblement national des indépendants (RNI), tous deux considérés comme les "grands perdants" du dernier scrutin, reculant respectivement de 14 et 15 sièges. Dans le cas d’un accord avec le parti de l’Istiqlal, la "vieille dame" de la vie politique marocaine, le PJD se retrouverait avec un partenaire qui a montré des signes d’instabilité, et dont le leader, Hamid Chabat, est fragilisé malgré le gain de son siège de député à Fès. Dans le cas du RNI, même si ce dernier faisait partie de la coalition sortante, son patron Salahedinne Mezouar a multiplié les prises de distance avec le PJD ces derniers mois, allant jusqu’à désolidariser le bilan de "ses" ministres de l’action globale du gouvernement. Reste à savoir comment réagiront les barons de ces deux partis, qui n’aiment pas être en dehors du gouvernement et qui ont participé à l’exécutif de manière quasiment ininterrompue depuis la fin des années 70. Il y a fort à parier que ces derniers pèseront de tout leur poids sur leurs secrétaire généraux pour les pousser à "en être". Paradoxalement, l’Istiqlal comme le RNI se retrouvent en position de force, malgré leurs débâcles électorales respectives, car ils sont nécessaires pour construire une majorité.

Scénario 2 # (20% de chances): Le PJD construit une alliance hétéroclite

Si aucun accord n’était trouvé avec l’un des deux partis "pivots" que sont le RNI et le Parti de l’Istiqlal, peut survenir la tentation d’un montage "exotique" qui permettrait de dégager une majorité étriquée. Dans ce cas, le PJD agrègerait les vois du Mouvement Populaire (27), de l’Union Constitutionnelle (19), du PPS (12), du mouvement démocratique et social (MDS), et pourrait être tenté de proposer un maroquin à l’une des figures emblématiques de la Fédération de la gauche démocratique (2 sièges) et au PUD et PGV (1 siège chacun). Ceci portrait le total de voix à 190, donc trop court pour la majorité. Resterait ensuite à aller chercher 8 voix "dissidentes" au sein des autres partis, comme l’USFP, qui a connu un très net recul (- 19 sièges) et au sein duquel la contestation gronde à l’encontre de son chef, Driss Lachguar. Un précédent existe, puisque Abdelilah Benkirane a maintenu au gouvernement un membre de l’Istiqlal, Mohammed El Ouafa, alors que son parti avait quitté la coalition gouvernementale en 2013.

Scénario 3 (15% de chances): Une grande coalition avec le PAM

Evoquée à demi-mot par certains observateurs, l’hypothèse d’une grande coalition PJD-PAM a été rejetée d’emblée par les leaders des deux partis, le chef de gouvernement sortant Abdelilah Benkirane et le Président de région Ilyass El Omari. Toutefois, en cas d’impossibilité de construire une majorité de gouvernement issue des scénarios 1 et 2, il n’est pas inenvisageable que des tractations s’engagent afin d’éviter de repartir vers les urnes. Dans cette configuration, un prérequis serait que ni Benkirane ni El Omari ne fassent partie du gouvernement, bien que cela ne soit pas à exclure totalement. Autre hypothèse un peu plus baroque, l’entrée du PAM et d’autres chefs de partis au gouvernement à titre symbolique –avec un ministère d’état par exemple- et la composition d’un gouvernement d’union nationale à forte composante technocratique. Le Maroc a par le passé souvent eu recours à ce dispositif lors de périodes de crispation du champ politique.

Scénario 4 (3%): Aux urnes- à nouveau- Citoyens!

Les tractations pour la composition d’une majorité gouvernementale sont souvent longues et florentines. Chacun essaie de tirer le meilleur profit de sa position, ce qui dans la configuration actuelle place le parti de l’Istiqlal et le RNI en position de force. Si leurs demandes étaient déraisonnables aux yeux du futur chef de gouvernement, et si aucun scénario alternatif ne se dégageait, le dernier recours serait d’organiser de nouvelles élections législatives, à l’instar de l’Espagne. Ceci aurait le désavantage, outre le coût financier prohibitif, de plonger le pays dans une léthargie pendant un certain temps.

Scénario 5 (2%): Réforme constitutionnelle

La constitution de 2011 ne prévoit pas de "plan B" au cas ou le chef de gouvernement désigné par le roi n’arrivait pas à construire une majorité. Une autre option pourrait carrément être une réforme constitutionnelle, sans passer par le référendum mais par le parlement, afin d’ajouter une disposition qui permette au roi de désigner un membre du parti arrivé second comme chef de gouvernement au cas où celui arrivé premier n’arrivait pas à composer une majorité au terme d’une période donnée. Cette disposition aurait de surcroit l’avantage de protéger le pays contre la montée en puissance inattendue d’un parti extrémiste ou antidémocratique lors d’élections futures et agirait comme un bouclier institutionnel.

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