Huffpost Maroc mg

Le Desk met la clé sous la porte

Publication: Mis à jour:
DESK
Le Desk met la clé sous la porte | Le Desk
Imprimer

MÉDIAS - C'est une grande perte pour la presse marocaine. Le Desk.ma, le site d'information et d'investigation payant lancé par Ali Amar, met la clé sous la porte. Dans un communiqué diffusé lundi en fin de matinée, le site indique qu'il "cessera ses activités à la fin du mois si la situation à laquelle il fait face demeure inchangée".

En une année, Le Desk s'est imposé comme un média de référence, et a couvert avec la plus grande rigueur l'actualité marocaine, alternant entre grandes enquêtes fouillées (dont certaines sont devenues des références) et articles factuels. Mais le modèle économique choisi ne s'est pas avéré payant. Le coeur battant de l'actualité va donc cesser de battre.

Voici le communiqué diffusé par Le Desk:

"Un an après son lancement, Le Desk est à bout de souffle, faute de moyens financiers nécessaires à son existence et à son développement. Il cessera ses activités à la fin du mois si la situation à laquelle il fait face demeure inchangée
Le Desk, média original, innovant, indépendant et de qualité est à bout de souffle. Malgré l’engouement qu’il a suscité auprès d’un public de plus en plus large et la reconnaissance de son intérêt aussi bien au Maroc qu’à l’international, son avenir est compromis, faute de moyens financiers nécessaires à sa viabilité.

Depuis son lancement il y a un an, Le Desk s’est totalement investi pour offrir à ses lecteurs un journal numérique aux meilleurs standards de la profession, contribuant à réhabiliter l’enquête, le reportage et l’analyse, des genres journalistiques trop souvent abandonnés au profit du buzz et à la course aux clics.

Nous étions conscients dès le départ de cette aventure qu’une telle entreprise était périlleuse car elle nécessite un investissement conséquent sur la durée. Nous avions opté pour un modèle économique encore inexistant au Maroc et dans la région, seul véritable garant de la pérennité d’un média libre : celui de compter avant tout sur les abonnements de ses lecteurs, mais aussi sur tous ceux qui se soucient du pluralisme de la presse, de son dynamisme et de sa vitalité.

Un objectif de 10 000 abonnés au terme d’un an d’exploitation devait être impérativement atteint, sachant que le bassin du lectorat francophone, même restreint pour ce type de média, est largement plus profond. Malheureusement, à cette date, Le Desk ne compte que quelque 1 000 abonnés. Il y a quelques mois, une formule duale, couplant une « édition abonnés », et acceptant des publicités dans des proportions raisonnables a été testée. Force est de constater que ce choix a lui aussi abouti à une impasse. Le Desk, malgré son indéniable attrait auprès des annonceurs, est systématiquement exclu des campagnes publicitaires, ce marché étant régi par des règles opaques, dont celle du boycott politique.

Pourtant, à l’aune justement de la conjoncture politique que connaît notre pays, la survie et le développement d’un média indépendant, de qualité, participant aux débats en faveur d’idées progressistes et démocratiques, sont plus que jamais indispensables, mais les promoteurs du Desk ne peuvent continuer à en assumer seuls les besoins vitaux qui se chiffrent à 300 000 dirhams par mois. Un budget qui demeure très bas comparé à ceux de nos confrères de même catégorie.

Nous avons aussi tenté d’ouvrir notre capital à de nouveaux investisseurs, avec à la clé des projets de développement comme celui d’une version en arabe susceptible d’élargir encore davantage notre base de lectorat, mais cette démarche est restée sans suite jusqu’à présent.

Par ailleurs, des mécanismes de financement spécifiques et de soutien au secteur de la presse sont fortement conditionnés, voire inexistants au Maroc.

Il faut savoir aussi que la loi sur la presse au Maroc n’autorise pas l’apport en capital étranger, sauf dérogations particulières, alors que Le Desk peut potentiellement envisager un partenariat ou une levée de fonds à l’international. Un contexte étouffant qui dans les faits maintient de facto les médias locaux indépendants dans un état d’extrême fragilité, privés en cela de ressources et de transfert de savoir-faire auxquelles d’autres industries ont accès.

Face à ce constat amer, nous sommes acculés à mettre fin au projet. Sa fermeture sera effective le lundi 31 octobre à minuit, si d’ici-là la situation demeure inchangée. La déclaration de cessation de paiement de Pulse Media, la société éditrice du Desk, sera prononcée dans la foulée et sera suivie de l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire. Ne souffrant d’aucune dette, son démantèlement servira à honorer les factures en suspens, à financer un plan social en faveur de ses employés, et à rembourser au prorata temporis les abonnés dont la souscription ne sera pas échue à cette date. Les archives du site resteront en ligne et seront consultables par tous.

Enfin, nous tenons à exprimer toute notre gratitude à nos abonnés pour leur engagement, à nos partenaires, CFI et l’Union européenne, qui nous ont accordés leur précieuse aide au développement du site dans le cadre du programme Ebticar-Media, à l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) qui nous a permis de participer à l’enquête mondiale sur les Panama Papers, nos confrères et amis de Mediapart pour leur soutien et leurs bons conseils, le Global Editors Network (GEN) qui nous a ouvert son réseau à l’international, le Centre monétique interbancaire (CMI), la Cop 22 et le groupe Alliances, les trois seuls annonceurs qui ont accepté à ce jour de nous donner de la publicité, et plus largement toutes celles et tous ceux qui nous ont exprimé leur sympathie et transmis leurs encouragements."

LIRE AUSSI: Quels modèles économiques pour les médias au Maghreb?