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Les chauves-souris, des pesticides naturels en voie de disparition en Algérie

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BATS CHIROPTERA
near Inskin Point, Great Sandy National Park, Queensland, Australia | Bob Stefko via Getty Images
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Les chauves-souris, dont l'Algérie compte 25 espèces, sont en voie de disparition dans le pays et leur rôle environnemental demeure méconnu, puisqu'ils peuvent remplacer les pesticides et les insecticides sur le plan agricole.

"En une heure d'activité, ce mammifère volant peut dévorer jusqu'à 6.000 moustiques et insectes nuisibles à l'être humain et à l'agriculture", explique à l'APS un spécialiste des chiroptères de l'université de Bejaia, M. Mohamed Ahmim, qui appelle à sauver la chauve-souris de l'extinction vu son rôle utile sur le plan environnemental et agricole.

De plus, les excréments de cet animal, appelés guano, constituent "un engrais naturel de grande qualité et efficace pour palier et limiter les effets néfastes des produits chimiques", ajoute-t-il.

Deux facteurs principaux expliquent la tendance à l'extinction des chauves-souris en Algérie: si le premier est du fait que ce mammifère met bas une fois par an et un seul petit, le second réside dans la destruction de l'habitat naturel de l'animal.

C'est que les chauves-souris ont quatre (4) habitats naturels: les grottes et tunnels (habités par l'espèce appelée troglophile), les murs et entre les roches (les lithophiles), les maisons, domaines abandonnés et les caves (les anthropophiles) ainsi que la végétation et les forêts (les phytophiles).

En outre, le rôle de homme dans l'extinction de cette espèce n'est pas négligeable: "Pour les gens, la chauve-souris est carnivore. Ce qui est faux. Sur plus de 1.000 espèces de chauves-souris que compte le monde, seules trois (3) sont carnivores mais vivant uniquement aux Etats-Unis. Or, les espèces de chauves-souris vivant en Algérie sont insectivores. Ce sont des microchiroptères qui ne s'attaquent jamais à l'homme", assure M. Ahmim.

Mais pour ce spécialiste des chiroptères, il est encore possible de sauver les chauves-souris d'extinction par des moyens simples.

Pour cela, il suffit de placer des "bats box", des petites boîtes servant d'habitat aux chauves-souris au niveau des forêts, des villes et des domaines agricoles comme cela se fait dans la ville de New York. Le maire de cette ville a d'ailleurs décrété l'utilisation de ces boîtes vu de l'utilité de cet animal.

C'est ainsi que le principe des "bats box" est appliqué à Bejaia pour la réintroduction de l'espèce dans son habitat.

Dans ce sens, le wali de Bejaia a instruit l'ensemble des maires de cette wilaya d'installer ces "bats box" dont dix (10) à Melbou et cinq (5) au parc national de Gouraya, tandis que des actions de vulgarisation et d'information ont été menées en direction des agriculteurs.

Un travail de sensibilisation a aussi été effectué auprès de ministères concernés, qui a abouti à l'organisation de cycles de formation pour les garde-forestiers.

Quant à l'action à prendre lorsque ce mammifère nocturne entre dans une maison, M. Ahmim est catégorique: "il ne faut pas le tuer mais plutôt ouvrir les fenêtres, éteindre la lumière et attendre qu'il sorte. Lorsqu'une chauve-souris entre dans une habitation, elle se limite à manger les insectes qui s'y trouvent puis partir".

Mais l'autre problématique de la prise en charge de la chauve-souris dans le pays est le manque de spécialistes qui ne sont que trois (3) au niveau national et exerçant dans les universités d'Annaba, de Bejaia et de Tiaret, avise-t-il.

Cette spécialité, selon lui, demande du temps et un investissement personnel: "Pour étudier cette espèce, il faut travailler de nuit et faire de la spéléologie. Chose que les étudiants refusent. S'ajoute à cela le manque de débouchés".

Ce scientifique déplore aussi la faiblesse du budget alloué à cette spécialité par les pouvoirs publics, en faisant savoir que les aides les plus importantes proviennent d'ONG internationales.

"Nous nous sommes constitués en association (Bat group Algérie) pour pouvoir bénéficier des aides des ONG telles Bats onservation international (BCI), Bat conservation Africa et Euro bat", indique cet expert.

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