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Yahoo! accusé d'espionner les mails de ses clients pour le FBI ou la NSA

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Le siège de Yahoo! à Sunnyvale, en Californie. | AP
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TECHNO - L'histoire est digne d'un film hollywoodien. Le groupe internet Yahoo! aurait conçu un logiciel capable d'espionner des centaines de millions de mails de ses utilisateurs pour y dénicher des informations directement exigées par les autorités américaines. C'est ce qu'affriment trois anciens employés de la firme et une quatrième personne au fait de l'affaire, tous interrogés par l'agence de presse Reuters.

Sur les ordres de Marissa Meyer, la PDG du groupe elle-même, la firme se serait pliée aux exigences des services de renseignement, la NSA, ou du FBI, la police fédérale. Le logiciel, conçu en 2015 et permettant de retrouver des mots-clés dans des mails au moment de leur envoi, aurait été découvert par les équipes de sécurité de Yahoo en mai 2015, au moment de sa mise en marche. Les équipes ont d'abord cru à un piratage extérieur.

Cette révélation tombe plutôt mal pour Yahoo!: la firme a annoncé le 22 septembre que 500 millions de comptes de ses utilisateurs ont été piratés fin 2014 par une entité probablement liée à un État. Des dates de naissance, des noms, des adresses électroniques, des numéros de téléphone ou des mots de passe ont été volés.

Séisme chez Yahoo!

"Yahoo! est une entreprise respectueuse de la loi et elle se plie aux lois des États-Unis", a commenté le groupe mercredi au sujet de cette nouvelle révélation. "Le système de scan de mails décrit dans cet article n'existe pas dans nos systèmes", a également indiqué Yahoo!, dans un communiqué partagé sur Twitter par Edward Snowden.

Le lanceur d'alerte, ancien consultant pour la NSA, avait révélé en 2013 l'existence du programme PRISM, un programme de surveillance à grande échelle organisé avec la bénédiction de géants d'Internet comme Google, Facebook, YouTube, Microsoft, Yahoo!, ou Apple. Ces entreprises ont déclaré n'avoir jamais participé à un tel programme, sans toutefois nier collaborer avec les agences de surveillance en cas de demande ponctuelle de leur part.

Dans l'affaire révélée mercredi par Reuters, rien n'indique pour l'instant que d'autres firmes aient été approchées par les services de renseignement américains. Alphabet (Google) et Microsoft ont indiqué qu'elles n'avaient jamais répondu à une telle demande. Reuters indique aussi ne pas savoir ce que le FBI ou la NSA cherchaient dans les mails de Yahoo!.

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L'affaire aurait en tout cas provoqué des remous en interne, puisque les sources interrogées assurent que la décision de se soumettre au gouvernement américain a conduit à la démission en juin 2015 d'Alex Stamos, responsable de la sécurité des systèmes d'information du groupe, aujourd'hui en charge de la sécurité de Facebook.

La création d'un logiciel pour les autorités, une première

Les lois américaines autorisent les agences fédérales du renseignement à demander aux entreprises de téléphonie et Internet de coopérer en partageant leurs informations, notamment dans les affaires de terrorisme. Mais, d'après des experts du renseignement interrogés par Reuters, c'est la première fois qu'un groupe américain accepte de filtrer ses messages entrants à l'aide d'un logiciel spécialement créé.

Au nom du droit à la vie privée, Apple avait refusé une telle demande du FBI en mars, dans le cadre de l'enquête sur la tuerie de San Bernardino. Le FBI était finalement parvenu à débloquer l'iPhone du tueur sans l'aide d'Apple.

"Il est profondément regrettable que Yahoo! n'ait pas tenté de se battre contre la demande des renseignements, car les utilisateurs comptent sur ces entreprises pour dénoncer ces tentatives d'espionnage", estime Patrick Toomey, avocat membre de l'Union américaine pour les libertés civiles, qui dénonce un manquement au quatrième amendement de la Constitution, censé garantir le droit à la protection contre les perquisitions abusives.

Cet incident de plus pourrait valoir cher à Yahoo!, qui tente toujours de conclure son rachat par Verizon (actionnaire du Huffington Post). Les scandales pourraient donner envie à l'opérateur de téléphonie mobile, propriétaire d'AOL, de renégocier la transaction à la baisse.

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