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L'ancien président français Nicolas Sarkozy envisage l'interdiction du voile dans l'espace public

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POLITIQUE - Déjà partisan d'une interdiction du voile à l'université et dans l'entreprise, l'ancien président de la République française franchit un nouveau cap dans sa campagne visant l'islam. Alors que plusieurs médias rapportaient ce matin que son entourage planchait sur un texte législatif visant à interdire purement et simplement le port du voile dans l'espace public, l'ex-locataire de l'Élysée a semblé confirmer ce mercredi 5 octobre sur Radio Classique qu'il comptait aller dans ce sens.

"Préparez-vous un projet pour interdire le voile?", lui a demandé le journaliste Guillaume Durand. "Exactement", a répliqué l'ancien président de la République. "Oui ou non?", l'a relancé le journaliste. "Oui", a insisté Nicolas Sarkozy. "Pas de voile, pas de burkini, pas d'horaires spéciaux dans les piscines", a-t-il précisé alors qu'il était interrogé précisément sur ce point par Guillaume Durand, expliquant que "sur le sol de la République française on n'accepte pas les inégalités entre hommes et femmes". L'ex-chef de l'État a dénoncé le "communautarisme" qui menace selon lui "une identité nationale qu'il faut protéger". Nicolas Sarkozy apparente ainsi le port du voile et du burkini à "des tentatives d'instrumentaliser l'islam politique pour ébranler la République".

Interrogé sur ce cette affirmation, son coordinateur de campagne Gérald Darmanin a toutefois démenti que Nicolas Sarkozy prônait l'interdiction pure et simple du voile islamique. "Non, il n'en a jamais été question, ce n'est pas du tout ce qu'il a dit", a assuré le maire de Tourcoing, évoquant simplement une loi d'interdiction du burkini et contre tout ce qui porte atteinte au principe d'égalité homme femme.

Dans l'esprit du candidat à la primaire de la droite, si on ne légifère pas, "dans 10 ans il n'y aura plus de jeune fille d'origine maghrébine qui ne portera pas le voile". Interrogé sur le refus du Conseil d'État qui a invalidé les arrêtés préfectoraux portant sur l'interdictiondu burkini, Nicolas Sarkozy a répondu que "le responsable du Conseil d'État est nommé par le gouvernement". "D'ailleurs, on peut changer la Constitution", a-t-il encore indiqué.

Guillaume Larrivé à la manœuvre

Selon nos confrères de L'Obs, c'est le député de l’Yonne, Guillaume Larrivé, qui prépare ce texte. Très droitier, le coordinateur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy entend procéder à "l'interdiction des emblèmes, insignes, uniformes manifestant ostensiblement dans l’espace public l’adhésion à une idéologie revendiquant l’inégalité entre les hommes et les femmes".

Comme le souligne Marianne, Guillaume Larrivé appuiera son projet sur un texte de 1991 interdisant les "lancers de nains". "Les troubles à l'ordre de public ne concernent pas forcément des violences, il peut s'agir d'interdire ce qui porte atteinte à la dignité humaine", a expliqué le député de l'Yonne à l'hebdomadaire.

Un argumentaire que le vice-président du Conseil d'État, Jean-Marc Sauvé, a balayé dans les colonnes du Figaro. "Cette idée d'ordre public enraciné dans les principes n'a vocation à s'appliquer que dans des situations univoques et extrêmement graves, ce qui était le cas de l'apologie de la Shoah dans le spectacle de Dieudonné. Or, le port d'un vêtement ne peut être regardé comme portant par lui-même atteinte à l'égalité entre hommes et femmes", souligne-t-il.

En validant cette idée qui ne porterait que sur le voile islamique (et non sur les autres signes religieux) Nicolas Sarkozy va très au-delà de ce que préconise le Front national. Depuis 2012, Marine Le Pen prône l'interdiction de tous les signes religieux dans l'espace public mais n'opère aucune différence entre une grande croix, une kippa ou le voile.

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