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Comment la FGD bouscule les codes de la communication politique digitale

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Pourquoi nos Facebook sont inondés par la Fédération de la gauche démocratique | Les Simpson/HuffPost Maroc
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ÉLECTIONS LÉGISLATIVES - Connectez-vous sur Facebook, scrollez à l’infini votre timeline et vous aurez l’impression, en cinq minutes chrono, que la Fédération de la gauche démocratique (FGD) est le plus grand parti du Maroc.

Des photos de profil appelant à voter, des artistes et intellectuels brandissant fièrement leurs enveloppes jaunes ou encore Daenerys Targaryen de “Game of Thrones” qui a sorti sa casquette de militante FGD pour l’occasion et qui se met soudainement à distribuer des tracts Nabila Mounib… La formation politique de gauche séduit sur le web en incarnant un idéal politique qui parle aux jeunes connectés.

Pour Marouane Harmach, consultant en stratégie digitale et auteur de plusieurs études au sujet de la communication politique sur les réseaux sociaux, si la FGD a une présence aussi accrue sur les réseaux sociaux, c’est parce que “son discours s’adresse aux jeunes urbains, de 18 à 40 ans, plutôt modernes, parlant deux ou trois langues et défendant des valeurs universalistes”.

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Ce discours, qui cible une certaine “élite” séduit même certaines personnes qui ne sont pas forcément de gauche, selon notre interlocuteur. “Les internautes se retrouvent dans les valeurs humanistes et l’approche honnête que véhicule le parti”, souligne le spécialiste. Cette image, elle a été construite depuis l’été 2015, période pendant laquelle la FGD a commencé à communiquer à la veille des élections de septembre 2015.

Mais cette fièvre FGD qui prend les réseaux sociaux s’explique-t-elle seulement par l’approche “honnête” de la formation présidée par Nabila Mounib? Non. “Vu qu’elle manque de moyens, la Fédération de la gauche démocratique compte sur les initiatives personnelles de ses candidats, parce qu’élaborer une stratégie globale et centralisée sur les réseaux coûte beaucoup d’argent”, explique Marouane Harmach.

Un manque de moyens qui fait décidément la force de la formation de gauche, puisque “compter sur les initiatives personnelles des candidats conduit à une multiplication des communautés sur le web qui soutiennent la FGD”. Cette approche s’oppose de manière radicale à la stratégie numérique du Parti de la justice et du développement (PJD), qui lui, opte pour une communication centralisée, “une façon de faire qui a également fait ses preuves par le passé”, selon Harmach.

Une approche qui se distingue de la concurrence

L’approche de la FGD se voit notamment sur la page Facebook d’Omar Balafrej, directeur du Technopark Casablanca et candidat à Rabat, qui consacre l’ensemble de sa présence sur le web à la campagne électorale de son parti. Au menu, des photos de bénévoles souriants, une enveloppe FGD (le pictogramme de la formation politique) à la main, des appels directs à participer aux meetings politiques et des selfies lors des opérations porte-à-porte conduites par de jeunes militants en bicyclette dans les quartiers de la capitale.

Le FGD se distingue également par la nature du contenu proposé sur le web. D’abord en ayant incité les jeunes à “brander” leurs photos de profil à travers un outil gratuit mis à disposition sur Facebook (une opération à laquelle avait recours le PJD lors des législatives en 2011), mais aussi à travers des vidéos pédagogiques taillées pour les jeunes pour les appeler à voter pour l’enveloppe jaune. Les interviews de la patronne de la FGD pour différents médias comme Version Homme ou encore Médias24 ont circulé comme une trainée de poudre sur Facebook et ont été visionnées plusieurs dizaines de milliers de fois.

Les intellectuels sont conquis

“Le FGD se voit renforcée dans ce sens parce qu’il existe dans un environnement où les partis ont toujours recours à une communication classique, basée sur la location de chômeurs de quartier pour faire campagne ou encore de posts sponsorisés à outrance sur Facebook”, souligne le spécialiste en communication digitale.

Le programme électoral de la FGD, qui donne la part belle à la culture et aux arts, séduit également la communauté créative du pays. Reda Allali, leader du groupe de rock Hoba Hoba Spirit, ou encore les chanteurs Oum et Fayçal Azizi, font spontanément campagne pour la FGD sur Facebook. “Les autres partis ont également recours à des stars, mais elles sont souvent rémunérées pour animer des soirées partisanes. Ici, nous sommes dans une approche diamétralement opposée où les intellectuels rallient volontairement la cause de la FGD parce que convaincus par son programme”, analyse Marouane Harmach.

Facebook vs. la réalité

Mais tout n’est pas gagné pour la formation politique présidée par Mounib, puisque les électeurs n’iront pas voter sur Facebook mais devront se rendre aux bureaux de vote pour accorder leur voix à un parti ou un autre. “Les élections de septembre 2015 sont la preuve qu’il peut y avoir un décalage entre les réseaux sociaux et la réalité”, explique notre interlocuteur. Car, qu’on se le dise, tous ceux qui jouent aux activistes sur Facebook ne se rendront pas aux bureaux de vote le 7 octobre. Le challenge de la FGD est donc de réussir à refléter son capital sympathie numérique sur les urnes.

“La FGD a bien appris de son expérience lors des élections de 2015. La campagne menée sur la circonscription Agdal-Ryad a été très innovante, et elle a été fructueuse puisque plusieurs élus FGD ont décroché des sièges à la commune. Aussi, ces derniers ont mené une opération de communication constante pendant un an, où ils jouaient une opposition intelligente, qui rendait des comptes aux citoyens sur les réseaux sociaux. Cette approche a donné une image de personnes honnêtes, modernes et compétentes sur laquelle capitalise la formation politique”, indique M.Harmach.

Mais tout n’est pas positif pour la formation politique de gauche, qui peut aussi tomber dans son propre piège. “Le discours de la FGD peut être facilement catalogué comme bobo, puisqu’il s’adresse uniquement à des personnes instruites. L’approche de la fédération ne touche pas les personnes analphabètes ou dans le besoin. Et cette tranche de la société est relativement importante”, rappelle le spécialiste.

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