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Les femmes ont plus de mal à dénoncer la corruption selon Chawki Tabib, l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates réagit

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BEN ALI TUNISIA
Chawki Tabib/facebook
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Le président de l’Instance nationale tunisienne de lutte contre la corruption (INLUCC), Chawki Tabib a révélé, mardi, qu’environ 60% des dénonciateurs de corruption sont des hommes, estimant, que ce constat "n’est pas vraiment surprenant", dans la mesure où la femme tunisienne demeure encore soumise à un "modèle social patriarcal" qui l’empêche de dénoncer ces abus, notamment ceux liés à "l’extorsion de faveurs sexuelles".

En dépit des acquis importants qu’elle a réalisés, la femme tunisienne est classée encore parmi les catégories faibles, ce qui la rend dans l’incapacité de signaler les cas de corruption dont les abus de pouvoir à des fins d’exploitation sexuelle, a indiqué à la TAP, Tabib, en marge d’un atelier, tenu à Gammarth, sur le thème "Nouvelles normes d’intégrité et de responsabilité: Incorporer le genre dans le discours et la réponse de lutte contre la corruption".

Organisée à initiative de l’INLUCC avec le concours de l’institut tchèque "CEELI" et de l’Association Internationale des Femmes Juges, cet atelier qui réunit des professionnels des secteurs tunisiens de la justice et de la lutte contre la corruption, met l’accent sur les abus de pouvoir à des fins d’exploitation sexuelle exercés sur les femmes.

Il a, dans ce contexte, appelé à accélérer l’adoption du projet de loi relatif à la protection des dénonciateurs et des témoins dans les affaires de corruption et à lutter contre la culture de l’impunité.

Tabib a, par ailleurs, fait savoir que l’instance est sur le point de mettre en place une base de données de lutte contre la corruption, qui permettra de réunir les informations relatives aux plaintes et signalements reçues et de créer un centre d’études qui aura pour mission de réaliser des recherches sur toutes les formes de corruption dont celle impliquant une exploitation sexuelle.

Une classification de la corruption par le genre telle que proposée par Chawki Tabib est-elle adéquate? Non, affirme la secrétaire générale de l'Association tunisienne des femmes démocrates: "Vouloir à tout prix faire des classifications basées sur le sexe est un signe d'une pensée misogyne ancrée qui tend à rabaisser la femme. Ça se reflète dans l'expression "catégorie faible". Nous ne sommes pas une catégorie faible, mais des citoyennes à part entière qui se battent pour arracher leurs droits civils ou économiques. Nous nous inscrivons dans les luttes que mène le pays contre le terrorisme ou encore la corruption. En témoignent les multiples travaux sur la question, menés par les associations comme la nôtre ou d'autres", a affirmé Rajè Dahmani, secrétaire général de l'ATFD au HuffPost Tunisie.

Créée le 14 novembre 2011, l’Instance a une mission générale de facilitateur en matière de lutte contre la corruption : elle propose des politiques de lutte contre la corruption, édicte les principes d’orientation générale, donne son avis sur les projets de textes législatifs et réglementaires relatifs à la lutte contre la corruption, réunit des données relative à la corruption, facilite le contact entre acteurs, et diffuse une culture anti-corruption.

Dans son dernier rapport publié le 30 août dernier, l'Instance nationale de lutte contre la corruption a affirmé avoir reçu 1937 dossiers d'affaires, depuis le début de l'année 2016. Parmi eux, 832 dossiers ont été remis aux enquêteurs et 106 dossiers à la Justice.

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