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Après 13 ans en détention secrète par les États-Unis: Un Tunisien torturé par la CIA témoigne

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Deux Tunisiens arrêtés par les autorités américaines et torturés par la CIA entre 2002 et 2015, ont livré leur témoignage à l'ONG Human Rights Watch.

Renvoyé en Tunisie le 15 juin 2015, après 13 années en détention, ils n'ont été ni inculpés ni jugés et n'ont reçu aucune indemnisation, ni soutien, rapporte l'ONG.

"Aujourd'hui, les deux hommes sont démunis, inaptes au travail et subissent les conséquences de graves traumatismes physiques et psychologiques qui résultent directement -selon eux- de leur détention par les États-Unis" affirme Human Rights Watch.

Dans la vidéo ci-dessus, Lotfi al-Arabi El Gherissi témoigne des violences subies.

Alors qu'il était au Pakistan pour y faire ses études, Lotfi a été appréhendé près de la frontière afghane. Soupçonné de faire parti de l'organisation terroriste "Al Qaeda", il est arrêté et placé dans un centre secret de la CIA avant que les autorités américaines ne le transfèrent aux mains de l'armée à la base aérienne de Bagram, en Afghanistan.

Revenant sur le calvaire vécu, il raconte comment il a été torturé: "Ils m'ont emmené à 'la prison noire', ils m'ont enlevé mes vêtements et m'ont plongé dans l'eau froide, puis ils m'ont suspendu au plafond" a-t-il affirmé.

Passant des journées entières, "pendant près d'un mois", debout sur la pointe des pieds, et les mains attachées au plafond, il est ensuite plongé dans un tonneau rempli d'eau.

"Ensuite, ils m'ont emmené dans une autre pièce, et on m'a obligé à enfiler une couche" rapporte Lotfi, avant d'être frappé à coups de bâton.

Dans ces prisons, il a même été menacé de subir des décharges électriques: "j'ai vu une espèce de caisse, c'était la chaise électrique...ils m'ont dit "on va te torturer à l'électricité ", rapporte Lotfi, qui précise que les agents n'ont pas été plus loin.

Les yeux bandés, dans le noir, il a été empêché de dormir pendant 4 mois: "Il y avait de la musique" rapporte-t-il avant d'ajouter, "quand je dormais, ils frappaient à la porte" afin de le réveiller.

A bout de forces, un médecin préconise aux agents de le libérer "s'il passe une heure de plus ici, il va mourir" aurait-il dit, après que Lotfi ait passé plus de 13 ans dans cet enfer.

A ce jour, ce dernier souffre encore de nombreuses séquelles: "J'ai mal au dos, je ne peux pas dormir sur le dos" a-t-il indiqué, affirmant souffrir également de troubles de la vue et de difficultés à marcher sur de longues distances depuis son passage entre les mains de la CIA.

S'interrogeant sur la suite à donner à sa vie, Lotfi est amer: "je n'ai plus d'avenir, pourtant je n'ai rien fait de mal. Pourquoi m'ont-ils traité ainsi pendant 13 ans?" s'interroge-t-il.

Contacté par Human Rights Watch, la CIA, à travers un porte-parole de l’agence, Ryan Trapani, a affirmé avoir "examiné ses dossiers et n’a rien trouvé qui étayait ces nouvelles allégations".

Pour rappel, ces pratiques de la CIA ont été pointées du doigt par le Sénat américain qui a dévoilé une version abrégée de son rapport très attendu sur les pratiques de la CIA après les attentats du 11 septembre, en décembre 2014. Ce document avait révélé des détails effrayants sur les techniques de détention et d'interrogation de la Central Intelligence Agency, chargée de mener la "guerre contre le terrorisme".

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