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En Espagne, les socialistes virent leur chef Pedro Sanchez pour sortir le pays de la crise politique

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A woman rolls up a poster with the photograph of Spain's Socialist party leader Pedro Sanchez outside the party headquarters in Madrid, Saturday, Oct. 1, 2016. Spain's Socialist party is facing strong internal discord as they vote to decide if they will keep or oust their leader Pedro Sanchez, who has been leading opposition to acting conservative Prime Minister Mariano Rajoy's efforts to build a minority government and end a nine-month political deadlock. (AP Photo/Francisco Seco) | AP
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ESPAGNE - La course contre la montre commence. Le chef du Parti socialiste espagnol Pedro Sanchez a démissionné samedi 1er octobre au soir après avoir été désavoué par les siens dans la perspective d'une sortie de crise en Espagne, dans une impasse politique depuis neuf mois. Les forces en présence ont désormais jusqu'au 31 octobre pour former un gouvernement viable, sans quoi le Roi convoquera de nouvelles élections législatives, les troisièmes en un an.

Et cette nouvelle étape se fera sans Pedro Sanchez. Le dirigeant a été poussé vers la sortie par une partie de son équipe s'opposant à sa stratégie de blocage à l'encontre de Mariano Rajoy. En l'absence de majorité au parlement, le chef du gouvernement conservateur sortant tente en vain de former un nouveau gouvernement. Il a été bloqué jusqu'à maintenant par le veto des 85 élus socialistes à la Chambre des députés.

Sanchez ne voulait plus de Rajoy au pouvoir

"J'ai annoncé au comité fédéral, la démission... de ma personne en tant que secrétaire général", a déclaré peu après 21 heures, Pedro Sanchez après une journée houleuse de débats au sein de cette instance, sorte de parlement du parti.

Aux commandes depuis 2014, Pedro Sanchez, premier secrétaire général élu par les militants, était le grand adversaire de Mariano Rajoy, qui a confié qu'il avait rarement eu des rapports aussi tendus avec un autre homme politique. Grand brun élancé, orateur doué, Sanchez répétait depuis presque un an "non c'est non", au patron du Parti populaire, qu'il avait même qualifié 'd'indécent" pendant un débat.

"L'Espagne ne mérite pas quatre ans de plus d'un président du gouvernement qui a systématiquement menti à la société espagnole", a-t-il encore dit vendredi soir en évoquant les affaires de corruption, les coupes claires, la misère et les inégalités ayant selon lui marqué le mandat de Rajoy.

Un parti en déliquescence

Mais Pedro Sanchez s'est vu fragilisé en interne au fil des mois par les défaites électorales sans précédent de son parti, mis en difficulté par l'émergence de Podemos, le parti de la gauche radicale issu du mouvement des indignés. Trois jours avant sa démission forcée, il avait été visé par un coup de force d'une partie de son équipe de direction qui avait démissionné en bloc pour le faire tomber.

Ainsi Samedi soir, ces dissidents l'ont désavoué en refusant de convoquer un congrès extraordinaire du parti comme il le souhaitait pour mettre fin aux divisions. Ils l'ont emporté par 133 voix contre 107. Ils vont maintenant s'employer a mettre en place une direction intérimaire en remplacement de Pedro Sanchez. Cette équipe devra annoncer sa position sur la crise politique du pays lui qui envisageait, depuis quelques semaines, de gouverner avec Podemos.

L'Espagne est sans nouveau gouvernement depuis neuf mois après deux élections législatives, en décembre 2015 et en juin, qui ont débouché sur un Parlement fragmenté entre quatre formations: le PP de Mariano Rajoy, le PSOE, Podemos de Pablo Iglesias et Ciudadanos, un tout jeune parti de centre libéral.

Une différence de stratégie

Or les partis n'ont plus que quelques semaines, jusqu'au 31 octobre pour parvenir à un compromis et investir un nouveau cabinet. S'ils échouent, le roi devra convoquer un nouveau scrutin pour décembre.

Les opposants de Pedro Sanchez craignaient que le parti ne perde encore du terrain lors de ces élections après deux défaites historiques l'ayant mené à son pire score en 137 ans d'histoire.

Désormais à la tête du PSOE, ils vont devoir faire un choix crucial. Soit ils entrent dans un gouvernement avec les conservateurs dans une coalition "à l'allemande", disent les observateurs. Soit ils laissent Mariano Rajoy seul au pouvoir - en s'abstenant lors d'un éventuel vote de confiance - pour se refaire une santé dans l'opposition, au vu des prochaines élections législatives.

Dans les deux cas, les proches de Sanchez estiment que permettre à la droite de gouverner ferait le lit de Podemos qui rêve de détrôner le PSOE comme Syriza l'a fait avec les socialistes du Pasok en Grèce. "Les partisans d'un gouvernement du Parti populaire s'imposent au sein du PSOE", a immédiatement réagi sur son compte Twitter le chef de Podemos Pablo Iglesias, ajoutant: "Contre le gouvernement de corruption, nous allons continuer avec et pour les gens."

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