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À Alep, la situation humanitaire atteint un stade plus que critique

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À Alep, la situation atteint un stade plus que critique | KARAM AL-MASRI / AFP
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SYRIE - Une semaine après l'échec du cessez-le-feu, la situation ne cesse d'empirer à Alep, où les bombardements par le régime de Bachar al-Assad et son allié russe ont repris avec une intensité rare. Jeudi 29 septembre, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annoncé que les Etats-Unis étaient tout près de geler leurs discussions avec la Russie, après plusieurs jours de négociations infructueuses.

"Non, je crois que nous sommes au bord de la suspension de la discussion parce que c'est irrationnel dans le contexte de ce genre de bombardements qui ont lieu", a déclaré le chef de la diplomatie américaine, au lendemain d'une menace de la même teneur qu'il avait lancée au téléphone à son homologue russe Sergueï Lavrov.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a ainsi estimé qu'il était désormais temps de considérer "des alternatives, à moins que les belligérants signalent clairement qu'ils sont disposés à réfléchir à une approche plus efficace". Il n'a toutefois pas précisé quelles seraient les "alternatives" choisies par l'administration américaine pour trouver une sortie de crise en Syrie.

Plus de 170 personnes tuées depuis la fin du cessez-le-feu

Les dix jours de calme relatif à Alep auront donc débouché sur une dégradation rapide des conditions humanitaires, déjà très précaires. Depuis le 19 septembre, date officielle de la fin du cessez-le-feu, plus de 170 personnes, en très grande majorité des civils, ont été tuées, selon une estimation de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Le 24 septembre, l'Unicef a affirmé que "près de deux millions de personnes sont de nouveau privées d'eau potable via le réseau public" d'adduction. "Des attaques intenses (...) ont endommagé la station de pompage de Bab al-Nayrab qui fournit de l'eau à quelque 250.000 habitants dans l'est d'Alep".

Quelques jours plus tard, ce sont les deux plus grands hôpitaux de la partie rebelles qui étaient touchés par des bombardements. "Je suis à l'intérieur de l'hôpital. Je m'y trouvais quand le bombardement a eu lieu. Tout le monde est terrifié et a peur qu'on soit les nouvelles victimes d'aujourd'hui", a confié à l'AFP Aref al-Aref, un membre du personnel médical, contacté depuis Beyrouth.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déjà averti au début de la semaine que les installations médicales dans ce secteur étaient au bord d'"une destruction totale". Elle a également appelé "à l'établissement immédiat de couloirs humanitaires pour évacuer les malades et les blessés". Pour les ONG et les habitants sur place, ces attaques délibérées ont pour but d'annihiler les infrastructures. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a qualifié ses attaques de "crimes de guerre". "C'est pire que dans un abattoir", a-t-il réagi.

Jeudi 29 septembre, le chef des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien a déclaré que la situation à Alep est "la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie" en cinq ans de guerre, évoquant pêle-mêle la destruction des hôpitaux, le manque d'eau potable imminent, et la rareté de la nourriture. "La Syrie saigne, ses habitants meurent, nous entendons tous leurs appels à l'aide", a-t-il conclu en exhortant le Conseil à "agir immédiatement".

La condamnation des pays occidentaux

Mais en dépit de l'urgence de la situation humanitaire, l'éventualité d'un accord semble toujours plus éloignée. Depuis la reprise des bombardements, les pays occidentaux ont nettement durci le ton envers le régime et surtout Moscou, accusé directement d'organiser l'offensive. "Ce que la Russie soutient et fait (à Alep), ce n'est pas de la lutte anti-terrorisme, c'est de la barbarie", a lancé l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a quant à lui dénoncé l'utilisation de bombes particulièrement puissantes capables de démolir des refuges ou des hôpitaux installés en sous-sol des immeubles. "Les lois internationales sont claires": "l'usage systématique et sans discernement d'armes dans des zones densément peuplées est un crime de guerre" a-t-il insisté.

Des accusations qui n'ont pas pour autant inquiété le Kremlin, qui a répliqué en fustigeant un "ton" et une "rhétorique inadmissibles". Jeudi 29 septembre, la Russie n'avoir aucune intention de faire une pause dans ses raids aériens en Syrie en soutien aux forces de Bachar al-Assad, malgré les appels de toutes parts à cesser le déluge de feu à Alep où la situation humanitaire est désespérée.

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