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Les voitures autonomes du mondial de l'automobile peuvent-elles vraiment débarquer dans les rues dès 2022?

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Les voitures autonomes peuvent-elles vraiment débarquer dès 2022? | Arnd Wiegmann / Reuters
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C'est le moment pour les aficionados de la voiture de rêver. Le mondial de l'automobile ouvre ses portes à Paris, d'abord à la presse et aux professionnels jeudi 28 septembre, puis au grand public le 1er octobre.

L'occasion de jeter un oeil sur les nouveaux modèles, mais aussi sur les concepts futuristes qui pourraient dessiner le véhicule de demain. Si le connecté et l'électrique seront à l'affiche, c'est aussi et surtout la voiture autonome à laquelle tout le monde pense.

Depuis quelques années, la révolution du sans conducteur enfle. Pour l'instant, seules quelques voitures sont autorisées à rouler avec un système autonome, dans des conditions de contrôle drastique et avec un conducteur prêt à reprendre le volant.

Mais les constructeurs font déjà la course pour savoir qui sera le premier à déployer un véhicule entièrement autonome. Le HuffPost a fait les comptes: avec des annonces provenant de 19 constructeurs ou équipementiers, on peut estimer que la voiture sans conducteur sera dans nos rues en 2022, en moyenne.

Effet d'annonce

Si certains, tel Hyundai, sont prudents et tablent sur 2030, d'autres, tel Tesla, affirment pouvoir mettre en service une voiture qui n'a pas du tout besoin de conducteur dès 2018. La majorité des constructeurs estiment que 2020, voire 2021, serait la bonne date.

Ils ont évidemment des raisons d'être si optimistes. Google, Tesla, Uber et bien d'autres testent déjà des véhicules dans des conditions réelles.

D'autant que la compétition entre start-ups, géants de la Silicon Valley et industrie historique de l'automobile bat son plein et que le premier arrivé sur le marché pourrait bien bénéficier d'un fort avantage.

Pour autant, il y a également de bonnes raisons de se demander si ces dates ne sont pas un effet d'annonce, une sorte de prophétie autoréalisatrice. Entre les contraintes technologiques, législatives et sociales, difficile d'imaginer qu'une telle révolution puisse avoir lieu d'ici 5 ou 6 ans.

voitures autonomes

Une technologie en plein boom

La barrière technologique est pour le moment un vrai frein. Actuellement, il est difficile voire impossible pour les voitures semi-autonome en circulation de fonctionner dans certains environnements. Notamment quand la météo est mauvaise, mais surtout en ville, où les informations sont trop nombreuses pour être parfaitement assimilées et analysées par l'algorithme de la voiture.

Mais les constructeurs font progrès sur progrès. En Mars, Ford annonçait un nouveau système permettant à son prototype de fonctionner sous la neige ou la pluie.

Google travaille aussi sur la question. Et sur bien d'autres, comme le fait d'arriver à comprendre les signes de mains effectués par les cyclistes en ville.

De plus, les progrès en intelligence artificielle -notamment avec le deep learning qui permet à la machine d'apprendre grâce à des millions d'exemples- pourraient également permettre de combler les manques des systèmes actuels, comme celui de l'AutoPilot de Tesla qui n'a pas repéré le semi-remorque et a provoqué la mort du conducteur. La start-up Drive.ai, qui compte dans ses rangs d'anciens de Google, General Motors ou encore Nissan, affirme justement utiliser cette technologie.

Qui osera autoriser les voitures autonomes?

Mais même si la technologie était suffisamment performante, encore faut-il que les voitures autonomes soient autorisées à rouler. Pour l'instant, s'il est possible de déléguer la conduite, par exemple dans certaines véhicules de luxe comme les Tesla ou les Mercedes classe E, il est interdit à une voiture de rouler sans conducteur, légalement responsable en cas d'accident.

Bernard Jullien directeur du Gerpisa, un réseau de chercheurs spécialisés dans l'automobile, ne croit pas à l'avènement de la voiture autonome dans 6 ans. "Il faudrait un changement du règlement radical, aucun parlement ne voterait une chose pareil", affirme-t-il au HuffPost.

Car si l'on autorise les voitures autonomes, alors le conducteur ne devrait plus être responsable en cas d'accident. Mais auquel cas, qui le devient? Le constructeur, le fabriquant de l'algorithme? Encore plus vertigineux: devrait-on inscrire dans l'algorithme des voitures un ordre de priorité des personnes à sauver?

"Donner une responsabilité si lourde aux constructeurs serait irresponsable, personne ne pourra accepter cela", affirme le chercheur. Et de rappeler que même si certains constructeurs ont annoncé qu'ils étaient prêts à prendre la responsabilité en cas d'accident, ils avaient pourtant même refusé dans le passé d'être responsables de simples problèmes techniques.

Pour le chercheur, l'industrie est ici dans un effet d'annonce. Avec ces dates si proches, "on cherche à provoquer un sentiment d'urgence, notamment chez les gouvernements", estime Bernard Jullien.

Tout vient à point à qui sait attendre

Et le fait est que ça marche. En septembre, l'administration Obama a déclaré vouloir assouplir la réglementation pour les tests de véhicules autonomes. Mais en demandant aux constructeurs de partager leurs données pour analyser le perfectionnement de ces systèmes de conduite.

Un mois plus tôt, c'est le gouvernement français qui facilitait les expérimentations sur voies publiques. Mais expérimentation ne veut pas dire autorisation.

Pour Bernard Jullien, à ce problème juridique s'ajoute celui de la cohabitation entre véhicules normaux et autonomes. "Si le conducteur reste aux commandes avec un système semi-autonome, c'est hautement plausible, mais on aura du mal à aller au-delà. Sauf dans un environnement simplifié, peut-être sur des voies réservées par exemple", estime-t-il.

Sans compter que même si les véhicules autonomes sont enfin en vente, il faudra du temps pour qu'ils envahissent les rues. Il faut des dizaines d'années pour qu'un parc automobile soit remplacé. Sans compter qu'il faudra encore que les conducteurs fassent le choix de ces véhicules. SI le régulateur de vitesse est aujourd'hui utilisé massivement, le temps d'appropriation des technologies de conduites est en général assez long, précise Bernard Jullien.

La voiture autonome révolutionnera peut-être nos villes et mettra peut-être fin à la propriété de véhicule, avec des systèmes de taxis à prix imbattables généralisés. Mais il y a très peu de chances de voir une chose pareil se produire avant au moins une génération.

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