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Élections au Maroc: Les promesses des partis politiques pour promouvoir la culture

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CULTURE MOROCCO
Les promesses des partis politiques pour promouvoir la culture | DR
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POLITIQUE - Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme placer le chapitre consacré à la culture dans les dernières pages des programmes électoraux, comme l'ont fait les principaux partis politiques marocains. De là à dire que la culture est reléguée au second plan? Entre le Rassemblement national des indépendants (RNI) qui veut multiplier par cinq le nombre de créations artistiques, le Parti de la justice et du développement (PJD) qui promet une corrélation de la culture aux valeurs religieuses et nationales et le Parti authenticité et modernité (PAM) qui veut doubler le budget de la culture, tour d'horizon de ce que proposent les principaux partis sur le volet culturel.

Le PJD et la stratégie culturelle nationale

Le PJD promet d'élaborer une "stratégie culturelle nationale, définissant les priorités nationales et régionales et le rôle de chaque acteur et programmant la création des infrastructures culturelles et leur répartition territoriale équitable".

Le parti dirigé par Abdelilah Benkirane veut aussi augmenter progressivement le budget dédié au département de la culture, en vue de mieux promouvoir l’action culturelle et soutenir davantage les projets et les initiatives culturels.

Pour rassurer ses électeurs, le parti islamiste leur promet une "corrélation de la culture aux valeurs religieuses et nationales, notamment en mettant en exergue les atouts civilisationnels du Maroc d’aujourd’hui et d’antan, ainsi que la dimension régionale de la culture marocaine et consolidation de la position des langues officielles dans le secteur culturel".

Le PJD promet aussi d'établir "fondements de l’industrie culturelle nationale et appui au rayonnement de ses produits à l’échelle mondiale, surtout en Afrique et dans le monde arabo-musulman", et d'encourager la création culturelle, soutenir des projets culturels et artistiques et poursuivre la réforme de la gouvernance du système de subvention.

Le parti de la lampe propose de mettre à niveau des instituts de formation culturelle, développer des bibliothèques multimédias, améliorer les services de la bibliothèque nationale électronique, tout en permettant aux étudiants et aux chercheurs d’accéder gratuitement aux bibliothèques 
électroniques internationales.

La formation dirigée par Benkirane préconise une extension de l’assiette des théâtres nationaux et un soutien des initiatives des tournées théâtrales nationales, 
et veut augmenter la valeur des prix nationaux (prix du livre et Prix Hassan II des manuscrits) et l'institution de nouveaux prix, notamment un prix dédié à la traduction.

Le PJD veut enfin encourager l’accès des élèves et des étudiants aux musées nationaux et aux services culturels moyennant des tarifs symboliques, et créer des compétitions nationales culturelles.

Le PAM et la valorisation du patrimoine

Après avoir critiqué "la marginalisation du secteur de la culture et de la création artistique", le PAM dit vouloir doubler le budget de la culture. Au menu: institutionnaliser la coordination entre le département chargé de la culture avec le département de l’Education nationale et de la formation professionnelle afin de promouvoir la lecture, la littérature et la libération des potentialités artistiques, conclure des partenariats public-privé pour le développement d’une industrie culturelle compétitive, mettre en place une politique du patrimoine au service de l’identité nationale et prévoir des subventions permettant la sauvegarde des monuments et des sites d’intérêt pour l’histoire et l’identité nationale.

Le PAM promet aussi de "prendre soin" du patrimoine culturel et artistique d’origine amazighe, hassanie, judaïque, andalouse et africaine, de préserver les "déterminants de l’identité nationale multiple, valoriser le patrimoine religieux islamique du Maroc ainsi que ses écoles, ses instituts, ses sites historiques et toutes les composantes scientifiques, urbanistiques et culturelles en tant que symboles saillants de l’identité nationale marocaine", détaille le programme du parti.

Le RNI et les 100.000 emplois dans la culture

Le RNI promet de créer 100.000 emplois directs et 500.000 indirects sur 5 ans en s’appuyant en élaborant un plan "Culture & Medias Made in Morocco", mais aussi multiplier par 5 le nombre de créations artistiques. Par quel moyen? Le parti omet d'y répondre.

Le RNI veut aussi "concevoir un projet culturel par région et par commune intégré dans le plan national", et "développer un réseau complet d’infrastructures culturelles de qualité et en généraliser l’accès". Il s'agit de créer de nouvelles infrastructures, réhabiliter les théâtres de quartier et généraliser les maisons de jeunes, convertir les bâtiments publics vacants en espaces dédiés à la culture et mettre à disposition les grands espaces publics pour les manifestations culturelles et artistiques. Le parti s'engage, par ailleurs, à doter chaque commune d’une bibliothèque, d’un espace multimédia et d’un espace pour les jeunes.

Le RNI propose aussi de mettre en gestion déléguée tous les centres culturels publics n’ayant pas de programme permanent, de créer des écoles et des instituts spécialisés dans les domaines de la culture et de généraliser la couverture santé et retraite à tous les artistes ayant plus de 60 ans.

Le parti présidé par Salaheddine Mezouar veut aussi lancer des mesures incitatives en faveur des industries culturelles, impliquer les médias dans le processus culturel, mettre à niveau les médias publics et ouvrir le paysage audiovisuel aux opérateurs privés et créer des instituts culturels dans les principales capitales étrangères accueillant d'importantes communautés de MRE.

L'Istiqlal et les 5.000 livres en 2021

Le parti de la balance s'engage à lancer un plan stratégique pour la culture à l'instar des autres plans sectoriels, et de soutenir la productivité et la production dans les domaines de la culture et de l'art. L'Istiqlal s'engage également à activer le caractère officiel de la langue amazighe et à garantir son intégration dans la vie publique et le domaine de l'éducation.

Les autres mesures pour la culture que l'on retrouve dans le programme du parti sont l'encouragement des organisations et des organismes protégeant les droits culturels et artistiques, le renforcement de la culture dans l'éducation, notamment à travers l'introduction de l'éducation culturelle dans les manuels scolaires, la création d'instituts et des formations spécialisées dans les industries créatives, artistiques et culturelles, ainsi que la création d'une agence nationale pour soutenir la création et la production dans les domaines de la culture. Le parti souhaite également renforcer l'édition, afin de passer de 2.500 livres publiés par an à 5.000 en 2021.

Le PPS et le plan Maroc Culture

Le parti dirigé par Nabil Benabdellah, qui entend "engager le Maroc dans un processus de développement culturel qui concrétise le projet démocratique et moderniste", militera pour la formulation d’un projet intitulant "Maroc culture", qui mobilisera "des ressources publiques et privées et mettra en place les leviers juridiques, pour la protection et la valorisation du patrimoine culturel, matériel et immatériel et développera une économie du patrimoine, pôle de création de richesses et de développement territorial", lit-on dans le programme du parti.

Le PPS ambitionne de porter, à court terme, le budget consacré à la culture à 0.5% avec la perspective de le porter à 1%, et souhaite "concrétiser le droit à la culture, à travers notamment une politique de généralisation de la couverture territoriale en équipements culturels de proximité (centres culturels, bibliothèques et médiathèques, conservatoires de musique, salles de théâtre, ateliers d’arts), une programmation culturelle et artistique de qualité, adaptée aux différents publics, le renforcement de l’enseignement artistique, en particulier dans l’enseignement scolaire et l’encouragement des pratiques culturelles les plus diverses en particulier chez les jeunes".

Le parti du livre s'engage à "renforcer le fonds de soutien à la création artistique, dans le cadre des plans nationaux de soutien à l’édition et au livre, au théâtre et à la production audiovisuelle, à la musique et aux arts chorégraphiques, aux arts plastiques et visuels, et aux associations et manifestations culturelles", et à mettre en œuvre les dispositions des "lois garantissant les droits économiques et sociaux des artistes et des métiers artistiques (artistes et métiers artistiques, indépendants, auto-entrepreneurs, droits d’auteurs)".

L'USFP et l'éducation culturelle

Dans la première partie de son chapitre consacré à la culture, l'USFP revient sur le rôle que peut jouer la culture dans la lutte contre l'extrémisme religieux, et appelle à une révision des manuels scolaires. Pour ce qui est de son programme culturel proprement dit, l'USFP appelle à l'élaboration d'une stratégie intégrée, et impliquant la société civile dans sa mise en oeuvre.

Le parti de la rose souhaite également doubler le budget alloué à la culture, sachant qu'une grande partie du budget part dans la gestion administrative, et s'engage à booster l'investissement dans le domaine culturel, ainsi qu'à revoir la politique de subventions. L'USFP préconise, par ailleurs, de mettre en place une carte de la culture qui vise à généraliser les activités culturelles, ainsi que de créer un site web (qui existe déjà...) dédié à la présentation du patrimoine matériel et immatériel du Maroc.

Parmi les autres mesures de l'USFP, la création et l'aménagement des espaces culturels en faisant en sorte qu'ils soient regroupés dans les mêmes lieux (musique, théâtre, cinéma, bibliothèque), l'accélération de la mise en place du Conseil national des langues et de la culture, l'encouragement de la création artistique et la création de traits d'union entre les centres culturels, les écoles et les communes et le renforcement de la diplomatie culturelle.

La FGD et la culture démocratique

"Le principal problème de la société marocaine est d'ordre culturel", annonce d'emblée la FGD, dans son chapitre consacré à la culture.

La coalition de gauche, qui veut mettre en place une politique nationale pour promouvoir "une culture démocratique pour l'émergence d'une société moderne, démocratique, rationnelle et pacifiste", promet aussi de consolider la culture marocaine et ses dimensions multiples qui font sa force, citant comme exemple "le vivre-ensemble" et la promotion des langues arabe, hassanie et amazighe.

La FGD propose notamment de fournir aux établissements culturels les "moyens nécessaires" pour qu'ils endossent leur mission de "renforcer de le rôle de l'école et de l'université pour diffuser la culture du vivre-ensemble et de la solidarité". Point notable dans le programme de la coalition, celle-ci insiste également sur la nécessité de faire accepter la critique constructive.

Pour mettre en oeuvre son programme pour la culture, la fédération estime qu'il faudrait consacrer 1,5% du PIB, ainsi qu'une partie du budget des communes à la culture. Cela permettra, selon la FGD, de renforcer les infrastructures culturelles comme les théâtres de proximité, mais aussi le rôle des cinémas, des bibliothèques et des maisons de jeunes dans la société. Avec ce budget, la FGD veut aussi encourager les associations et les initiatives qui soutiennent la lecture, la création artistique ou encore l'édition de livres.

La FGD estime qu'il faudrait diversifier les subventions dédiées la production culturelle, au cinéma, au théâtre et à la musique, et exonérer des impôts les produit culturels, de manière générale.

Par ailleurs, la fédération ambitionne de classer et de valoriser davantage les sites historiques du pays et de mettre en place des programmes pour leur restauration.

Dans le volet culture dans l'enseignement, la FGD promet de consacrer une partie du budget culturel aux manuels scolaires, ainsi qu'à assainir les programmes scolaires des discours qui prônent la haine, l'inégalité et l'extrémisme. Elle veut également encourager la recherche scientifique dans le domaine culturel, ainsi que toute initiative visant à susciter un intérêt chez les gens pour l'art.

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