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Une réforme économique ne sera pas possible sans une réforme politique, selon Nabila Mounib

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NABILA MOUNIB
Nabila Mounib: "L'actuel gouvernement a mené des anti-réformes" | Yassine Toumi/TelQuel
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LEGISLATIVES - Pour Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) et visage de la Fédération de la gauche démocratique, ces élections législatives ont des allures de champ de bataille. La seule patronne femme de parti marocain a un objectif en tête: ressusciter la gauche marocaine, mais surtout réaliser un meilleur score que lors des élections de 2015.

Alors que le programme de son parti a été dévoilé ce jeudi 22 septembre, la femme politique a participé au Grand oral de Sciences Po, qui s’est tenu à la Bourse de Casablanca le même jour. Après 45 minutes de retard, la militante est accueillie chaleureusement par une soixantaine de sympathisants et de journalistes. Interrogée par deux journalistes de TelQuel et d’Akhbar Al Yaoum, deux supports partenaires de l’événement, la femme politique s’est une nouvelle fois exprimée sans langue de bois sur sa vision du Maroc, consacrant la part belle de son discours au projet économique de la FGD.

Car pour Nabila Mounib, le bilan de l’actuel gouvernement n’est guère reluisant. “Nous souhaitons proposer un projet de justice sociale aux citoyens, afin de répondre aux écarts qui s’aggravent entre les habitants et les régions”, a-t-elle martelé en préambule de son discours. Des propos que la femme politique de gauche répète à plusieurs reprises, mais cette fois, elle explique comment ils peuvent être réalisés à travers “un modèle économique” qui saurait traduire ces principes en réalités.

“Je pense qu’un Etat comme le Maroc est soumis au néo-libéralisme”, selon Nabila Mounib, qui ne comprend pas l’intérêt “de la signature d’accords de libre échange qui ne sont pas en faveur du peuple marocain”. Nabila Mounib préconise d’ailleurs de “revoir notre système d’ouverture sur l’étranger”. car vendre “des produits et marchandises moins chers que les prix du marché relève du néo-colonialisme”.

Instaurer l’Etat de droit avant de réformer l’économie

Pour la SG du PSU, aucune réforme économique ne pourra être menée avec succès sans réforme politique. “Il faut d’abord instaurer un Etat de droit. Le premier pas pour instaurer une réforme économique au Maroc est de mener une réforme politique”, explique-t-elle. “Il faut arrêter l’hémorragie de la rente, des passe-droits pour créer un contexte de compétitivité et encourager les investisseurs à venir au Maroc et les entrepreneurs à se lancer.”

Cette réforme politique, Nabila Mounib la souhaite depuis le premier stade des élections, jusqu’à l’aboutissement du processus électoral. “Il faut que les lois régissant les campagnes électorales assurent l’égalité des chances. Il faut considérer que les partis politiques sont égaux, qu'il s'agisse de ceux qui ont un groupe parlementaire ou de ceux qui n’ont pas de représentants au Parlement”, indique-t-elle. Le temps d’écoute accordé aux partis dans les médias est justement proportionnel à leur représentativité au Parlement.

Nabila Mounib rappelle ensuite les principaux champs de bataille de sa formation politique, à savoir “la séparation des pouvoirs, l’établissement d’un système judiciaire autonome et intègre ainsi que la mise en place d’une véritable monarchie parlementaire”. Pour la militante politique, ce dernier point ne sera rendu possible qu’après une nouvelle révision de la Constitution, car celle de 2011 “a déjà montré ses limites”.

Une fois ces réformes réalisées, Nabila Mounib estime que “le climat devrait être plus propice aux investisseurs étrangers, à l’encouragement des petites et moyennes entreprises et à l’entrepreneuriat pour lequel l’actuel gouvernement n’a pas proposé des solutions tangibles”.

Le PJD “a mené des anti-réformes”

Et c’est ce même gouvernement, celui de Benkirane, qui déçoit la militante de gauche. “Après la réforme de la Constitution, les prérogatives du chef du gouvernement ont été élargies, mais il n’en a pas profité”, s’insurge Mounib, qui estime que “le gouvernement Benkirane n’a pas pu mettre en place des réformes pour ce pays, qui doivent précéder la mise en place d’une économie forte”.

Pour Mounib, le PJD n’est pas un parti conservateur, mais “un parti réactionnaire qui a mené des anti-réformes”. La militante prend l’exemple de la caisse de compensation, “qui a été démantelée sans qu’une alternative adéquate ne soit trouvée, le naufrage de l’école publique ou encore les réformes du code pénal qui n’ont pas pu débarrasser ce texte de ses références liberticides”.

Mais la SG du PSU n’est pas plus clémente non plus à l’égard des adversaires du PJD, qui se présentent en tant que “modernistes”. “On veut bien qu’on nous dise qu’il y a une belle alternative démocratique, mais ce pôle (l’opposition, ndlr) veut juste combattre le camp conservateur et n’a rien de plus à proposer”, s’indigne-t-elle. Pourquoi? “Parce que ces partis politiques ont été créés de toutes pièces et n’ont jamais été autonomes”, explique-t-elle, faisant notamment référence au PAM.

“Entre le marteau et l’enclume”

Entre ces deux pôles, avec lesquels la Fédération de la gauche démocratique n’a clairement pas d’affinités, Nabila Mounib et ses partisans essaient de se frayer un chemin “entre le marteau et l’enclume”, comme elle le déclare, afin de “mettre en place un front démocratique capable de peser”.

Mais la militante de gauche sait que le chemin est encore long pour faire entendre sa parole au sein du Parlement. “Nous sommes conscients que nous sommes un petit parti. Nous avons récolté 100.000 voix lors des élections de 2015 et souhaitons en avoir 300.000 lors des législatives d’octobre, mais nos moyens sont limités”, explique celle dont le parti a reçu “750.000 dirhams de l’Etat pour la campagne électorale”, une somme qui limite nettement les choix en termes de communication, selon l’intervenante. “Nous avons approché plusieurs agences de communication qui nous demandent des enveloppes dont ne nous disposons pas. Heureusement qu’il y en a qui ont souhaité travailler avec nous à titre bénévole.”

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