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La "marche anti-PJD" divise la presse marocaine

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MARCHE ANTI BENKIRANE CASABLANCA
Mouannis/AIC PRESS
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POLÉMIQUE - Ce week-end aura été tendu sur le front politique. La "marche anti-PJD" organisée dimanche 18 septembre à Casablanca, suite à plusieurs appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux, divise les médias marocains, à trois semaines des élections législatives.

Si certains confrères remettent en doute la spontanéité de cette manifestation, dénonçant la mainmise des autorités dans son organisation (témoignages et vidéos à l'appui), d'autres mettent en avant le "succès" de cette marche qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes "contre l'islamisation de la société".

Les prudents

Du côté des médias francophones, certains ont choisi un traitement pour le moins prudent de l'événement, à l'instar du site d'informations Médias24 qui décrit, photos à l'appui, l'évolution de la marche à laquelle auraient pris part "environ 45.000 personnes" selon les estimations.

"Les questions posées à différents participants donnent lieu aux réponses suivantes: "c'est l'élu de mon quartier qui m'a appelé-e à venir; il est de tel parti (des partis d'opposition sont cités); je fais partie de telle association (associations locales ou de quartier effectivement présentes en nombre) et nous avons décidé de participer; oui, on nous a fourni le transport'", relate le site d'information.

L'Economiste, de son côté, se contente de publier un diaporama de photos de la marche avec un texte court rappelant que le PJD avait diffusé un message appelant ses membres à ignorer cette manifestation qui aurait reçu le soutien "de parties censées être neutres".

Une "marche mystère"

C'est justement la question des soutiens implicites de cette marche et de ses organisateurs qui fait débat dans la presse. TelQuel et Le Desk ont ainsi qualifié de "mystérieuse" cette marche dont l'origine reste floue. "Un appel à manifester est apparu ce week-end sur les réseaux sociaux, mais la page Facebook de l'événement reste anonyme: les organisateurs ont préféré ne pas se faire connaître", note TelQuel sur son site.

"Qui est derrière le mystérieux appel à participer à une marche contre le PJD ce dimanche?" titrait Le Desk quelques heures avant la tenue de la manifestation. "Aucune organisation officielle ou parti politique n'a revendiqué l'organisation de cette manifestation soigneusement encadrée par les autorités locales et de nombreux agents d'autorité en uniforme ou en civil", ajoutait le site d'information dans un article publié après la marche.

Toujours selon Le Desk, la manifestation a vu la participation de "populations peu au fait des enjeux de l'événement, déplacées grâce à un dispositif conséquent et encadrées par des agents d'autorité, du matériel de propagande uniforme, des slogans s'inspirant des thématiques récentes usitées contre Benkirane dans les médias hostiles à son parti, des corporations habituellement mobilisées dans pareilles circonstances", laissant peu de doute subsister "sur les promoteurs d'une manifestation voulue comme un 'élan citoyen'".

"On ne peut veiller à la transparence et la bonne marche de la campagne électorale, et en même temps laisser quelques inconnus sur Facebook - boostés par quelques médias - organiser en quelques jours une marche politique avec des moyens financiers et humains qui ne peuvent être l'oeuvre d'une démarche spontanée", écrit de son côté le directeur de publication de Yabiladi dans un édito.

Drôles de participants

Outre le mystère qui plane sur l'origine de cette marche, plusieurs médias ont mis en évidence quelques bizarreries entourant la manifestation. Deux vidéos ont été reprises par plusieurs organes de presse: une où plusieurs témoins expliquent avoir été poussés à manifester pour soutenir une jeune femme marocaine violée par un Saoudien (cette vidéo a notamment été reprise par Alyaoum 24, site d'information proche du PJD) et une autre où une femme confie, face caméra, être descendue dans la rue pour manifester après qu'un élu local lui a offert "un gros mouton" pour l'aïd.

"Selon des témoignages recueillis sur les lieux et à travers des vidéos diffusées sur Internet, il est remarquable de noter que les participants à cette marche n'avaient pour la plupart aucune idée précise sur l'objet même de l'événement", écrit Le Desk, qui évoque également le cas de manifestants habillés en sahraouis, qui disent venir du sud mais n'ont pas l'accent hassani.

Une "manifestation géante"

D'autres médias ont choisi de souligner l'importante mobilisation lors de cette manifestation, comme Le360.ma. "Des milliers de manifestants disent non à l'islamisation de la société", titre le site d'information électronique. "Des slogans dénonciateurs de la politique du gouvernement Benkirane ont été scandés lors de la manifestation géante organisée, ce dimanche 18 septembre, à Casablanca", écrit-il encore.

Le Site Info va même jusqu'à s'inspirer du titre de la célèbre pièce de théâtre de Jean Giraudoux, "La Guerre de Troie n'aura pas lieu" (sic), en écrivant: "La marche contre l'obscurantisme a bien eu lieu". "La société civile, qui a donné l'alerte, il y a bien longtemps sur les dérives constatées au niveau de la pratique des adeptes de ce courant de pensée, (...) a décidé d'organiser cette marche, dont les incidences politiques seront, certainement, perceptibles lors des élections du 7 octobre", écrit-il encore.

Qushq.com, site d'information très proche du Parti authenticité et modernité (PAM), fondé par le secrétaire général du parti Ilyas El Omari et dirigé depuis quelques mois par son frère Fouad, a consacré une dizaine d'articles à la manif. Le site a par exemple relayé une vidéo d'Horizon TV dans laquelle le patron du PAM nie toute implication de son parti dans la "marche contre l'obscurantisme". Qushq a également interrogé des manifestants visiblement triés sur le volet pour expliquer les raisons pour lesquelles ils ont participé à la marche.

"Non couverture"

Du côte de l'agence officielle MAP, aucune dépêche au sujet de cette manifestation n'a, à l'heure où nous écrivons ces lignes, été publiée. Idem pour les chaînes 2M, Médi1 TV et Al Aoula, qui n'ont pas fait de reportage sur la marche lors de leur journal télévisé du soir. Une "non couverture" décriée par certains internautes:

On notera que le ministre de l'Intérieur Mohamed Hassad, généralement peu enclin à parler à la presse, a multiplié les sorties médiatiques. Dans les colonnes du site d'information Hespress, Hassad a répondu à Mustapha Ramid, qui l'accusait de l'écarter de toute décision relative à la préparation des élections législatives, ainsi qu'aux critiques voulant que son département ait soutenu la manifestation anti-Benkirane. A TelQuel, il a même confié avoir été "surpris" par la marche.

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