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Frappe meurtrière contre l'armée syrienne : le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence

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L'état-major des forces syriennes et la Russie ont accusé samedi la coalition sous commandement américain d'avoir bombardé des positions de l'armée syrienne près de Daïr az Zour, dans le nord-est de la Syrie, tuant plusieurs dizaines de soldats.

L'armée américaine affirme que sa coalition a mis fin à ces bombardements aériens contre ce qu'elle pensait être des positions de l'organisation État islamique (EI) après avoir été informée par la Russie que des véhicules et du personnel militaires syriens avaient certainement été touchés.

Un responsable militaire américain s'est dit « pratiquement certain » que la coalition dirigée par les États-Unis avait frappé par erreur des positions de l'armée syrienne.

Ces frappes, qui ont permis aux combattants de l'EI de s'emparer brièvement de positions de l'armée syrienne près de l'aéroport de Daïr az Zour, fragilisent un peu plus la trêve parrainée par Moscou et Washington et entrée en vigueur lundi soir.

À la demande de la Russie, qui soutient le président Bachar al Assad dans la guerre complexe qui dévaste la Syrie, le Conseil de sécurité des Nations unies tient une réunion d'urgence samedi soir.

Le ministère syrien des Affaires étrangères réclame de condamner ce qu'il qualifie d'agression des États-Unis, qui soutiennent pour leur part les rebelles dits « modérés » pour les différencier des djihadistes. Une telle condamnation paraît peu probable, car elle doit être décidée par consensus.

Selon le ministère russe de la Défense, l'aviation de la coalition réunie par les États-Unis a tué plus de 60 militaires syriens lors de quatre raids menés par deux chasseurs F-16 et deux avions A-10 venus de la direction de l'Irak.

Citant une source dans l'aéroport, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui suit l'évolution des combats en Syrie grâce à des informateurs sur le terrain, a pour sa part avancé un bilan d'au moins 80 soldats syriens tués.

Dans un communiqué diffusé par des médias officiels syriens, l'armée syrienne précise que ces frappes ont été menées à 14 h (GMT) sur Djebel Tharda, près de l'aéroport de Daïr az Zour.

Des problèmes de coordination

Pour l'armée syrienne, qui dénonce une « agression dangereuse et flagrante », ces frappes apportent la « preuve irréfutable » que les États-Unis et leurs alliés soutiennent l'EI.

Le ministère russe des Affaires étrangères a lui aussi jugé qu'il ne faisait « désormais plus aucun doute » que « la Maison-Blanche défend l'État islamique ».

Dans un communiqué, l'armée américaine souligne que la Syrie est dans « une situation complexe » et que « les forces de la coalition ne frapperaient pas délibérément une unité militaire syrienne identifiée ».

D'après l'agence Amak, l'organe de communication de l'EI, les djihadistes ont pris le contrôle de Djebel Tharda après ces frappes, ce qui leur aurait permis de dominer des zones de Daïr az Zour tenues par les forces syriennes. L'aéroport et certains quartiers de la ville sont entièrement encerclés par l'EI depuis l'an dernier, l'aéroport fournissant aux assiégés leur seul lien avec l'extérieur.

Les médias russes et syriens ont rapporté que l'armée syrienne avait par la suite reconquis les positions perdues. D'après l'OSDH, au moins 20 combattants de l'EI ont été tués dans d'intenses bombardements de l'aviation russe durant ces combats.

Cet incident illustre les difficultés pour la Russie et les États-Unis à coordonner leurs frappes aériennes contre l'État islamique et d'autres groupes djihadistes actifs en Syrie, comme les deux puissances en ont exprimé la volonté.

Il fragilise surtout un peu plus une trêve censée permettre l'acheminement d'une aide humanitaire aux populations prises au piège d'une guerre qui dure depuis cinq ans. Les différents belligérants s'accusent mutuellement et de plus en plus fréquemment de violations du cessez-le-feu.

La Russie a ainsi jugé samedi que la situation se dégradait sur le terrain tandis que, dans l'autre camp, un chef de l'opposition armée à Alep, dans le nord-ouest de la Syrie, a prédit que la trêve « ne tiendrait pas ».

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