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Hassan El Jaï, le soufisme au coeur

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HASSAN EL JAI SOUFI MON AMOUR
Fort Mason Center, San Francisco, 2016 | www.hassaneljai.com
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THÉÂTRE - De par son côté à la fois mystique et profond, le soufisme continue d'inspirer les artistes contemporains. C'est le cas de Hassan El Jaï qui, plus d’un an et demi après sa première représentation devant le public de la FOL à Casablanca de "Soufi, mon amour", son adaptation théâtrale du best-seller d’Elif Shafak, revient pour de nouvelles dates à Casablanca ce vendredi 16 septembre, à Rabat le 26 puis à Princeton et Yale, Islamabad et Lahore. L’occasion pour le HuffPost Maroc de revenir avec lui sur sa vision artistique, qui puise son inspiration au cœur du soufisme.

Un artiste aux inspirations mystiques

Hassan El Jaï est comédien, metteur en scène, coach et professeur. Il co-écrit également les scripts des vidéos de son spectacle. Avant de se dédier complètement au théâtre, qu’il a toujours considéré comme sa vocation et qu'il pratique depuis l’âge de 5 ans, Hassan se dote d’un bachelor et master en management des médias dans des écoles prestigieuses de Paris et New-York, et suit parallèlement des cours de théâtre. Après des passages en entreprise, il décide de se consacrer uniquement à son art.

"Je suis revenu à l’art après un passage par l’évènementiel car je me cherchais sur le plan identitaire, spirituel et idéologique. Le théâtre a grandement contribué à me rendre à moi-même: en harmonisant l’intention, la pensée avec la parole et le geste, il m’a aidé à me trouver. Au fond, je suis un chercheur de vérité, et le théâtre m’a beaucoup apporté dans cette quête.".

Cette quête, il la mène en puisant son inspiration dans les messages de l’islam, de la pensée soufie. Un message d’amour et de compassion sublimé au travers du procédé artistique. "C’est après avoir fini les cours Florent en 2011 que j’ai eu un appel d’inspiration divine, au fond de mon cœur. J’ai alors compris que mon chemin devait se faire intimement et en harmonie avec ma foi, ma religion qui est l’islam, et que je devais trouver un moyen de faire communier tout ça."

S’il cite parmi ses sources d’inspiration les grands dramaturges classiques Shakespeare ou Molière, c’est surtout dans le soufisme et ses grands mystiques qu’il trouve son inspiration première. Parmi eux, on trouve Al Ghazâlî, Al Junayd ou Shams de Tabriz. "Ces grands hommes ont très clairement énoncé des choses que je ressentais déjà, une certaine vision du soufisme authentique, bien loin de celui d’aujourd’hui, trop souvent dilué et trahi." Ce désir de transmettre le message soufi le pousse alors, début 2014, a s’intéresser au succès mondial d’Elif Shafak.

hassan el jai soufi mon amour

Du roman à la scène

"Soufi, mon amour", qui s’est vendu à plus d'un demi-million d'exemplaires, a fait découvrir au public mondial l’histoire du soufi Jalaluddîne Rûmi et sa rencontre avec son maître spirituel, Shams de Tabriz, au fil de la correspondance amoureuse d'une femme au foyer juive américaine et un soufi moderne vivant a Amsterdam.

Une trame qui ne plait pas à Hassan, de prime abord. "Pour moi, son fond et la manière dont l’histoire était articulée n’étaient pas en cohérence avec ce que je connaissais du soufisme, de Rûmi et de Shams. Elif Shafak, en tant qu’écrivaine, a romancé énormément de choses, qui n’étaient pas en cohérence avec cette véritable histoire."

C’est dans une volonté de transmettre au public une vision plus authentique qu’il s’engage dans un processus de recherche, de documentation et de réécriture du texte. "Je me suis servi d’une partie de la trame et de certains des personnages présents, pour remanier l’histoire et la rendre plus fidèle au message des 40 règles de l’amour telles qu’elles ont été rapportées par Rûmi, ainsi qu’au soufisme historique dont elles émanent. "

Son concept de lecture dramatique est alors nouveau au Maroc. "Début 2014, le concept de lecture dramatique était inconnu dans notre pays; les gens avaient peur de s’ennuyer et venaient sans vraiment savoir à quoi s’attendre." Seul sur scène, El Jaï joue tour à tour une dizaine de personnages très différents – en plus de la narration qu’il assure également, changeant de personnage en un clin d’œil. Une approche qu’il décrit lui-même comme s’inspirant du cinéma et de ses modes de mise en scène. "J’ai voulu faire de cette histoire un rappel que l’amour, l’écoute, la compassion, la douceur, la fraternité, la lumière sont au cœur du message de l’islam", conclut-il.

El Jaï trace son avenir

Cette proposition nouvelle dans le paysage marocain est vite appréciée par le public: après une tournée dans tout le Maroc, de Marrakech à Tanger en passant par Oujda, et aussi à l’étranger – notamment en Suisse et aux Etats-Unis - d’autres lectures figurent à l’horizon.

Une soirée de poésie soufie est prévue à la Villa des Arts de Rabat le 30 novembre prochain, comprenant une sélection de poèmes et d’écrits de grands mystiques. Egalement en cours de préparation: une lecture adaptée du "Langage des Oiseaux" de Farîd al-Dîn Attâr, poète perse du 12e siècle dont Rûmi disait qu’il fut "l’âme du soufisme"; un texte profond, souvent mystérieux et abstrait, qu’il cherche encore à préciser pour la scène. Un autre de ses projets est de donner vie aux histoires de certains prophètes, et en priorité celle de Yusuf, en format vidéo destiné au web ou sur scène.

"Soufi, mon amour" pour sa part est déjà programmé en octobre aux Etats-Unis dans de prestigieuses universités telles que Princeton et Yale, puis au Pakistan début 2017. Pour les lieux probables de sa tournée, El Jaï ne manque pas d’idées: que ce soit l’Australie, Paris, Londres, les pays du Golfe ou même la Russie, l'artiste entend faire rayonner son art sur tous les continents.

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