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Syrie: trêve prolongée mais l'aide se fait toujours attendre

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AFP Abd Doumany
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La fragile trêve des combats en Syrie a été prolongée de 48 heures par les Américains et les Russes, mais l'aide humanitaire promise et tant attendue n'a toujours pas été distribuée.

La situation restait globalement calme jeudi matin pour le troisième jours consécutif, confirmant la nette décrue de la violence depuis l'entrée en vigueur de la cessation des hostilités lundi soir.

Mais dans la partie rebelle de la ville d'Alep (nord), principale concernée par l'accord, l'impatience croît chez les 250.000 habitants qui y sont assiégés depuis deux mois et qui manquent de tout.

"A quoi sert le prolongement de la trêve si nous restons assiégés?", s'écrie Abou Ibrahim, un habitant du secteur qui n'a pas reçu d'aide internationale depuis le 7 juillet. "Avant, nous mourrions des bombardements, aujourd'hui nous allons mourir de faim", se lamente cet homme de 53 ans.

A l'issue d'une première phase de 48 heures de cessation des hostilités, qui a expiré mercredi à 19H00 (16h00 GMT), le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov se sont mis d'accord pour la renouveler, comme le préconise l'accord qu'ils ont négocié.

Ils "sont tombés d'accord pour une extension de la cessation des hostilités pour une nouvelle phase de 48 heures", a indiqué Mark Toner, un porte-parole du Département d'Etat.

D'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), "aucun mort parmi les civils ou les combattants n'étaient à déplorer depuis lundi" dans les zones concernées par la trêve, c'est-à-dire excluant celles où sont actifs les groupes jihadistes.


"On veut du carburant"

Mais l'aide humanitaire, autre point clé de l'accord, n'était toujours pas au rendez-vous pour les centaines de milliers de civils assiégés dans une vingtaine de villes et de localités, notamment par les forces du régime.

A Alep, ce ravitaillement doit transiter via la route du Castello, un axe du nord de la ville qui doit être "démilitarisé" avant tout passage de convois.

Or jeudi matin, l'armée syrienne se trouvait toujours sur cette route alors que, selon les Russes, elle aurait dû s'en retirer à 09H00 locales (06H00 GMT).

Moscou, allié du régime, avait toutefois prévenu que des obus de mortier lancés par les rebelles sur la route de Castello faisaient peser une menace sur le retrait des troupes" syriennes.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé Washington et Moscou à contribuer à débloquer la livraison de l'aide humanitaire. Selon lui, 20 camions transportant de l'aide restaient bloqués à la frontière turco-syrienne, la situation sécuritaire ne permettant pas au convoi de la traverser.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a signalé que l'arrivée de l'aide était un "test" clé de la solidité de l'accord russo-américain. "Sinon l'annonce d'un cessez-le-feu ne sera pas crédible", a-t-il prévenu.

"On ne veut pas juste l'arrêt des bombes. On veut des légumes et de carburant", a déclaré à l'AFP Moustapha Morjane, un habitant de 30 ans du quartier rebelle d'Alep de Zabdiyé. "Comment cuisiner pour nos enfants si nous n'avons pas de carburant?".

Depuis l'entrée en vigueur de la trêve, les combats ont quasiment cessé entre régime et rebelles sur l'ensemble des fronts, à l'exception de tirs sporadiques, selon des militants, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et l'ONU.

La trêve a été obtenue après des semaines de discussions entre Washington et Moscou, soutiens respectifs de la rébellion et du régime. Elle vise à favoriser une reprise du processus de négociation pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 300.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis mars 2011, selon l'OSDH.

La rébellion, affaiblie sur le terrain, n'a pas donné son accord formel à la trêve.

Comme lors de la précédente trêve fin février, qui n'avait duré que quelques semaines, les groupes jihadistes comme l'organisation Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda) sont exclus du cessez-le-feu.

Si la cessation des hostilités tient pendant une semaine, elle devrait déboucher sur une collaboration inédite entre Moscou et Washington, qui doivent alors lancer, à une date encore indéterminée, des attaques conjointes contre les deux groupes jihadistes.

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