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Comment les Marocains végétariens vivent-ils l'Aïd El Kebir?

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AÏD - Si de plus en plus de Marocains choisissent de devenir végétariens, ils restent très minoritaires dans une société où les habitudes alimentaires carnivores ont la peau dure. La plupart du temps victimes d’incompréhension ou de moqueries, leur choix est en général peu accepté par leur entourage. Une position encore plus dure à défendre pendant la période de l’Aïd el Kebir, lors de laquelle ils se sentent mal compris. Témoignages.

Un moment difficile

La journée de l’Aïd est pour beaucoup synonyme d'un mauvais moment à passer: "Je n’aime pas les cris du mouton ni l’odeur de ces journées", nous confie Abbes Benaissa, secrétaire général du RIAM (Réseau d'Initiatives Agroécologiques Marocain) et membre de l'ONG Orange Bleue Maroc.

Pour Rhita (le prénom a été changé), l'expérience est similaire: "Je le vis très mal, je n'ai jamais supporté de voir le mouton être égorgé et on m'y obligeait chaque année quand on partait chez mes grands-parents. Je piquais des crises de larmes".

Pour pallier cela, la plupart fuient l’ambiance de cette journée, comme Rajae, 22 ans. "Je vis l'Aïd comme tous les autres jours, je fais de mon mieux pour rester chez moi et ne pas avoir affaire à l'ambiance 'festive' de l'Aïd, car ça ne me plaît pas et c'est contradictoire avec mes convictions personnelles", explique-t-elle. D'autres choisissent de voyager, des choix souvent difficilement acceptés par les familles.

Incompréhension de l'entourage

Dans un contexte où être végétarien est déjà peu accepté en temps normal, il est en effet encore plus difficile d’être pris au sérieux en ce jour de fête. "Si ma famille vit plutôt bien le fait que je sois pesco-végétarienne (régime alimentaire qui consiste à ne manger aucune viande sauf du poisson, ndlr), pour l'Aïd, c'est encore difficile à digérer pour eux", ajoute Rhita.

Basma, elle, nous confie être souvent obligée malgré elle de "mettre la main à la pâte". Ainsi, fuir cette journée, ses activités et la socialisation est mal vécu par leurs familles, qui leur reprochent de ne pas être présents.

Comme nous explique Selma, environnementaliste de 27 ans, pour ses proches, "même si je ne mange pas de viande, il est important d’être présente, d’avoir un moment de joie et de partage avec eux, même si je mange ma salade à coté".

L’idée est également mal reçue d’un point de vue religieux, ajoute-t-elle. "On me dit que je suis athée alors que je suis musulmane. Je respecte ma religion, et je pense qu'on peut être musulman et ne pas manger de viande. L'Aïd est avant tout un moment festif, familial et de partage, qui va au-delà du fait d’égorger un mouton".

Une question environnementale et climatique

Pour Abbes Benaissa, la question de l’Aïd est aussi environnementale et climatique, l’agriculture et l'élevage industriel intensifs représentant la principale cause de pollution mondiale et de réchauffement climatique.

"On a tendance à oublier qu’il y a cinquante ans, nous étions principalement végétariens dans notre régime alimentaire, les gens ne mangeaient de la viande qu’en de rares occasions, l’Aïd El Kebir étant l'une d'elles", dit-il. "Aujourd'hui, on mange de façon délibérée et inconsciente de la viande tout le reste de l’année, c’est comme ça que le déséquilibre se fait".

Dans son livre "Le Maroc végétarien, 15ème-18ème siècle", Mohamed Houbaida, professeur à la faculté des lettres et des sciences humaines de Kénitra, montrait ainsi que le régime alimentaire des Marocains, avant l'introduction des structures industrielles, était principalement végétarien.

M. Benaissa pointe également du doigt le problème du surpâturage: l’Aïd étant tombé dans une année particulièrement mauvaise du point de vue climatique, les bêtes ont été engraissées à la période la plus sèche de l’année, ce qui empêche les pâturages de repousser. "L’idée n'est pas de célébrer ou pas, mais de prendre conscience de ces faits", conclut-il.

Célébrer l’Aïd autrement

Face au dilemme de cette journée, certains choisissent de pas célébrer l'Aïd. Comme nous explique Rhita, "quand j'aurai mon 'chez moi' et ma famille, je ne fêterai pas l'Aïd, tout simplement parce que la religion est une chose, son interprétation en est une autre."
D'autres choisissent de célébrer ce jour sacré autrement, en mettant en valeur les principes de partage et de fête en famille, comme Simohamed, qui célèbre chaque année un Aïd végétalien à base de légumes. C'est dans cette optique que quelques végétariens ont eu l’idée d'organiser un pique-nique végétalien à Rabat et Casablanca le jour de l'Aïd, afin de pouvoir célébrer cette journée en groupe et en accord avec leurs convictions.

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