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370 associations contre la loi organique sur l'amazighe

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MANIFESTATION AMAZIGHE
A local Amazigh Berber man waves a Berber flag as he attends a rally calling for the release of political prisoners and demanding more rights, in Rabat on February 3, 2013. REUTERS/Stringer (MOROCCO - Tags: POLITICS CIVIL UNREST SOCIETY) | Stringer . / Reuters
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LÉGISLATION - Le projet de loi organique relative à l'amazighe ne fait pas l'unanimité. Il y a quelques jours, une coalition regroupant 370 associations amazighes a adressé un mémorandum au roi Mohammed VI, afin de demander la refonte du projet de loi.

Les remarques des associations portent sur nombre de dispositions du projet de loi. Le mémorandum comprend une série de propositions, sur l'obligation de l'enseignement de la langue amazighe à tous les Marocains sans exception, la prise en considération de la langue amazighe tant que langue officielle de l'Etat marocain, plutôt que comme langue de communication au sein des administrations. Les associations appellent également à faire de l'amazighe la langue d'enseignement principale de certains cours dès la promulgation de la loi au Bulletin officiel, ainsi qu'à l'enseignement de certaines matières des sciences sociales et humaines en amazighe à l'horizon 2026.

Les associations amazighes reprochent également au chef du gouvernement d'avoir crée une simple adresse mail pour réceptionner les propositions des associations, lors de l'élaboration du projet de loi, au lieu d'organiser des rencontres avec les collectifs et les ONG amazighes.

Une loi qui fait polémique

La question de l'officialisation de la langue amazighe est sur toutes les lèvres depuis 2011. Alors que le plan législatif du gouvernement tablait sur la finalisation du projet de loi entre 2013 et 2015, il ne verra finalement le jour qu'en 2016.

Début 2013, la société civile a lancé un débat national sur l’officialisation de la langue amazighe. À l'issue de ce débat, auquel ont participé des partis politiques, une proposition de loi organique comportant 83 articles de loi a été élaborée, et a été parrainée par le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui était alors dans l'opposition.

Quand le RNI est passé à la majorité, un gentlemen's agreement avec le gouvernement s'est soldé par le retrait de la proposition de loi. Les propositions de lois organiques sur l'officialisation de l'amazigh qui seront déposées par d'autres partis politiques, aux deux chambres du parlement, seront reléguées aux tiroirs.

Un projet de loi attendu

En 2016, le gouvernement a finalisé l'élaboration, puis l'adoption du projet de loi qui a, par la suite, suscité des réactions mitigées. Dans une interview accordée au HuffPost Maroc , Ahmed Boukous, président de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) considère que sur certains points, le projet de loi organique "va au delà de ce que nous avons demandé et inclut aussi les parlers locaux. Il insiste également sur l'égalité entre les différentes formes d'expression amazighes, ce qui est excellente chose". Ahmed Boukous estime également que "pour la généralisation progressive de l'amazighe, les délais ont été bien pensés: le court-terme correspond à cinq ans, le moyen-terme 10 ans, et le long-terme s'étend à 15 ans".

En revanche, "la non-obligation d'enseigner l'amazighe dans le secondaire est problématique", relève le directeur de l'IRCAM, poursuivant qu'"on aurait aussi souhaité que le projet de loi parle de la nécessité de créer de départements de langue amazighe dans l'enseignement supérieur (dans sa mouture actuelle, l'article 6 projet de loi dit qu'il "est possible" de créer des cursus et des départements d'amazighe dans les établissements d'enseignement supérieur ndlr). Cela peut s'avérer très préjudiciable".

Vu l'importance de cette loi, "elle nécessite véritablement un plan stratégique", estime Boukous. "Nous insistons aussi sur la nécessité de promulguer les décrets d'application dans les délais. La loi organique peut très bien passer, mais si elle n'est pas consolidée par des textes d'application qui en assurent véritablement l'effectivité, nous aurons beaucoup de problèmes, et nous devrons attendre, peut-être longtemps, avant de voir des textes d'application promulgués", relève le directeur de l'IRCAM.

Adopté en Conseil de gouvernement en août, le projet de loi organique relative à la mise en oeuvre du caractère officiel de la langue amazighe devra être adopté en Conseil des ministres avant d'être déposé au parlement.

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