Huffpost Maroc mg

Ces photos racontent sans détour l'intimité des personnes handicapées en France

Publication: Mis à jour:
SEXE HANDICAP
Catherine et François. Ce dernier est décédé des suites de l'évolution de sa myopathie. "Nos relations intimes étaient infiniment tendres et douces car ses difficultés de mouvement nous avaient obligés à inventer notre sexualité." | JEROME DEYA
Imprimer

CULTURE - Le sexe, la sensualité, la suavité appartiennent à tout le monde. C'est ce qu'a voulu montrer le photographe Jérôme Deya qui expose ses photos de "corps dérangeants" à Villeneuve d'Ascq (Hauts-de-France) à partir de ce vendredi 9 septembre jusqu'au 14 septembre.

Plusieurs couples dont l'un des deux membres au moins souffre d'un handicap physique ont accepté de poser ensemble dans un moment très intime. Pour Jérôme Deya, le photographe, ce sont les valides qui imposent des limites aux handicapés, sans avoir conscience du peu de liberté dont ils disposent.

"Ce travail se veut un hymne au corps que l’on évite ou que l’on cache. Ce corps tordu qui – comme tout autre – exprime sa sensualité, ses émotions, pour une ode à l’amour, réalité partagée par tous, quels que soient son apparence, son héritage, son handicap.
(...)
La situation des personnes handicapées n’est-elle que le reflet de la perception qu’un peuple a de ses semblables "différents"?
(...)
Sous prétexte de corps 'abîmés', les personnes handicapées auraient-elles moins de droits que les autres? Leur accès à la sexualité serait-il secondaire? Aurions-nous tendance à oublier qu'il y a une personne derrière un handicap? La véritable barrière entre personnes valides et handicapées est la plupart du temps dressée par les valides. Elle n’est en général justifiée que par des préjugés. Et lorsqu'ils s'effondrent, il ne reste que deux êtres face à face qui se découvrent… si semblables."

Avec la bénédiction de la ville

Cette exposition se tient dans des locaux municipaux. "La ville de Villeneuve d'Ascq est très ouverte à l'insertion des publics fragilisés", soutient Philippe Durietz, le directeur de l’Institut d’éducation motrice APF Christian Dabaddie, co-organisateur de l'expo. Selon lui, "ces photos devaient sortir des murs où les personnes souffrant de handicap sont cantonnées. Elles sonnent également le début d'une résidence-mission d'appui artistique. La comédienne Chloé Simmonot vient travailler avec nous pendant 6 mois sur la thématique des émois amoureux et le respect du corps."

L'exposition tourne depuis un petit moment en France. Elle a obtenu en 2015 le prix "innovation" du "Mois Extra Ordinaire" du handicap de la Ville de Paris. Et en 2014, Jérôme Deya était le lauréat du concours Sophot.com de la photographie humaniste et sociale.

Les textes accompagnant ces photos ont été écrits par Jérôme Deya.

  • 1
    Daniel et Aminata
    JEROME DEYA
    Daniel: "Je suis atteint d’une maladie génétique, 'l’ataxie de Friedreich', et l’accompagnement reste à ce jour le seul moyen pour moi d’avoir une sexualité. Depuis qu’elle m’a fait vivre des moments magiques, Aminata est maintenant une fée de passage dans ma vie. Par la douceur de son toucher, elle m’a réconcilié avec un corps qui était devenu, avec l’évolution de la maladie, mon pire ennemi. Merci à elle!" Aminata (accompagnante sexuelle): "J’ai vécu longtemps sans être touchée: enfant, il y avait peu de gestes. Je comprends ce que cela engendre: le manque d’estime de soi, le fait de ne pas se sentir femme, la solitude... Je me sentais moi-même handicapée sur ce plan-là. Aujourd’hui, j’aide des personnes handicapées à retrouver une forme d’autonomie à travers la sexualité, mais j’apprends aussi beaucoup auprès d’elles, humainement."
  • 2
    Aurélie et Mickaël
    JEROME DEYA
    "Aurélie et moi fréquentons le même Etablissement d’Aide par le Travail dans le Loir-et-Cher. C’est là que nous nous sommes rencontrés, il y a huit ans. Malgré mon handicap –je souffre de la "maladie des os de verre"– je suis plutôt autonome au quotidien. Mais dans l’intimité, Aurélie doit être très douce vis-à-vis de moi. Or, à cause de son "Infirmité Motrice Cérébrale", elle peut avoir des difficultés à contrôler ses mouvements, surtout sous le coup de l’émotion! Cet apprentissage commun du handicap de l’autre fait peut-être notre force: nous discutons beaucoup et nous sommes capables de faire des concessions. Rien d’extraordinaire, en somme. Mais nous voulions montrer ce que peu de gens conçoivent: on peut être handicapé et avoir une vie amoureuse tout à fait normale."
  • 3
    Catherine et François
    JEROME DEYA
    "François est né atteint de myopathie. Ses muscles étaient atrophiés et il avait subi une trachéotomie à 14 ans. Il se déplaçait en fauteuil roulant. Sa rencontre, en 2004, a changé ma vie. François était combatif et généreux. Nous étions heureux ensemble. Unis, liés, perdus l’un sans l’autre. Nous vivions intensément chaque moment partagé car le temps lui était compté. Le handicap de François n’était pas un problème, la maladie oui. Nos relations intimes étaient infiniment tendres et douces car ses difficultés de mouvement nous avaient obligés à inventer notre sexualité. Il avait appris à "aimer" son corps à travers mon regard. La myopathie est évolutive. François nous a quittés à l’âge de 46 ans. Nous avons lutté jusqu'au bout, ensemble. Nous sommes toujours ensemble."
  • 4
    Julie et Thomas
    JEROME DEYA
    "C'est le destin qui distribue les cartes, mais c'est nous qui les jouons." Randy Pausch. "L'amour se construit et s'exprime à deux. Il arrive parfois que notre relation de couple soit plus ou moins compliquée, mais -handicap ou non– cette situation est la même pour tout le monde. Nous avons appris à vivre chacun avec les qualités et défauts de l’autre. Il n’en est pas moins vrai que quand la confiance est là, le handicap n’est plus, et depuis maintenant quatre ans de vie de couple, chacun de nous deux a appris à découvrir, à vivre avec, mais surtout à être à l’écoute de l’autre. Et cela tous les jours et encore aujourd’hui. Hormis le fait que la "maladie des os de verre" atteint la totalité de mes membres en les rendant vulnérables, cette fragilité n'a pas encore atteint mon cœur, car Thomas s'en occupe avec précaution."
LIRE AUSSI: