Huffpost Maroc mg

A la veille des législatives marocaines, comment s'en sortent nos partis sur le web? (INTERVIEW)

Publication: Mis à jour:
PARTIS POLITIQUES MAROC
La course aux voix se fait aussi sur Internet. | MAP
Imprimer

COMMUNICATION DIGITALE - A la veille des élections législatives, prévues le 7 octobre, la course aux voix se fait aussi sur Internet. De plus en plus de partis politiques investissent les réseaux sociaux pour révéler leurs programmes mais aussi pour séduire les jeunes, toujours nombreux à bouder le scrutin.

Les partis marocains ont-ils trouvé la bonne recette pour communiquer sur le web? Quels sont les faux pas à éviter lorsqu’on démarre une campagne digitale de communication politique? Éclaircissements avec Marouane Harmach, consultant en stratégie digitale et auteur de plusieurs études au sujet de la communication politique sur les réseaux sociaux.

Peut-on parler d’une prise de conscience de l’intérêt du web dans la communication politique au Maroc?

Si l’on compare avec les échéances de 2012 et 2015, je pense qu’il y a une véritable prise de conscience, mais qui ne s'est pas forcément matérialisée par des actions concrètes sur le web. De plus en plus de chefs de partis se rendent compte de l’intérêt de leur présence sur Facebook, Twitter, et Youtube.

Mais malheureusement, cette présence se fait de manière maladroite et unidirectionnelle. Les politiques inondent les réseaux sociaux avec des communiqués, des prises de position et des photos d’événements. Est-ce la meilleure manière? Non. Il y a encore beaucoup à apprendre.

Le plus difficile, c’est de se rendre compte que la recette n’est pas la même pour tous les types de communication. Contrairement aux canaux conventionnels (télévision, radio et affichage, ndlr), qui ne révèlent pas le retour des performances, le web nous donne une vision très claire sur le nombre de personnes touchées et celles engagées. Et les partis politiques ne comprennent pas encore cet enjeu important.

Le Parti de la justice et du développement (PJD) a toujours été cité comme exemple de la communication digitale politique au Maroc, est-ce toujours le cas?

Le PJD a bien entendu été précurseur. Sur le plan quantitatif, il a été le leader. Mais encore, il y a eu un changement brutal en 2012 lorsqu’il a été élu à la tête du gouvernement. Le PJD a depuis fermé ses canaux de communication et est devenu un parti conventionnel qui n’interagit pas. Ce mode de fonctionnement a continué jusqu’en 2015 où il y a eu un regain de communication innovante, notamment avec l’ouverture de la page Facebook d’Abdelilah Benkirane et l’organisation de déjeuners avec les influenceurs du web.

Globalement, il est à ce jour le seul parti à avoir relayé des messages de manière efficace. Certains disent qu’il utilise des brigades numériques pour partager ses messages et attaquer ses adversaires, mais on n’a jamais eu de preuve de cela. Par contre, on voit clairement qu’il a beaucoup de relayeurs de messages, qui sont efficaces dans cette mission.

Y a-t-il des partis autres que le PJD qui se distinguent par leur créativité sur le web?

Le Rassemblement national des Indépendants (RNI) a tenté d’initier une campagne de rédaction participative en invitant les internautes à participer à la conception des programmes électoraux pendant les régionales de 2015, mais ça a fait pschit à cause de la discontinuité de la présence du parti sur le web.

L’Istiqlal a également eu des tentatives de présence, mais Hamid Chabat s’est accaparé la communication autour de son parti, ce qui a fait que le PI n’est plus audible, au profit de son secrétaire général. Le PAM a également lancé quelques initiatives mais qui manquent de créativité, de continuité et de consistance. Ce n’est clairement pas un chantier prioritaire pour eux.

Les politiques ont tendance à s’absenter toute l’année et de sponsoriser en masse leurs pages et contenus sur le web peu avant les élections. Est-ce efficace?

S’il y avait un manuel sur tout ce qu’il ne faut pas faire pour communiquer sur le web, la saisonnalité serait le premier point. Ce mode de fonctionnement renvoie une image négative de boutique électorale aux internautes. Activer ses réseaux uniquement avant les élections, c’est contreproductif. C’est ce qu’on a d’ailleurs ressenti en 2015, et c’est ce qui se répète globalement cette année.

Quelle est donc la bonne attitude à adopter sur le web lorsqu’on est un parti politique?

Premièrement, il faut établir des stratégies digitales claires avec un plan d’action qui couvre tout le cycle de la vie politique. Cela commence avec la période préélectorale, puis la campagne, et ensuite l’ensemble de la durée du mandat électoral. Que ce soit un parti ou une personnalité, ce suivi devrait être continu.

Il est également nécessaire de mettre en place des structures pérennes pour gérer la communication digitale en interne. La performance d’une campagne digitale fait partie d’un tout, et lorsqu’on ne dispose pas des moyens nécessaires, ça se voit forcément.

Pour un parti politique, concevoir sa stratégie digitale en interne est-il plus intéressant que de la confier à une boite de communication?

Il faut chercher à établir un bon mix entre ces deux alternatives. Il y a des choses qui devraient se faire en interne et d’autres pour lesquelles on aura besoin d’un professionnel. Par exemple, pour la production de contenu, elle devrait nécessairement se faire en interne. Les militants maitrisent plus le sujet.

Le professionnel devrait intervenir uniquement pour apporter une connaissance technique sur la manière de conduire l’action, choisir les outils en renfort pour assurer la réussite de la campagne, trouver les bons canaux de communication et décider de l’angle d’attaque.

LIRE AUSSI: