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Élections: La charte des valeurs ne suscite pas l'enthousiasme des partis politiques

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MOHAMED HASSAD CHARKI DRAISS
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ÉLECTIONS - La proposition a été discutée le 25 août, lors de la rencontre entre les ministres de l'Intérieur et de la Justice et les présidents et représentants de l'ensemble des partis politiques qui participeront au scrutin du 7 octobre.

Lors de la rencontre, une proposition, celle d'élaborer une charte des valeurs qui engage les partis politiques et les candidats sur un certain nombre de points, s'est faite jour, et devait faire l'objet de concertations entre les chefs de partis et leurs bureaux politiques.

L'idée ne semble pas susciter l'enthousiasme des dirigeants de partis que le HuffPost Maroc a contactés. "Une charte? Une charte de quoi, avec qui?", commente une source au sein d'un parti de la majorité. "Qui a des valeurs? À quoi servira cette charte? La charte de valeurs, on la signe avec des gens qui ont des valeurs", poursuit-il, considérant qu'"il y a des lois (relatives aux élections ndlr) qu'il faut respecter".

"Il faut que les règles du jeu soient claires"

La secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) et présidente de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) Nabila Mounib récuse, elle, l'utilité de la charte. "Cette charte, je n'y crois pas. Il y a eu des chartes par le passé, et elles n'ont pas servi à grand chose. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est de revoir les lois électorales. Il faut ouvrir un débat élargi et démocratique pour voir les choses qui ne vont pas, ce qu'il faut changer, afin de pouvoir parer à tout ça et pouvoir organiser des élections libres, transparentes et crédibles, et aussi pour que les règles du jeu soient claires, nettes et garantissent l'équité".

De son côté, le premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires (USFP) Driss Lachgar estime qu'"il faut, au préalable, que la charte soit là pour qu'on en discute". Ne manifestant pas son rejet de la charte, il considère néanmoins qu"il est inutile de discuter de choses inexistantes".

D'autres sources partisanes contactées par le HuffPost Maroc s'interrogent, elles, sur "les raisons qui ont poussé le ministère de l'Intérieur à appuyer l'idée d'une la charte des valeurs". Et d'avancer que la charte pourrait "constituer une sorte de loi électorale parallèle, qui ne sera ni votée ni adoptée selon la procédure législative". Ce que notre interlocuteur considère comme "dangereux et anti-démocratique. Nous appréhendons le contenu de la charte, ainsi que le possible usage politicien ou orienté qui pourra en être fait, d'où notre opposition à cette idée, à la source".

Un discours royal à l'origine?

Selon nos informations, l'idée de la charte des valeurs a éclos suite au discours du Trône, prononcé le 30 juillet, durant lequel le roi Mohammed VI s'est indigné de l'atmosphère de "frénésie quasi-résurrectionnelle où règne le chacun pour soi, et où personne ne connaît plus personne", qui se manifeste dès que la date des élections approche.

"Ce qui est étonnant, c’est de voir certains se livrer, dans leur quête des voix et de la sympathie des électeurs, à des pratiques qui sont contraires aux principes et à l’éthique de l’action politique, proférer des déclarations et utiliser des termes préjudiciables à la réputation du pays et attentatoires à l’inviolabilité et à la crédibilité des institutions", a déclaré le roi.

"Tous, gouvernement et partis, électeurs et candidats, perdent la tête et sombrent dans un chaos et dans des luttes qui n’ont rien à voir avec la liberté de choix incarnée par le vote", a martelé Mohammed VI qui, dans le même discours, a attiré l’attention des politiciens marocains sur les agissements et les "dépassements graves commis en période électorale. Il faut les combattre, et en sanctionner les auteurs".

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