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Nabil Benabdellah: "Le PJD a beaucoup, beaucoup évolué"

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NABIL BENABDELLAH
Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) et ministre de l'Habitat | DR
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MEETING - Benkirane n'est pas le seul comique du gouvernement. Son acolyte Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) et ministre de l'Habitat, sait lui aussi faire preuve d'humour. Et il l'a montré mardi 6 septembre, lors de la conférence d'ouverture de l'édition 2016 du Grand Oral de Sciences Po, organisée par les anciens de Sciences Po au Maroc, à l'amphithéâtre de la Bourse de Casablanca. Alliance avec le PJD, anecdotes savoureuses sur le gouvernement, promesses de réforme du code pénal ont été au programme. Verbatim.

La grève des voitures de fonction

"Dès le début (de l'expérience gouvernementale ndlr), j'avais des entrevues régulières avec Benkirane, et on avait installé un climat de confiance. Puis il y a eu les ministres qui venaient en train et qui ne voulaient pas prendre la voiture, ceux qui arrivaient en Kangoo, l'autre qui mangeait la bissara". C'est dans ce contexte qu'un jour, le chef du gouvernement appelle Nabil Benabdellah.

"Il me demande: 'Où es-tu?' Je lui réponds que je suis au ministère de l'Habitat, à Hay Riad. Lui était à la primature, au niveau du palais royal. Il demande à me voir, je lui réponds que je suis d'accord et que je serai sur place dans trois quarts d'heure ou une heure".

Benkirane, surpris, lui demande alors: "Pourquoi ce délai? Tu es à Casa? ". Et Benabdellah de rétorquer: "Non, je viens de Hay Riad. Mais il faudra que je sorte du ministère, que je trouve un taxi ou que je prenne le bus". "Il me dit: 'Tu te fous de moi'. Je lui dis réponds que non, mais les tiens, ils commencent à me barber avec leur discours. Lors du Conseil de gouvernement suivant, Benkirane lance aux ministres: 'Écoutez-moi bien. Ceux qui ont besoin d'une voiture, qu'ils la prennent. Ceux qui ont droit à un chauffeur, qu'ils le prennent. Ce que vous donne la loi, vous le prenez. Ne prenez pas plus, mais prenez ce qu'on vous donne'", raconte le secrétaire général du PPS, selon lequel "les ministres sont rentrés dans les rangs après cet épisode".

"L'expérience du gouvernement Jettou a été un succès"

"C'est bien beau de vouloir faire partie de forces historiques, de la Koutla. Concrètement, ces gens là sont des militants, ils se sont battus pendant de longues années. Mais ils n'ont pas de compétence en matière de gestion. C'est cela qui a déclenché l'arrivée de Driss Jettou", estime Nabil Benabdellah.

Cela étant, "l'expérience du gouvernement Driss Jettou a été un succès, et je ne le dis pas parce que j'ai été un membre du gouvernement", nuance le secrétaire général du PPS, qui considère que si "on peut critiquer certains aspects, à l'époque, les forces de la Koutla sont arrivées sans expérience en matière de gestion. Le même phénomène s'est reproduit avec le PJD. Quand le parti est arrivé au gouvernement, lui aussi était sans expérience", dixit Benabdellah. L'expérience du gouvernement Jettou peut-elle se reproduire? "La Constitution de 2011 a consacré la méthodologie démocratique, vu que le chef de gouvernement devra être issu, selon la Constitution, du parti arrivé premier".

Deux écoles et des compromis

"La réussite (de l'alliance entre le PJD et le PPS ndlr) vient d'une chose: Nous avons tous les deux compris que lui venait d'une école, et moi d'une autre, et que si on se mettait à être à 100% ce qu'on est, ce gouvernement aurait éclaté en un ou deux mois", estime Benabdellah. Néanmoins, "il faut savoir que le PJD a beaucoup, beaucoup évolué", rappelle le secrétaire général du PPS. Il faut dire qu'entre islamistes et ex-communistes, c'est l'alliance la plus improbable du champ politique marocain. Et pourtant, c'est, semble-t-il, celle qui fonctionne le mieux.

"Ce pays n'est pas un no-man's land"

En réponse à une question sur le fait que le PAM a promis, dans son programme, d'abroger certains articles du code pénal relatifs aux libertés individuelles, Benabellah rétorque: "Bien sûr qu'ils ne peuvent pas agir sur ces aspects. Il y a des choses qu'ils ne peuvent pas faire passer. La nature de la société, aujourd'hui, ne le permet pas". Et Benabdellah de rappeler que "quand on militait, il y a 50 ans, pour l'égalité parfaite entre l'homme et la femme, on était biens les seuls, car nous avons cet idéal. Par la suite, des choses impensables, inimaginables à l'époque, sont arrivées, comme la réforme du code du statut personnel".

Pour le secrétaire général du PPS, que le PAM dise "que demain, s'ils sont élus, ils abrogeront des articles du code pénal (relatifs à la rupture du jeûne ou, de manière générale, aux libertés individuelles ndlr), avec qui vont-ils se confronter, hormis le PJD? Avec l'ordre établi. Avec les institutions religieuses officielles. Ce pays n'est pas un no-man's land. Il y a des bases, qui fondent le pouvoir monarchique, et qui peuvent lui porter atteinte. Vous pensez que le Conseil des oulémas répondra: 'oui oui, très bien, faites ce que vous voulez'? Non, ce ne sera pas possible. L'immense majorité des gens jeûnent dans toutes les couches de la société".

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