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Au Maroc, les handicapés sont victimes d'exclusion et manquent d'accès à la couverture sociale

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Au Maroc, les handicapés sont victimes d'exclusion et manquent d'accès à la couverture sociale | DR
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HANDICAP - La constitution adoptée en 2011 garantissait dans son préambule la sauvegarde des droits des personnes handicapées et reconnaissait au passage le principe de la non-discrimination sur le handicap. Dans les faits, cet objectif est encore loin d'être atteint tant la situation des personnes en situation de handicap physique et mental demeure précaire au Maroc. Pour expliquer ce phénomène, plusieurs facteurs sont à prendre en compte, dont l'accès à l'éducation et au travail ainsi que la couverture sociale destinée aux handicapés.

Un problème soulevé par un rapport récemment publié par le Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap au Maroc intitulé "Le droit à la protection sociale des personnes handicapées au Maroc". Cette étude s'inscrit dans le cadre du projet DECIDE (Disability, Empowerment, partCIpation, dialoguE) mise en place au Maghreb par Handicap International qui vise à faciliter le dialogue entre les associations représentant les handicapés, celles de la société civile ainsi que les autorités concernées.

Le serpent qui se mord la queue

Ces dernières années, le gouvernement marocain a effectué des progrès en ce qui concerne l'accès à la sécurité sociale pour les personnes handicapées. Il a notamment mis en place une couverture du chômage et l’extension progressive du Régime d’Assistance Médicale (RAMED), un programme non contributif d’accès aux soins basiques de santé. Des initiatives saluées par le rapport. Mais de nombreux efforts restent néanmoins à fournir pour continuer d'améliorer le quotidien des citoyens concernés.

Soumia Amrani, vice-présidente du Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap au Maroc, explique au HuffPost Maroc que le taux de satisfaction des individus handicapés interrogés dans le cadre de cette étude (60 personnes ont été interrogées) est "très faible" en ce qui concerne la protection sociale: "La couverture sociale répond à deux logiques. Celle des assurances et celle de la solidarité", détaille Soumia Amrani.

Or, il est compliqué pour les Marocains handicapés de cotiser en raison du fort taux de chômage qui touche cette catégorie de la population. Une difficulté à décrocher un emploi qui trouve ses racines sur les bancs des écoles marocaines: "70% des Marocains handicapés n'ont pas accès à l'école" déplore Soumia Amrani. "On les considère toujours aujourd'hui comme incapables de suivre un enseignement, il y a des a priori". Le rapport préconise à ce sujet une meilleure formation des enseignants afin de mieux les préparer à prendre en charge des enfants handicapés.

De plus, un accompagnement spécifique est obligatoire pour que certains enfants puissent aller en cours, mais ils ont pour cela besoin de l'assistance d'un auxiliaire. Or le salaire de ces professionnels n'est pas couvert par la sécurité sociale, il est donc pris en charge par la famille. Si ce coût s'avère difficile à supporter pour les foyers de classe moyenne, c'est une somme d'argent que les familles en situation de précarité ne peuvent pas réunir. Sans éducation, les personnes handicapées ne peuvent espérer accéder au marché de l'emploi et ainsi, cotiser.

Adopter une approche globale

A l'approche des élections législatives, Soumia Amrani espère que cette étude "servira de message aux candidats et au gouvernement" pour qu'ils mettent cette question dans leur programme politique. "Il faut une approche globale qui prend en compte la personne handicapée dans ses dimensions individuelle et sociale" préconise-t-elle. "Mais aussi élargir le panier de services au niveau des prestations sociales, car les assurances ne couvrent pour l'instant que ce qui est médical".

Revoir à la hausse l'aide financière accordée aux handicapés est également une nécessité: "On ne fait pas de la protection sociale avec 800 dirhams par mois" regrette Soumia Amrani qui ajoute qu'il faut revoir "les critères d'éligibilité à l'aide sociale de sorte qu'une bonne partie des contribuables puissent en profiter".

"Ils se sentent diminués dans leur citoyenneté"

L'exclusion des personnes handicapées a un impact négatif sur elles et leur entourage. La grande majorité des individus interviewés dans le cadre de l'étude "se sentent diminués dans leur citoyenneté" d'après la vice-présidente du collectif. Une situation qui se répercute également sur leurs proches: "C'est un sentiment d'insécurité totale. Les familles se débrouillent tant bien que mal, mais la question reste ouverte sur ce qui arrivera à leur enfant après leur départ".

Pour Soumia Amrani, améliorer la situation sociale des handicapés est également une question de développement durable. "C'est quelque chose qu'on ne peut pas imaginer si 25% des familles marocaines ont à leur charge une personne handicapée. C'est un chiffre énorme. Les femmes sont parfois obligées d'arrêter de travailler pour s'occuper de leur enfant, ou alors elles ne peuvent pas accéder à une promotion, elles sont dans l'incapacité de s'impliquer dans leur travail".

2,3 millions de handicapés au Maroc

Selon une étude publiée en avril par le ministère de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, environ 2,3 millions de personnes sont touchées par un handicap au Maroc. D'après l'enquête, 50,2% des personnes en situation de handicap souffrent de déficiences motrices, 25,1% de déficiences mentales et 23,8% de déficiences visuelles. Le taux de prévalence du handicap était de 6,99% en milieu rural contre 6,66% en milieu urbain. Il a atteint 6,8% chez les femmes et 6,7% chez les hommes.

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