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Tanger à l'heure de la halka acrobatique (PHOTOS)

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HALKA
Au palais Moulay Hafid, le groupe acrobatique de Tanger revisite la halka | Anne-Myriam Abdelhak/ HuffPost Maroc
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CULTURE - C’est au coeur du palais Moulay Hafid du quartier Marshane de Tanger que le Groupe acrobatique de Tanger tient depuis le début du mois d’août sa dernière résidence avant les premières présentations de son nouveau spectacle, "Halka".

Du 2 au 4 septembre, le public tangérois a donc eu l’occasion de découvrir cette nouvelle création qui mêle acrobaties, danses, chants et musiques pour nous conter l’histoire moderne des descendants de Sidi Ahmed ou Moussa, saint emblématique du XVe siècle, considéré par les acrobates marocains comme leur père et protecteur, et donner vie à cette halka des temps modernes.

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Fondée en 2003 par Sanae El Kamouni, l’actuelle directrice, le Groupe acrobatique de Tanger a désormais l’habitude de collaborer avec des metteurs en scène étrangers, mêlant ainsi l’acrobatie marocaine à des tendances plus contemporaines, et poussant les acrobates à travailler d’autres aspects du jeu scénique et diversifier leurs performances, dans l’optique de redonner souffle et grandeur à cet art ancré dans le patrimoine marocain mais peu soutenu par les pouvoirs publics. Il est chapeauté par l’association Scènes du Maroc, également fondée par El Kamouni, qui se consacre au développement de projets culturels au Maroc.

Leurs précédentes créations, "Chouf Ouchouf", "Azimut" ou encore "Taoub", ont notamment été présentées dans plusieurs pays et contribué à faire connaitre l’acrobatie marocaine et son caractère unique dans le monde.

"Halka" marque un tournant dans la trajectoire de la troupe qui a participé à l’écriture du spectacle, au travers d’une dizaine de résidences tenues à Tanger et dans des centres de cirque en France, sous la tutelle de leur directrice et de plusieurs collaborateurs artistiques et techniques, parmi lesquels Abdelaziz Senhadji, Airelle Caen, Boutaina El Fekkak et Nordine Allal.

Un modèle collectif et non hiérarchique

"Le but était vraiment d’autonomiser la troupe, de leur apprendre à répéter seuls, à se préparer physiquement", nous explique Abdelaziz Senhadji, co-fondateur de la troupe XY, qui a collaboré sur ce projet. "Nous nous sommes concentrés sur plusieurs strates du travail qu'ils doivent s’approprier", ajoute-t-il. La compagnie XY, qui fonctionne sur un modèle collectif et non-hiérarchique, est le premier exemple de succès d’un tel mode d’organisation dans le monde du cirque en France.

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Le travail de formation s’est aussi effectué sur un point du vue technique, avec l’apprentissage de nouvelles techniques et figures acrobatiques. Le Groupe acrobatique de Tanger ne disposant pas de salle ou équipement adéquat, les acrobates s’entrainent sur la plage, ce qui limite parfois leur capacité à apprendre des figures complexes mais leur donne "une énergie et un dynamisme bien particulier", note Airelle Caen, également membre de la troupe XY.

La recherche autour du spectacle s’est ainsi faite à partir des improvisations et des envies des acrobates, "dans la perspective de les faire passer d’interprètes à artistes" note Boutaina El Fekkak, collaboratrice artistique. Ainsi cette création d’une heure traduit l’histoire personnelle des acrobates marocains et revient sur les racines d’un art qu’ils pratiquent souvent depuis leur plus jeune âge.

Un spectacle qui ne se veut pas folklorique

En intégrant des éléments clés de la culture traditionnelle comme la jefna, l’outar, des chansons phares du patrimoine marocain et des créations personnelles de membres de la troupe, "Halka", qui désigne le type de divertissement oral en forme de cercle qui s’effectuait sur les places publiques, puise dans les racines de la culture marocaine tout en les réactualisant. "Nous avons cherché à rester proches de leurs propositions et traditions présentes et très profondes, sans pour autant tomber dans un spectacle folklorique, et en amenant notre expérience des créations contemporaines", souligne Airelle Caen.

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Nourri par une mise en scène dynamique, le spectacle allie émotions et prouesses techniques par ce langage des corps, chants et lumières où chacun pourra trouver son interprétation, y compris un message social et politique sur notre société. Si pour Mustapha Ait Ourakmane, membre de la troupe, le spectacle est une manière de faire revivre la halka et ses éléments clés du patrimoine menacés par la modernisation du divertissement et les nouvelles technologies, d’autres y voient plus une lecture sociale, du fort contre le faible ou de l’oppression. Pour Boutaina El Fekkak, le fil directeur est avant tout "comment l’individu est pris dans une structure culturelle et politique qui l’opprime, et des soupapes de libération qu’il y trouve".

Vers un cirque marocain contemporain

"Halka" nous montre ainsi un cirque marocain contemporain cherchant à intégrer une volonté narrative et une pluralité des arts, allant du théâtre à la danse, pour en faire un spectacle d’arts vivants riche et pluridisciplinaire. Si la tendance est présente en France depuis des dizaines d’années, cela est relativement nouveau au Maroc, avec quelques initiatives comme le cirque Shemsy de Salé. Ce manque d’opportunités a d'ailleurs poussé de nombreux acrobates marocains à s’exiler à l’étranger, note Mohammed Hammich, acrobate au sein du groupe.

Après les présentations à Tanger, la troupe s’envole pour La Biennale de la danse de Lyon pour sa dernière résidence, où le spectacle sera finalisé. Le spectacle sera ensuite en tournée en France pour revenir au Maroc en mars 2017 dans plusieurs grandes villes du royaume.

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