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Tunisie: L'affaire Sabrine Goubantini divise

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SABRINE GHOUBANTINI
Facebook/Sabrine Ghoubantini
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Le litige entre la députée de Nidaa Tounes, Sabrine Goubantini et un agent de sécurité de l'hôtel de Djerba où elle résidait a accaparé les devants de la scène médiatique, mais aussi du web tunisien ce weekend. Si certains internautes ont relevé l'atteinte à la vie privée de la députée, d'autres ont mis en avant la remise en cause des droits des femmes à travers cette affaire.

Légende: Selon cette internaute, le "corps des femmes restera un complexe pour les ratés... Quand à l'agent, pourquoi l'avoir arrêté...changez la loi qui lui a permis de faire ce qu'il n'avait pas à faire...la loi est le plus grand problème"

Légende: "Quand tu es une femme politique publique, il est très facile de t'atteindre. Il suffit de mettre ton nom, et ils rajoutent les mots alcool, local, sexe et tu trouves tout le monde entrain de spéculer"

Légende: "Quand celui qui aura le plus de dossiers sur la moralité des autres, s'en tirera...Quand l'appel à la morale et à la piété sera plus fort que la volonté de réformer...Quand la police technique deviendra notre centre des études stratégiques...A ce moment là vous pourrez venir m'expliquer pourquoi la vie privée d'un homme politique est une affaire publique"

Si aujourd'hui il est impossible de démêler le faux du vrai, deux versions s'opposent: celle de la députée et celle de la famille de l'agent.

Retour sur les faits:

"J'ai été empêchée de rentrer dans ma chambre au niveau de l'espace extérieur menant de la plage à la piscine, moi et mon accompagnateur qui est un proche et non mon petit ami - il est le mari d'une amie- qui lui a été interdit de rejoindre le parking pour récupérer sa voiture et rentrer chez lui" a déclaré la députée à la radio Mosaïque FM.

"Quand j'ai été agressée, j'ai appelé le 197 (le numéro de la police) comme tout citoyen tunisien" a t-elle indiqué affirmant avoir gardé son sang froid.

"Il y avait qui lors de cette histoire? L'agent qui m'a agressée, le chef de sécurité et une troisième personne en fuite, contre lesquels j'ai porté plainte" affirme Sabrine Goubantini avant d'ajouter: "il y avait le gérant de l'hôtel, qui a témoigné et qui a vu que ce qui s'est passé était inacceptable".

Arrêté par la police, l'agent de sécurité aurait été pris en flagrant délit par les forces de l'ordre indique la députée: "J'ai voulu passer, et cette personne m'en a empêché. Quand quelqu'un vous pousse, vous frappe et vous insulte? Qu'est ce que vous êtes sensé faire?"

"Il a été insultant, lui et deux autres hommes avec lui dont l'un est en fuite actuellement. Il a dit des mots que n'importe quelle femme entend tous les jours dans la rue, dans le bus ou encore le métro, et qui rentre sous la coupe du harcèlement sexuel"

Concernant les déclarations faisant état d'un excès de pouvoir de la part de la députée, celle-ci nie: "au contraire, même mon immunité parlementaire, je m'en suis délaissée, et c'est à la justice, aux enquêteurs de déterminer si c'est le cas ou pas".

Pour preuve selon elle, "l'agent qui a été arrêté a été bien traité par la police, et n'a parlé qu'en présence de son avocat, il a pu appeler sa famille au téléphone alors qu'il se trouvait au poste de police."

Pour Sabrine Goubantini, cette affaire n'est pas seulement la sienne mais concerne toutes les femmes tunisiennes: "Je sacrifie mon honneur, ma sueur (...) et je mènerai ce combat comme une femme tunisienne libre (...) afin de faire évoluer le niveau du discours sur la situation de la femme".

"Je ne suis pas la seule femme à qui ce problème est arrivé, beaucoup d'autres l'ont rencontré. Moins d'une heure après ce qui s'est passé, et dans le même hôtel, une jeune fille a été agressée, sans qu'on puisse retrouver son agresseur et est venue porter plainte au poste, le visage en sang" a affirmé la députée

"Sommes-nous sérieux lorsqu'on parle d'égalité entre les hommes et les femmes? Les femmes ont-elles réellement des droits en Tunisie?" s'interroge la député sur les ondes de Mosaïque FM.

Concernant le buzz médiatique généré par cette histoire, la députée souhaite "qu'on en finisse avec les ragots et le populisme. Ce n'est pas une dispute entre une députée et un citoyen mais entre deux citoyens. Nous avons des lois et une justice qui vont trancher".

"J'ai été victime d'une injustice, de la part de pages dont on connait la ligne éditoriale" a-t-elle affirmé avant d'ajouter: "nous avons même vu des médias qui se sont emparés de l'affaire d'une façon étrange" déplore-t-elle.

"Je veux des excuses par voie publique et c'est la moindre des choses, car mon honneur a été sali" finit-elle par conclure.

En réaction à l'arrestation de l'agent de sécurité, sa famille a bloqué la route reliant Mdhilla à Gafsa empêchant ainsi le passage des camions chargés de phosphates.

Interrogée dimanchepar la radio Shems Fm, elle affirmé: "Il m'a appelé hier (samedi) à 3 heures du matin. Il m'a dit qu'il a été arrêté parce qu'elle voulait rentrer avec un homme dans une chambre, il leur a dit de ne pas rentrer. La police est venue et l'a arrêté, et la victime est devenue coupable".

"Après qu'ils aient pris son témoignage, ils allaient le relâcher, mais le chef de district a refusé disant que l'ordre est venu de Tunis de l'arrêter" déclare t-elle avant d'ajouter: "il ne l'a pas menacée, il ne lui a rien fait, il a même des témoins. Elle n' a aucune preuve qu'il l'a agressée."

"Relâchez mon fils, je relâcherai la compagnie (de phosphate)" a-t-elle conclu.

Selon plusieurs sources médiatiques citant le ministère public du tribunal de première instance de Médenine, les deux personnes arrêtées par la police ont été libérés lundi 05 septembre, et devront passer aujourd'hui même devant la chambre correctionnelle.

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