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Le président ouzbek Islam Karimov est mort

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ISLAM KARIMOV MORT
FILE PHOTO - Uzbekistan's President Islam Karimov dances during Independence Day celebrations in Tashkent August 31, 2007. REUTERS/Shamil Zhumatov/File Photo | Shamil Zhumatov / Reuters
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INTERNATIONAL - Islam Karimov est mort. Le président de l'Ouzbékistan, âgé de 78 ans, est décédé des suites d'une hémorragie cérébrale. Il sera enterré samedi dans sa ville natale de Samarcande, dans le sud-est du pays, a annoncé la télévision publique ouzbèke ce vendredi 2 septembre.

Le Premier ministre Chavkat Mirzioïev a été chargé de présider la commission chargée d'organiser les funérailles, une indication sur le rôle important qui devrait être le sien après la mort d'Islam Karimov.

Islam Karimov, qui dirigeait l'Ouzbékistan d'une main de fer depuis plus d'un quart de siècle, était "dans un état critique", affirmait plus tôt dans la journée son gouvernement, au moment où les spéculations sur sa mort allaient bon train.

La Turquie, proche alliée de l'Ouzbékistan, avait affirmé par la voix de son Premier ministre Binali Yildirim qu'Islam Karimov était décédé, sans plus de précisions. La mort de Karimov n'avait toutefois pas encore été officiellement confirmée par le gouvernement ouzbek, peu enclin à évoquer la santé du président.

Accusé d'avoir muselé l'opposition

Islam Karimov était accusé de longue date par les Occidentaux d'avoir muselé l'opposition et d'avoir placé son "clan" à tous les échelons en plus de vingt-cinq ans d'un pouvoir sans partage.

Il faisait partie des responsables arrivés au pouvoir où moment ou l'Union soviétique agonisait. A l'instar de Noursoultan Nazarbaïev au Kazakhstan ou d'Emomali Rakhmon au Tadjikistan, il dirigeait par ailleurs un pays d'Asie centrale qui a gardé des liens privilégiés avec le grand frère russe, a assisté aux premières loges à l'émergence économique du géant chinois et s'inquiète désormais de l'islam radical.

Ses détracteurs, notamment les opposants ouzbeks qui ont trouvé refuge à l'étranger et les organisations de défense des droits de l'Homme, le décrivent comme un satrape autoritaire. Ses partisans mettent au contraire en avant son rôle de rempart contre la montée des radicaux islamistes et la relative stabilité économique dans le pays le plus peuplé d'Asie centrale avec 30 millions d'habitants.

Dirigeant de la république socialiste soviétique d'Ouzbékistan dès 1989, réélu à trois reprises depuis l'indépendance deux ans plus tard, Islam Karimov n'a pas de successeur désigné, ce qui laisse augurer de lendemains difficiles dans un pays sans tradition d'alternance démocratique.

Islam Karimov a toujours fait valoir que son contrôle quasi total des instances du pouvoir était vital pour la sécurité et la modernisation du pays. Ses critiques et les ONG internationales dénoncent à l'inverse un règne brutal et l'étouffement de toute forme d'opposition.

Né le 30 janvier 1938 à Samarcande, joyau de l'Asie centrale au coeur de la Route de la Soie, il a grandi dans un orphelinat avant de poursuivre des études de mécanique puis d'économie.

Il a gravi tous les échelons de l'appareil du parti communiste à l'époque soviétique jusqu'à prendre la tête de la république soviétique. A l'indépendance, en 1991, il parvient à se maintenir au pouvoir et s'emploie aussitôt à éliminer tous ses opposants.

Si ses partisans affirment qu'il a conduit sans trop de heurts la transition vers l'économie de marché après la chute de l'URSS, ses détracteurs lui reprochent en revanche d'avoir laissé une élite corrompue s'emparer de tous les leviers du pouvoir.

Luttes internes dans la famille Karimov

Réélu en mars 2015 à la tête de son pays avec plus de 90% des voix, il a dû s'employer à juguler des luttes internes au sein de sa famille : sa fille aînée Goulnara Karimova a fini par tomber en disgrâce après avoir longtemps été considérée comme son possible successeur.

Cette femme de 44 ans, qui aimait mettre en avant son amitié avec l'acteur français Gérard Depardieu et le chanteur britannique Sting, a franchi une ligne rouge en comparant son père à Staline, puis en accusant sa soeur cadette et sa mère de sorcellerie avant de s'en prendre sur Twitter au puissant chef de la Sécurité ouzbèke.

Accusée de corruption elle serait aujourd'hui assignée à résidence. Ancienne ambassadrice de son pays aux Nations unies, elle est aussi recherchée par la justice de plusieurs pays européens, dont la France, notamment pour le détournement supposé de 300 millions de dollars au détriment de la compagnie suédoise TeliaSonera, une entreprise de télécommunications très présente en Asie centrale.

Sa cadette, Lola Karimova-Tilliaïeva, est ambassadrice de l'Ouzbékistan à l'Unesco à Paris. Elle a affirmé en 2013 que cela faisait 12 ans qu'elle n'avait pas parlé à Goulnara.

Selon les organisations de défense des droits de l'Homme, la présidence d'Islam Karimov a été ponctué d'élections truquées et d'arrestations arbitraires. L'ONU a régulièrement critiqué l'usage de la torture, très répandue dans les prisons ouzbèkes.

En 2005, le président n'avait pas hésité à faire ouvrir le feu sur des milliers de manifestants à Andijan (est). Selon une évaluation de l'OSCE, 300 à 500 personnes avaient été tuées ce jour-là.

Mis alors au ban de la communauté internationale, Islam Karimov avait entamé une lente réconciliation avec les capitales occidentales, louvoyant entre Washington et Moscou.