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En Italie, la campagne "Fertility Day" incitant à la procréation crée la polémique

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ITALIE FERTILITY DAY
fertilityday / Twitter
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INTERNATIONAL - "La beauté n'a pas d'âge. La fertilité, si." Inscrite sur la photo d'une jeune femme tenant un sablier, la main sur son ventre, cette phrase est l'un des slogans choisis pour la campagne "Fertility day", lancée en juillet et orchestrée par le ministère de la Santé italien pour inciter les jeunes à... se reproduire.

L'Italie a l'un des taux de fécondité les plus faibles d'Europe, à 1,37 quand la France compte presque 2 enfants par femme en âge de procréer et que la moyenne mondiale est à 2,45. En 2015, le nombre de naissances dans le pays est tombé sous la barre des 500.000, tandis que la mortalité a connu une hausse exceptionnelle de 10%. De l'aveu même de la ministre de la Santé, "l'Italie est un pays mourant".

C'est dans ce contexte que le pays le plus âgé du monde après le Japon a décidé de programmer le "Fertility day" le 22 septembre, un "jour de la fertilité" qui mettra en valeur "la beauté de la maternité et de la paternité" autour d'ateliers de discussions et de sensibilisation.

Depuis plusieurs semaines, le ministère de la Santé italien affiche les slogans de cette campagne à destination des jeunes sur les réseaux sociaux: "La fertilité est un bien commun", peut-on lire, "Secoue-toi, n'attends pas la cigogne", ou encore "la Constitution protège la procréation consciente et responsable". Certains posts incitent aussi à ne pas fumer ou boire pour préserver sa santé... et donc celle de ses futurs enfants.

Sur son site internet, la campagne donne des conseils pour repérer les anomalies génitales devant son miroir, incite à la pratique du sport mais aussi à la consultation médicale quand les tentatives de procréer tardent à être concluantes. En bonus, le site propose un "fertility game", un jeu interactif dans lequel il faut aider des spermatozoïdes à rejoindre un ovule en évitant les microbes, cigarettes et autres pintes de bières.

Sur les réseaux sociaux, entre quelques témoignages de soutien de la part de gynécologues ou médecins, nombre d'internautes ont fait part de leur indignation face à une campagne jugée "sexiste", "paternaliste" ou même "dangereuse". Certains ont même vu dans cette campagne une version contemporaine de "la bataille des naissances" de l'Italie fasciste de 1927.

"Pourquoi le fait de ne pas avoir d'enfants devrait être une honte??"


"Oh mon Dieu!!! J'ai oublié d'avoir des enfants!"


"Cherchez le point commun"


Sur une page Facebook intitulée "No fertility day", certains ont même détourné les slogans de la campagne.

"Ma grossesse dure beaucoup plus longtemps que mon contrat"


De nombreux témoignages accusent l'État italien de ne pas donner les moyens à la jeunesse d'assurer un avenir à leurs futurs enfants. Nos confrères du Huffington Post américain rappellent que les femmes enceintes ne bénéficient pas toujours de congés maternité financièrement accommodants, et que la procédure d'avortement peut s'avérer compliquée en Italie.

L'écrivain italien Roberto Saviano a lui-même réagi sur sa page Facebook: "Dans un pays avec un tel taux de chômage (plus de 39% pour les 15-24 ans, ndlr), où celui qui a du talent, des ambitions et des espoirs mais pas assez de soutien financier de la part de sa famille est contraint à l’émigration, tout cela ressemble à une blague", écrit-il.

"Vous n’avez pas de travail stable? Aucune importance. Vous n’êtes pas certain que votre partenaire soit la bonne personne? Mon Dieu, vous vous créez tant de problèmes. Allez-y, procréez, faites-le le cœur léger", ironise encore l'auteur de Gomorra.

Des personnalités politiques ont également répondu à la démarche de la ministre de la Santé de centre-droit, à l'instar de Paola Taverna du Mouvement 5 étoiles: "le jour même où le chômage des jeunes augmente de deux points, on représente les femmes comme des objets avec une date d'expiration, qui doivent se dépêcher et faire des enfants? Revenez sur Terre!", a-t-elle écrit sur sa page Facebook. "Chère ministre, votre 'jour de la fertilité' devrait être renommé 'jour de l'hypocrisie'. La seule vérité entre tous vos mensonges".

De son côté, la ministre de la Santé Beatrice Lorenzin ne plie pas. "La campagne n'a pas plu? Nous en ferons une nouvelle. Le 'fertility day' ne se résume pas à deux affiches, il s'agit de prévention, il s'agit de la santé des Italiens", a-t-elle écrit sur Twitter.

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