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Après le Sahara, le Maroc et l'Algérie s'embrouillent pour le raï

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CHEB KHALED
Algerian singer Cheb Khaled covers himself with a Moroccan flag during his concert at the annual Gnaoua Music Festival in Essaouira June 28, 2009. The festival features a mixture of traditional Moroccan and world music, and dancers sometimes go into a trance. REUTERS/Rafael Marchante (MOROCCO SOCIETY ENTERTAINMENT) | Rafael Marchante/Reuters
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CULTURE - “Alger revendique la paternité du raï et du couscous”, a titré, le 30 août, le mensuel francophone Les Mauritanies sur son site web. Cette nouvelle ne devrait pas ravir le Maroc, très fier de son couscous aux sept légumes, comme de son raï oujdi, que l’on écoute à tous les coins de rues dans la capitale de l’Oriental.

Nos voisins ont en effet déposé un dossier en mars à l’Unesco afin de classer le “raï, chant populaire algérien”. Si ce genre musical est bien connu pour être originaire de la région d’Oran, le sujet fait souvent objet de controverse. C’est pour cela que l’Algérie souhaite que le Maroc “ne lui dérobe pas son patrimoine”, comme accusent plusieurs responsables algériens.

Lors d’un point de presse tenu en mars 2016, le ministre algérien de la Culture a annoncé la volonté de l’Algérie de classer le raï comme patrimoine de l’Unesco afin “d’éviter qu’il soit récupéré par le Maroc qui a entrepris de récupérer cette musique connue de l’ouest du pays”, à en croire le site Dernières infos d’Algérie.

L’association Oujda Arts, qui organise annuellement le Festival international d’Oujda, a en effet annoncé en 2015 avoir “initié une démarche afin d’inscrire la culture raï comme patrimoine mondial auprès de l’Unesco”. Une nouvelle qui n’a pas été du goût des responsables algériens.

Si la guéguerre du raï amuse la presse française, elle ne date pas d’hier. Ce genre musical connu pour avoir été lancé dans les années 20 grâce, entre autres, à Chikha Rimitti et Cheikh Hamada, a souvent été disputé entre l’Oriental du Maroc et Oran.

Une polémique vieille de plusieurs années

En juin 2013, la presse algérienne annonce en une le décès à Tanger de sa nouvelle idole du raï Cheb Akil. Et si les autorités marocaines annoncent la mort de l’auteur de “Aachk El Memnou3” dans un accident de voiture à Tanger, les médias du pays voisin, eux, évoquent une “mort mystérieuse”, et accusent implicitement le Maroc d’avoir tué Cheb Akil. La famille du défunt aurait même réclamé une seconde autopsie pour “déterminer les circonstances exactes de la mort de la star du raï à fleur de l’âge”, selon Echourouk.

La même année, la superstar Cheb Khaled obtient la nationalité marocaine suite à un décret du roi. La nouvelle provoque l’ire de ses fans algériens qui n’hésitent pas à l’accuser de “traitre”. Face aux critiques de la presse algérienne, Khaled a souvent rappelé “qu’il restait avant tout Algérien”, sans pour autant parvenir à calmer la colère de l’Algérie. “Ils parlent de la nationalité marocaine comme si j’avais opté pour la nationalité israélienne. Je vous demande: pourquoi vous ne critiquez pas ceux qui ont pris la nationalité française?”, avait-t-il déclaré à un journaliste d’Echourouk.

En 2010, c’est son confrère Faudel qui a suscité le mépris de ses compatriotes en se produisant en concert à Laayoune. Une nouvelle qui a cette fois été relayée par la deuxième chaîne nationale 2M. “Ils ont dit que Faudel ne participerait pas à l’événement, alors que j’avais déjà conclu un accord pour me produire ici. Je suis très proche du Maroc, c’est mon pays d’accueil, je n’ai aucun problème avec ça, et je suis très heureux de jouer à Laâyoune”, a-t-il déclaré à 2M, vêtu d’une tenue sahraouie.

Accusations de plagiat

En mai dernier, c’est Cheb Bilal qui a mis en colère ses fans, marocains cette fois. Invité dans un talk-show de la chaîne Achourouk News, Cheb Bilal a justement été interrogé sur son éventuel souhait d’obtenir la nationalité marocaine. Et sa réponse n’a pas été du goût de son public marocain. "Qu'est-ce que j'en ferais?", a répondu Bilal, visiblement surpris. "Si cette nationalité me permet d'avoir tout gratuitement, pour que je puisse avoir de la crème glacée et des villas à volonté, je suis preneur”, avait-il répondu, non sans humour.

Le scandale aura été tel que le chanteur a été contraint de s’exprimer sur l’affaire. "Certaines personnes veulent porter atteinte à ma réputation au Maroc. Ils ont pris mes propos et les ont sortis de leur contexte", s’est-t-il défendu, ajoutant qu'il "se sent marocain de coeur et n'a pas besoin d'un papier pour en attester".

En juillet 2016, c’est Saad Lamjarred qui provoque une pseudo-crise diplomatique. Son titre “Ana Machi Sahel” est considéré par la presse algérienne comme un plagiat d’une chanson de Cheb Hasni, et certains parlent même d’”appropriation culturelle”. Si le chanteur ne s’est pas exprimé publiquement sur l’affaire, il a indiqué sur Facebook être “fan de raï qu’il chante à chacun de ses concerts”.

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